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Pseudo City: Chapitre 2 - Dégats collatéraux
 
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Godstress

 
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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Mer 4 Sep 2013 - 17:35    Sujet du message: Godstress Répondre en citant

Oublier la douleur. Oublier les maux. Oublier la fragilité. Recouvrer sa force.
Armer son regard de ces énigmatiques prunelles, sonder les gens à leur percer la peau. Sentir leur attention rivée sur toi et leur envie te brûler au toucher. Te relever d'entre les morts, soumettre le Styx à ta volonté, revenir hanter les esprits faibles de cette cité. Revenir observer, tromper et jouer.
Talons qui tintent au sol. Jean noir serré qui sied à tes jambes fines. Chemisier bleu-gris, qui enserre ta poitrine. Concupiscente petite Lily. Le démon est revenu de ses enfers. Ta vulnérabilité enfouie au plus profond de ton être. Enfouie, certes. Mais toujours là.
Tu braves les angoisses, braves la peur. Tu ne dois cesser de sonder ce monde, si tu veux continuer d'avancer. Qu'importe que ceux qui voudront te protéger te trouvent et comprennent ton état, qu'importe que ceux qui veulent te tuer t'encerclent et s'en prennent à toi.
Tu es la reine des bas fonds qui étreignent Pseudo City. Et en tant que reine, tu ne peux cesser d'avancer. Tu ne peux cesser de te montrer. Tu ne peux cesser de jouer.
Tu dois rappeler à ce peuple maudit que tu seras toujours là pour resserrer l'étau qui compriment leurs misérables vies. Rappeler à ceux qui en jouissent, que tu seras toujours là pour leur offrir la main dont ils ont besoin. Quel qu'en soit le prix. Quel qu'en soit les moyens. Maîtresse d'un jeu dont tous ici sont les pions. Maîtresse dont les choix consistent à déplacer les pièces, puis, enfin, regarder le destin faire le reste.
Abominable petite Lily. Le démon a ramené un peu de ses enfers.

Oublier à quel point l'intérieur peut faire mal. Se mêler à la foule, vulnérable face à l'animal. Tu es une battante ma Lily. Tu es une battante... N'oublie pas ton rôle. Puisse le rideau s'ouvrir à nouveau sur la scène.

Soirée brûlante qui cogne sur la ville. Le soleil est à peine couché, et pourtant persiste à brûler encore. Mais tu t'obstines à vouloir la retrouver, cette ville qui risque si bien de s'embraser. Deux pauvres journées loin d'elle, et déjà tu te sens comme une junkee à court de dose.
Tu pénètres le bar dont l'affluence croule au dehors. La carapace est en place, les costumes portés, le masque recouvre ton visage. Tu es Elizabeth, superbe, la seule que cette ville ait le droit de connaître. Tes longs cheveux retombent sur tes épaules, ta poitrine, et donnent à ce visage de porcelaine un air à la fois aguicheur et inaccessible. Tu es de retour parmi nous ma Lily. A peine différente d'habitude. A peine plus couverte, aussi... Foulard enrobant ta gorge, manches à peine retroussées. Les bleus sur tes avant-bras commencent à s'estomper, et la poudre que tu y as appliqué permet de les effacer un peu plus. Ils ne sont déjà plus que des marques, presque invisibles, qu'il ne te suffit plus qu'à oublier. Magnifique petite Lily. De retour dans son rôle. Le meilleur.
Mais la sensation n'est plus la même d'habitude. Quelque part au fond de toi, le malaise persiste, quelque part au fond de toi, tu n'as jamais cessé d'être terrifiée. Mais c'est aussi là tout l'enjeu du rôle. Cacher la vérité. Se soustraire au regard des autres. Ne leur montrer que ce que la reine veut qu'ils voient. Ne te relâche pas. Et règne, ma belle. Règne.

Fidèle à toi-même, tu rejoins le dernier tabouret du comptoir, à l'autre bout du bar. Celui qui te permet de tout voir, tout lire, tout sonder. Sur ton chemin, ton regard s'est arrêté sur certains visages familiers qui t'ont rendu ce qu'ils ont compris être des salutations. Le sourire lascif qui orne tes lèvres ment si bien, que même les plus sceptiques qui auront entendu parler de l'affaire ne croiront plus ces premières rumeurs qui parlent d'une discorde avec un chef. C'est qu'il est si facile de parler dans le dos des gens, de faire naître des propos qui attestent de faits qui n'auront jamais eu lieux. Les Sinewyers semblent pas vraiment s'exciter, malgré quelques groupes qui commencent à s'énerver. Là-bas, à l'Ouest. On dit que le grand Chef serait tombé devant la chienne de Shinji. Ici, à l'Est. On dit que ce connard de Taylor aurait osé lever la main sur elle.
Que des histoires. Ce ne sont là que des histoires. T'en persuader toi-même pour mieux en persuader les autres. Mais les marques de ses mains te brûlent encore. L'acide de ses mots... conserve entier ce malaise qui vit en toi.
Tu fais signe à la serveuse, commande à boire, un de ces cocktails sans alcool qui apparaissent en gros sur la carte. Elle est jolie. Timide. Fermée. Il te faut pas deux secondes pour comprendre le genre de personne qu'elle paraît être. Tu en as vu tant. Pourtant, elle te semble encore unique malgré ces traits que tu devines. Et tandis qu'elle s'affaire à te servir, tu accroches le regard du gérant, devines de l'inquiétude dans son regard alors qu'il voit qui te sert, vient presque immédiatement à la rescousse. Un instant tu souris, amusée. Le bar n'est pas ta propriété légale, mais c'est comme s'il t'appartenait, lui aussi. T'as prêté pas mal d'argent à David, tu lui permets de recevoir plus de cargaisons que ce qui est autorisé. Il t'en doit une belle, parce que grâce à toi, son bar est celui qui marche le mieux chez les verts, et un des plus populaires en ville.
Alors quand il vient te saluer, te demander si t'as commandé et si on s'occupe de toi, c'est avec un sourire à demi-amusé que tu lui réponds.

" T'en fais pas, je crois que t'as des employés et que c'est exactement pour ça qu'ils sont employés. La nouvelle s'occupe de moi. " Et à la vue de son air inquiet, tu plantes son regard dans le sien et rajoutes, presque autoritaire : " Laisse-lui donc sa chance. "

Tu déposes ton sac au sol après en avoir sorti un carnet et le crayon qui va avec. Jambes croisées, tu te tournes vers la salle, accoudée de ton bras malade mais qui n'en montre rien sur le comptoir, ouvrant le carnet sur une page neuve de l'autre.
Il y a affluence ce soir. En plein rush des Happy Hour. Il y a du vert, du rouge, du jaune même. Les couleurs se mélangent pour créer un tableau que tu sais éphémère, et pourtant si beau. Faites que ça dure... Pitié. Faites que ça dure.
Mais c'est comme si, déjà, le Destin se jouait de toi. Parce que là, à deux tables de toi, assis sur des banquettes contre le mur des toilettes, un petit groupe Sinewyer accroche ton regard, le plante sur toi.
Deux hommes, deux filles. Tu reconnais les gars, bon combattants, plutôt connu de l'autre côté du Centre. Quant aux filles, tu ne reconnais que l'une d'entre elle, l'autre ne te rappelant que vaguement quelque chose. La première est une de ces filles connues dans le quartier, elle aussi: intelligente, perfide, carrément motocultable. Une pâle copie de ce que tu es, mais une copie assez intéressante pour avoir un peu de pouvoir dans son quartier. Une vraie chienne. Tu ne l'as jamais vue comme une menace. Mais elle n'a jamais pu te sentir. Toujours à te chercher comment t'emmerder sans se foutre elle-même dans les problèmes.
Et vu ce sourire fielleux qu'elle a sur le visage alors qu'elle parle clairement sur toi avec ses collègues, tu devines que la chienne a enfin trouvé solution à son problème. Ca sent les ennuis à plein nez. Et tu détestes ça, ma Lily. Tu détestes qu'ils viennent jusqu'ici, en plein quartier Est, pour te chercher.
Est-ce que ce n'est qu'un concours de circonstances ? Ou sont-ils venus exactement dans l'idée de te trouver et te mettre la main dessus.
Tu détournes le regard, concentre ton attention ailleurs. De ta main droite, tu griffonnes des esquisses difformes, écrit deux trois choses sur le petit carnet.
Tu te sens tel un agneau au milieu des loups. Le malaise grandit, irrémédiablement. Mais rien ne transparaît, l'agneau porte si bien son déguisement... Tu es peut-être revenue trop tôt, ma Lily. Tu n'es peut-être pas prête à reprendre. Si vulnérable. Si fragile. Fissurée et prête à se casser au moindre impact.
Peut-être que si tu étais restée chez toi... tu n'aurais pas eu si peur de déclencher une troisième guerre mondiale.
Tu te retournes alors vers la serveuse, l'observe s'affairer.

" Tu es Roxanne, si je me trompe pas. Ça fait longtemps que tu travailles ici ? Tu arrives à t'adapter, David te fait pas trop de misères ? "

Des questions posées sans véritables motivations. Simplement comme ça. Pour passer le temps. Pour oublier les maux. Tu l'observes de tes perles océanes, ton regard sondant son visage, si beau, comme cherchant à le mettre à jour.
Elle a le regard fuyant, se veut exagérément timide. Elle ne peut qu'extirper un sourire vague de tes lèvres.
Tu es fragile, ma Lily. Mais elle... Elle semble plus vulnérable que n'importe qui.


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MessagePosté le: Mer 4 Sep 2013 - 17:35    Sujet du message: Publicité

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Roxanne Valay
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MessagePosté le: Mer 4 Sep 2013 - 19:26    Sujet du message: Godstress Répondre en citant


C'est l'affluence ce soir, et même si elle commence à avoir l'habitude, Roxanne n'aime pas ça du tout. Bon, comme prévu, elle est au comptoir, tandis que Paülo circule entre les tables, agilité parfaite, plateaux volant et ne perdant pas une goutte, pour servir des clients rieurs, flâneurs, posés ou bien pressés. Le patron est là aussi pour aider. Les fourneaux sont occupés par les autres dont elle a oublié les noms qu'elle juge bien inutile à retenir. La gamine a enfin acheté une veste blanche pour la tenue réglementaire, et un pantalon noir. Il a fallu qu'elle demande une avance pour cela, ça lui a donc pris une bonne semaine, le temps de trouver le courage. Et Paülo a tagué le vêtement. Un énorme smiley vert dans le dos. Pour afficher son clan ? Pour l'aider à sourire ? Ou juste pour se moquer d'elle ? Un peu des trois, sans doute, mais elle ne pouvait pas refuser ce plaisir au collègue, trop gentil de lui apprendre le métier avec toute la patience qu'un jeune comme lui ne devrait pas avoir. Alors elle avance en rampant dos au mur, cette pauvre effrayée. Ça n'a pas l'air de choquer, puisque son boulot, c'est de servir ceux derrière le comptoir, face à elle. Ceux-là même qui voient surtout ses cheveux tombant sur ses paupières, alors qu'elle porte sur son visage le signe distinctif de sa personnalité. La larme de khôl qu'elle s'applique d'autant mieux à dessiner depuis quelques jours, parce qu'elle sait qu'elle va peut-être rencontrer de nouvelles personnes, ou bien qu'elle pourrait croiser ici ces gens qu'elle aimerait revoir. Roxanne ne se fait pas trop d'illusions sur le chef bleu qui doit être trop pris pour venir boire un verre et prendre de ses nouvelles, mais ce garçon, là, avec ses dessins et sa mèche rouge... Pourquoi pas ?...

Tiens, un client qu'elle commence à connaître. Il s'assoit au comptoir et lui commande une bière. Elle ne l'aime pas trop celui-là, et puis les bières, c'est dur à servir sans renverser. Roxanne pense que le client essaye de capter son regard parfois, parfois de la forcer à sourire. C'est la meilleure solution pour lui faire fixer le plancher et avoir envie de pleurer, il devrait l'avoir deviné, ce con. Alors elle l'évite et va un peu plus loin. C'est compliqué car le mec est proche de la caisse, alors elle va devoir souvent s'en rapprocher. Ha, v'là le patron qui revient. Il a du comprendre le manège du client, car il reste pas loin maintenant. Roxanne le craint un peu, le patron, mais elle sait que pour lui, les employés sont intouchables, et il sait les défendre. Autant que leur crier dessus...

Bon, pour ce soir, elle n'a encore rien cassé. Juste ébréché un vieux verre, mais elle le connaissait bien celui-là. Il avait du lui glisser des mains une bonne dizaine de fois, du coup, il devait se sentir fragile. Il a fini à la poubelle. Comme les autres. Comme ses illusions. C'est quoi déjà ses illusions ? A court terme, passer une journée sans rien casser, obtenir le sourire du chef qui va avec et aller se coucher avec l'esprit apaisé. Ouais mais aussi, avec les horaires du soir, elle ne se sent vraiment pas à l'aise ! Bon mais, faut s'y faire. Et elle va s'y faire. Promis, patron. Même si elle dort mal. Même si elle a peur. Elle n'a aucun autre choix.

Un coup d’œil rapide à Paülo pour se donner du courage, et hop ! Ça repart ! Illusion à long terme ? Lui ressembler. Non, faut pas rêver. Tout le temps en train de rire, le Paülo, de bouger, de parler de tut et à tout le monde ! Et ces épaules dégagées alors qu'elle-même s'en sert uniquement pour cacher son visage. Faudrait une baguette magique pour ça. Ou se payer un sort chez un vaudou. Ou encore brûler six cents mille cierges devant le bon dieu. Peut-être que lui pourrait faire quelque chose pour elle ? Faudra envisager d'aller lui demander. A Lui elle sait parler sans bafouiller.

Encore une entrée. Des talons qui tintent sur le carrelage. Qui crient ''regardez-moi.'' Alors Roxanne regarde. D'abord elle voit la silhouette, inconnue. Pas moyen de savoir à l'avance ce qu'elle va demander. Puis ses yeux s'arrêtent pour regarder l'ensemble. Et elle pique un fard, Roxanne. Direct. C'est quoi cette fille ? Un espèce d'ange, ou quelque chose qui s'en approche ? Pourquoi les gens la regardent avec cet espèce de respect dû aux dieux ? Pourquoi elle se sent comme chez elle alors qu'elle n'a pas mis les pieds ici depuis que Rox y travaille ? Ouais, peut-être quand ce n'était pas son créneau... Enfin, elle a l'impression de faire 70h/semaine, la gamine, alors rater un client de cette envergure... Et puis pourquoi Paülo la regarde passer en chuchotant un truc à son copain ? Vite, vite, Roxanne, cache-toi derrière tes cheveux. Non, ne tremble pas, pitié ! Quoi ? Elle vient vers le comptoir ? Ouf... elle va plus loin... Allez, ça va aller, c'est rien qu'une cliente...

Bon. Ok. Un cocktail. No panic. T'en a fait plein, ok ? Au pire, Paülo t'as glissé les recettes sous le tiroir-caisse. Ouais voilà, va jeter un œil pour pas flipper et tout foirer.
Le patron y va. Houlà, ça doit être une fille bien placée. Qui a du grade. C'est ce qui vient en tête à la gamine quand elle voit le patron presque blême en revenant vers elle. Il ne sourit pas, non, mais il lui met la main sur l'épaule. Un geste chaud, rassurant. Carrément flippant pour la jeune fille. Ça veut dire quoi cette accolade ? Et puis le collègue au fond qui se marre avec ses copains et qui... Fait un geste évocateur à Roxanne. Il se coupe la gorge avec le pouce. Elle va mourir, c'est ça ? Ouais, ça doit être ça. Elle va mourir.
Concentration. Cocktail. Mangue. Sirop de violette pour la couleur. Jus d'orange long. Sucre. Et puis...

«
Tu es Roxanne, si je me trompe pas. Ça fait longtemps que tu travailles ici ? Tu arrives à t'adapter, David te fait pas trop de misères ? »

Elle est morte.
Waw. On lui a parlé, et elle a même pas renversé. C'est pas du progrès ça ? Sans doute l'appel de Dieu vu qu'elle va mourir sous peu. Hé ho ! On te parle ! On a dit ''Roxanne'' ! Roxanne ? Elle la connaît ? Totalement interdite, la gamine stoppe tout mouvement. Elle doit même avoir la bouche ouverte tellement elle est interloquée. Ses yeux viennent fixer la brune. Capture. Tout son esprit s'arrête avec ses gestes. Si près d'une divinité. A s'en brûler les yeux. Irréelle. Tout l'opposé de la gamine, cette femme. Jeune, belle, sûre d'elle. Chez elle. Et tout au fond de ses yeux, une fragilité. Un truc qui... Roxanne réussit à se reprendre, en bégayant. En cachant son visage, d'urgence, derrière ses cheveux. Vite, le cocktail. ha. Il est fini on dirait. Alors dans une lenteur incroyable, dans un geste cherchant l'emprise totale d'un objet qui n'est rien d'autre qu'une bombe nucléaire, Roxanne prend le verre et le pose délicatement devant la demoiselle. Qui la connaît. Alors qu'elle ne la connaît pas. Et qui lui a posé une question. A laquelle elle doit répondre...

«
 Ro... Roxanne, oui... Ça fait hem deux ou trois semaines ... David ? Le patron ? Il est gentil. Il... Il... Est tolérant. »

Pff. Nul. Comme tous ses premiers contacts, on est d'accord. Roxanne s'attrape soudainement le coude pour se recroqueviller encore sur elle-même. Comme une enfant battue. Une enfant apeurée. Une enfant de 6 ans devant son papa qui la gronde. Et pourtant, elle n'a pas envie de partir. En plus, elle voit le carnet à dessins. Pas mal. Vraiment. Là encore, ça reflète une certaine grâce, alors qu'il y a quelque chose de ''j'ai pas trop envie'' qui traîne entre les traits. Pourquoi ? Peut-être qu'elle le saurait si elle osait regarder le visage de la belle plus d'une seconde et sonder ses expressions. Mais non, impossible. Elle n'est que Roxanne.

Bon, elle essaye quand même... Finalement, son regard fuyant s'arrête sur le petit groupe, au loin. Des clients qui n'ont pas l'air de trop l'aimer, elle la catastrophe de barmaid. Et qui doivent connaître la grande dame, car ils les fixent, toutes les deux. Ils les observent et parlent sur elles. Ou juste sur Roxanne ? Non, ils regardent la cliente. C'est qui cette fille ? Elle a besoin de savoir... Mais comment ?

«
 Vous... vous dessinez bien. »

Loupé. Elle n'arrive pas à en dire plus. Jamais elle n'osera lui demander quoi que ce soit. Elle en vient même à guetter la porte pour voir un client arriver et devoir aller le servir. En voilà un justement. Mais non, il s'arrête à une table et se trouve servi par Paülo. Paülo qui revient et lui fait un clin d’œil. Elle ne devait pas mourir 5 minutes plus tôt, selon lui ?

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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Jeu 5 Sep 2013 - 12:07    Sujet du message: Godstress Répondre en citant


Un visage si fin. Si pâle. Si beau. Tu ne sais encore si c'est purement esthétique où s'il y a une véritable intention derrière cette larme de khôl, mais la finesse du trait t'oblige à reconnaître que la jeune fille est habile, même si elle n'accepterait certainement jamais de le reconnaître. Tu lis dans chacun de ses gestes une peur hurlante, immanquable. Comme si par tous temps, elle craignait d'ouvrir la boîte de Pandore, vivait avec Damoclès au-dessus de la tête.
Si belle, et pourtant si torturée. La vie peut être effrayante parfois. Mais en la voyant, tu devines que le "parfois" tend plutôt au "toujours". Qu'a-t-elle donc bien pu voir, vivre, éprouver, pour agir comme ça... La vie peut être effrayante, oui. La tienne l'est par choix. La sienne, certainement subie.

Elle dépose le verre devant toi. Une couleur agréable à regarder, et après y avoir trempé tes lèvres, un goût fruité, doux, sucré. C'est un peu différent d'habitude. Mais étrangement bien dosé. La mangue est discrète, mais bien là. Peut-être qu'à peine plus aurait été plus appréciable. L'exotisme dans toute sa splendeur.
Tu remercies alors la jeune fille, lui adressant un vague sourire conciliant.

« Ro... Roxanne, oui... Ça fait hem deux ou trois semaines ... David ? Le patron ? Il est gentil. Il... Il... Est tolérant. »

Sa voix est presque étouffée, cachée derrière la honte ou l'intimidation. Tu restes un instant surprise, fixant la salle. Étrange petit ange que cet ange-là. Tu ne saurais dire si tu la trouves attachante ou au contraire complètement insupportable. Deux parties de toi qui s'affrontent sur cette dernière pensée. Mais pourquoi la trouver attachante, ma Lily ? Elle a l'air de n'être rien d'autre qu'un boulet, alors pourquoi même envisager de l'apprécier, alors que tu n'auras certainement jamais recours à ses services. Tu n'as pas oublié, n'est-ce pas ? Tu es de retour sur la scène. Tu ne peux penser que travail. Oublier le reste. Te concentrer sur l'objectif principal.
Pourtant, je te sais qui la considère, encore. Candide enfant, insoupçonnable. Elle attise ton intérêt, et le repousse en même temps. Tu n'as pas envie d'entraîner quelqu'un comme elle dans tes histoires, Lily. Elle a l'air déjà bien assez torturée pour en plus subir tes plans tordus.

« Vous... vous dessinez bien. »

Remarque lancée au milieu du brouhaha de la salle, remarque surprenante, puisque ce que tu dessines n'est pas vraiment du dessin à proprement parler. Les esquisses brouillonnes qui ornent la page ne sont que des gribouillis faits pour agrémenter les lignes rédigées. Un crayon qui se laisse courir de lui-même sur les feuilles brunes, attendant que sa détentrice ne s'accorde à y laisser les traces de ce qu'elle observe en ces lieux.

" Merci. Même si on peut pas vraiment parler de dessin, là... "

Un compliment qui fait tout de même plaisir à entendre. Tu sais, bien sûr, que tu dessines bien. Mais les personnes à voir tes esquisses sont trop rares pour te le faire savoir. Et se gonfler de confiance autrement que par sa simple volonté, parfois, ça peut faire du bien. Elle est douce. Attentionnée. Elle donne l'impression d'être terrifiée, et elle l'est sans doute. Mais tu la devines pleine de bonnes intentions.
Adorable petit ange, perdu dans un monde hostile qu'il n'aurait dû connaître.

Tu sirotes, un instant silencieuse, guettant du coin de l'oeil les Sinewyers qui commencent à s'exciter dans leur coin. Pourquoi faut-il qu'ils collent tellement aux clichés que l'on se fait d'eux ? Impulsifs, véreux, insolents. La fille qui t'aime pas raconte encore un truc sympa à ses collègues. Quinze secondes plus tard, un des gars se ramène au comptoir, s'y accoude face à la jeune serveuse.
Tu le regardes faire, loin d'être crédule. Impossible de savoir ce que l'autre cruche lui a dit, mais il est là, certainement bien décidé à t'emmerder, que ce soit directement ou par le biais de cette pauvre serveuse.
Ils sont pas aussi cons qu'ils veulent le laisser croire. Ils vont pas venir te chercher des ennuis directement à toi, pas dans un bar Haughter bondé en Happy Hour. Mais ils peuvent s'amuser quand même, chercher un peu.
Ce que tu crains, malgré tout, c'est que ça dégénère. Qu'ils finissent par mettre le véritable bordel dans le bar. Que David ait à essuyer de sérieux dommages. Que la Roxanne s'enferme sous l'évier et n'en ressorte jamais. Que des échauffourées commencent alors même que tout aurait pu rester tranquille.

- Hey, t'as regardé un peu ce que tu m'as servi ? Une brune. Tu m'as donné une putain de brune. Mais j'aime vraiment pas les brunes ! Ton poussé, regard qui vient chercher le tien armé d'un sourire fielleux. Puis il se reconcentre sur la barmaid. Continue son jeu ridicule. Alors tu vas me reprendre ma brunasse, me rembourser, et me mettre une jolie petite blonde à la place. Une blonde bien dosée, une petite blonde exactement comme toi.

Tu détournes le regard, sourire amusé aux lèvres. Il a vraiment rien trouvé de mieux ? C'est vraiment toi qu'il cherche ou il en a juste après le derrière de la nouvelle ?
Tu sirotes ton verre, spectatrice d'une pièce dont tu attends le dénouement. Tu observes la jeune Roxanne, sondes ses réactions.
Lui venir en aide ne te viens pas encore à l'idée. Après ce qu'il s'est passé, quelles que soient les réactions des divers clans ou les connaissances qu'ils ont de l'événement, tu ne peux te permettre d'attiser les foules, échauffer les esprits. Rester en retrait, se contenter d'observer. N'intervenir que s'il y a besoin. Voilà tout ce que tu peux te contenter de faire.

Mais choisir la solution pacifique n'est pas dans l'intention des Sinewyers. Le deuxième gars rejoint le premier au comptoir, poussé par les demandes de leur chienne de service qui ose pas se lever de sa petite chaise. Et alors qu'il vient appuyer la demande de son collègue, joueur et menaçant, tu fixes leur matronne. Un regard perçant et autoritaire. Un sourire narquois sur les lèvres.
Sournoiserie quand tu nous tiens. Elle soutient ton regard, te rend ton sourire.
Et de l'autre côté de la salle, tu devines David, témoin de la scène, peut-être quelques autres avec lui.
Ne te lève pas Lily. Ne rentre pas dans son jeu.
Ils savent que tu protèges les Haughters. Alors ils n'attendent que ça... Que tu te lèvespour les remettre à leur place. Que tu sois celle qui fait le premier pas vers la guerre.

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Roxanne Valay
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MessagePosté le: Jeu 5 Sep 2013 - 22:18    Sujet du message: Godstress Répondre en citant

« Merci. Même si on peut pas vraiment parler de dessin, là... »

Elle lui a dit merci. Ça la touche, la timide. Un tout petit mot, mais qui donne du poids à des mots qu'on aurait pu prendre pour de simples paroles de politesse. Le reste n'est pas forcément une preuve de bonne foi, et pourtant la gamine sent dans la voix de la demoiselle un petit truc d'encourageant. Un petit truc qui réchauffe. Peut-être Roxanne se trouve-t-elle face à une de ses personnes qui n'admettront jamais avoir besoin d'aide ou de soutien. Et qui pourtant en manquent cruellement. Le cœur tout mou et tout généreux de la gamine se sent prêt à tout donner pour ce genre de personnes. Encore faut-il qu'ils se laissent faire. Et jusqu'à aujourd'hui, peu sont ceux qui ont réussi à passer sur sa maladroitesse avant de se laisser frôler par son aide délicate. Si. Une voisine, une fois. Aigrie, ronchonne. Et qui pourtant souriait en voyant Roxanne. Uniquement en voyant Roxanne.
Fière d'elle, la gamine ose même pousser la gentillesse plus loin, ne sachant pas à quel genre d'artiste elle a à faire.

« Roxanne aime les dessins. Si vous en avez de vrais, elle aimera sans doute les voir »

Mais son audace la prend à la gorge, et pour cacher sa gêne, elle attrape la première éponge qui lui tombe sous la main et se met à frotter le petit plan de travail sur lequel elle n'a pourtant rien renversé. Elle ne voit donc pas arriver le gars qui la fait carrément sursauter en lui parlant sur ce ton agressif qui lui rappelle bien trop ses cousins. La gamine fait tomber l'éponge mais elle ne prend pas la peine de la ramasser alors que ses sourcils se froncent. Se tromper ? Impossible sur une bière. Elle ne connaît que trop bien la différence entre ces boissons. Se tromper dans la sélection n'est vraiment pas son genre. Maladroite, ok. Faible, apeurée ? Ok. L'esprit souvent vagabond ? C'est clair ! Mais étourdie, jamais. Elle sait d'ailleurs pertinemment que ce ton là veut simplement dire qu'on vient lui faire payer une mauvaise journée, ou qu'on a besoin de se défouler sur elle. En général, quand elle entend ça, c'est que la journée va très mal finir pour ses bras, ses jambes ou son dos. Bleus, griffures etc... Alors son esprit s'enferme. A double, triple tour. Et il ne lui reste qu'une façon de survivre : Devenir ultra méthodique.

Ses mains ne tremblent plus. Son visage ne se cache plus. Ses yeux en deviendraient bioniques tellement son regard se fait précis et acéré. Elle n'a trouvé que ça pour limiter la casse. Sa casse. Et jusque là, ça a très bien marché. Alors la gamine prend le verre de brune plein. Elle le vide net dans l'évier. Roxanne ne s'était pas trompé. Elle le sait. Impossible. Et puis cette phrase sale et fielleuse sur les blondes... Dans son état normal, elle se serait peut-être mise à trembler, à pleurer. Là non. Elle ne regarde pas le jeune homme qu'elle trouverait absolument dégouttant. Elle récupère un verre propre d'une main sûre et, le glissant sous le robinet de bière, elle verse. Sa main stoppe le robinet pile au bon moment. Professionnelle. La mousse frôle le bord mais ne glisse pas. Elle concède même un dessous de verre pour le client râleur. Pose le tout sur le comptoir et annonce le prix. C'est là... Maintenant, qu'elle se rend compte.

Le patron la fixe. Non, pas Roxanne. La cliente. Le sale type a été rejoint pas son copain, qui semble avoir besoin de renfort pour on ne sait trop quoi. Paülo s'est rapproché, fronçant les sourcils et ne souriant plus. Bizarre. Il passe derrière le comptoir et vient se placer près de Rox. Rox qui a retrouvé son air d'apeurée face à la scène qu'elle ne comprend plus, la tête dans les épaules. « Comment t'as fait ça toi ? T'es pas doué d'habitude ! Pis tu leur a cherché des noises ou quoi ? » Le collègue lui chuchote dans l'oreille, parce qu'il n'a pas l'air très rassuré non plus. Il salue la cliente qui en jette rien que par sa présence, mais toujours sans dire son nom. Il rajoute par contre un petit « bienvenue chez vous ma dame » en riant. Un petit rire nerveux, qui ne lui ressemble pas, alors qu'il lance des regards en coin aux deux gros costauds et leur histoire de bière. Roxanne croit comprendre que cette phrase a été rajoutée comme un sous-entendu, mais impossible de comprendre lequel. En tout cas, ça ne convient toujours pas aux mecs qui s'insurgent et disent ne pas vouloir payer. Elle aurait p'têtre pas dû proposer un prix, la Rox. Mais elle l'a joué professionnelle, donc sans réfléchir. Et si elle appelait le patron pour savoir ce qu'il en pense, lui, de tout ça ?

Trop tard. Le client pas content, sans doute rassuré par son acolyte venu le rejoindre, pousse du revers de la main le verre qui glisse et vient s'éclater aux pieds de la gamine. Juré cette fois c'est pas elle ! Pas besoin de le préciser. Ils l'ont tous vu. Ils ont tous compris que l'envie de bagarre est là. Le gros costaud de patron en premier. Heureusement, il a l'air d'avoir des sbires dans la salle. David vient vers Roxanne et les autres et ses copains se rapprochent sans se faire trop remarquer. « Pas de ça chez moi, c'est clair ? Ça s'rait bête qu'on vous interdise l'entrée ! Des excuses, et dehors ! » Il a une grosse voix, le patron. Et les autres, après un regard autour d'eux, finissent par l'écraser. Bon, ce n'est toutefois qu'une excuse du bout des lèvres qu'ils acceptent de délivrer à la serveuse avant de se faire gentiment raccompagner vers la sortie. Mais leur copine est toujours là, au fond. Et Roxanne n'a pas raté le coup d’œil que la jolie cliente lui a lancé. Pourquoi ? Elles se connaissent ? Roxanne à peur, mais elle ne sait pas comment se protéger. C'est ça les cannibales, en fait, hein ? Ça y est. Elle a l'impression de comprendre.

Tout le monde retourne à ses occupations, les clients finissent par se désintéresser de la scène et la jolie brune n'a pas bougé. Fière. Altière, sur son tabouret de bar. Elle, elle peut avoir des cartes pour l'aider. Pour l'aider à comprendre. Alors Roxanne se force. Elle se pousse aux fesses, maintenant qu'elle se retrouve seule derrière le bar. Le patron parti raconter ça à ses cuistos, Paülo détailler l'affaire à ses copains du fond de la salle...
Retiens ton bégaiement Roxanne. Parle.

« Pardon... C'était... C'était qui ces types ? Ils sont dangereux ? Ils vous connaissent, on dirait... »

Une pierre deux coups. Avec un peu de chance, la belle allait lui répondre et dévoiler enfin son identité. Avec un peu de chance, Roxanne allait apprendre qui éviter ou pas, dans cette ville. Avec un peu de chance, elle remarquerait à temps là troisième, la copine des deux fous qui est en train de venir vers elles. Vers le comptoir...
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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013 - 18:23    Sujet du message: Godstress Répondre en citant

Des yeux perçants, tu les devines qui essaient de déchiffrer le moindre des comportements, la moindre des pensées. Elle est une observatrice, elle aussi, et sans doute est-elle aussi de ce genre qui tend à trop réfléchir, trop se poser de questions. Tu lis en ce regard fuyant le manque de confiance cruel dont elle fait preuve, condamne chacune des qualités qui pourraient être siennes, qui pourraient la faire briller. Enfant brimée, prisonnière de sa propre vision, étroite, imposée peut-être même, d'elle-même. Alors lorsqu'elle te faire savoir qu'elle aimerait voir tes dessins avant de se replier comme une huître, tu la fixes, un instant silencieuse avant de lui répondre.

" Sans doute... Mais je ne montre pas mes dessins. Désolée. "

De la déception, de la peur, de la honte peut-être. Tu ne sais pas vraiment lequel de ces sentiments l'envahit véritablement. En vérité, tu te fiches bien de montrer ou non tes dessins. Seulement, si elle veut les voir un jour, cela implique qu'elle pénètre en ton antre, y soit pour une bonne raison, une raison que tu aimerais qu'elle n'aie jamais. Tu ne veux l'impliquer dans rien. Tu veux bien la tester un peu, bien sûr, pousser son caractère dans ses propres retranchements et constater. Mais tu ne l'impliqueras certainement jamais, pas si tu en as encore le choix.
Alors ce refus, à la fois désintéressé et poli, est un argument de plus contre elle, une tentative supplémentaire de sonder sa personnalité. Tu aimes son unicité. Et qui dit sujet unique dit étude approfondie. Tu veux apprendre à la connaître et l'anticiper. Par pour lui donner un rôle, contrairement aux autres, mais pour le plaisir de l'étude, pour satisfaire ce désir d'observation et cette curiosité qui sont tiens. Apprendre à déchiffrer l'indéchiffrable, animal nocturne irrémissiblement attiré par la lumière. Même brûlante.

Et puis, il y a cette chose qui se passe, soudainement. Un quelque chose que tu connais par coeur. Un quelque chose que tu ressens, douloureusement, au fond de toi. Et tes pupilles océanes ne peuvent s'empêcher d'observer cette fragile enfant, alors que le Sinewyer tente tant bien que mal de faire passer son message faussement subliminal.
Et en cet instant, Lily, en cet instant tu la trouves magnifique, une splendeur de joyau que ton corps te hurle d'envelopper de ton aura protectrice.
Alors que tu avais détesté ce côté exagérément vulnérable, les appels au secours que son corps frêle ne semblait cesser d'envoyer.
Elle n'est pas vulnérable. Elle n'est pas fragile. Elle est un animal qui se protège du monde extérieur. Un animal qui se laisse prétendre fragile pour ne pas subir le plus dur. Un animal capable de s'armer de la plus rigide des carapaces lorsque le besoin s'en présente.
Parce que oui, ma Lily, ce regard acéré, cette précision sèche, c'est là toute la beauté et toute la laideur à la fois de cette enfant. Capable d'enfermer son esprit. Capable de faire abstraction du monde extérieur. Capable de complètement s'éteindre, pour ne pas sentir les coups qu'il lui donne.
Tu sais quel genre de maux peuvent engendrer ce genre de réaction machinales, ma Lily... Tu ne le sais que trop bien. Tu es experte en la matière. Experte en regard acéré, experte en esprit vide, experte en extinction pour sombrer dans l'oubli. Experte, quand il s'agit d'arrêter de ressentir pour ne plus souffrir.
Elle te fait mal. Indicible douleur que tu conserves, sourde, muette, au fond de toi-même. Elle te ressemble, Lily ? Elle est... brisée, peut-être. Tu détournes le regard, préfères soudainement fixer les garçons sinewyers.
Qu'elle ne devienne pas, comme toi Lily. Voilà tout ce qui hante ton esprit à cet instant. Qu'elle conserve sa fragilité. Qu'elle conserve son innocence. Qu'elle oublie le mal. Avance. Oublie.
Tu as cherché à la déchiffrer ma douce... Pourquoi ces regrets, désormais ? Tu ne pourras pas l'aider de toute façon. Tu n'as pas le droit de l'approcher. Pas en ce moment, pas si tu veux lui éviter les problèmes.
Si belle.
Et le fracas du verre qui s'écrase au sol te sort de ta torpeur, semblable à l'orage grondant qui éveille des rêveries. Pourquoi tiens-tu tellement à ce qu'elle te ressemble, Lily ? Tu ne fais qu'apposer à son image le propre reflet de toi-même. Et si elle avait réagi comme elle l'a fait pour une toute autre raison ? Et si, derrière ce masque fragile se dissimulait en réalité un monstre de force et d'autorité que seules ses némésis seraient capable d'extérioriser ? La haine, Lily. Voilà qui pourrait tout aussi bien motiver ses actions. La haine, d'être le sujet d'humiliations qui n'auraient jamais dues avoir lieu d'être.
Tu ne sais rien d'elle. Tu es observatrice oui. Mais n'oublie pas, ma belle, que le meilleur sondeur d'âme est celui qui émet toutes les hypothèses, et non celui qui s'arrête sur la première.
Alors tu te reprends. Continue de laisser tes regards glisser entre la jeune serveuse et ses belligérants, puis sur David et ces autres dont l'attention semble avoir été captée.
Tension palpable, tu sens certains souffles qui se feraient courts. La guerre froide a rarement été si prenante, ma Lily. La guerre, rarement si près d'éclater.
Tu penches la tête en souriant d'un air espiègle et complice à Paülo lorsqu'il te souhaite la bienvenue chez toi, si explicite et sur-entendu. Mais les sinewyers, s'ils cillent à peine, refusent encore de reculer, cherchant la bagarre plus que la boisson. Et le bar tout entier semble se raidir, prêt à riposter si le moindre tintement irrégulier venait à se faire entendre. Pas un mouvement, Lily. Ne bouge pas, ne réagis pas. Ton regard court sur les divers haughters levés dans la salle, prêts à bondir en cas de besoin. Un regard autoritaire et clément à la fois, une invitation au calme, muette mais absolue. David intervient. Il est la parole que tu ne prononces pas. Inutile d'envenimer les discordes, Lily. Tu l'as bien compris, il l'a bien compris, tes haughters l'ont bien compris. Et les deux perturbateurs finissent par s'en retourner eux aussi, forcés de se soumettre à l'autorité du sur-nombre. Mais tu sais que l'histoire ne se termine pas ici. La cheffe de meute est toujours sur son trône, pleurant à peine la fuite de ses petits protégés. Et elle te fixe, ma Lily, aussi railleuse que toi-même alors que tes perles océanes la transpercent à leur tour. Le jeu est loin d'être terminé, et tu considères cette reine de plastique qui te fait face à peine valable de l'effort. Mais un jeu est un jeu, Lily. Dès que quelqu'un lance les dés devant toi, comment refuser ou abandonner ?

« Pardon... C'était... C'était qui ces types ? Ils sont dangereux ? Ils vous connaissent, on dirait... »

La jeune serveuse. Roxanne. Tu détournes ton attention de la hyène, revient sur la belle blonde. Si jeune. Elle n'est arrivée que récemment, tu le sais. Son nom est apparu sur le registre haughter quelques semaines plus tôt, à peu près au moment où elle a commencé à travailler ici. Alors, bien sûr qu'elle ignore encore les secrets de cette ville. Mais qui est donc le fou qui l'a accueillie sans lui parler des dangers de la ville ?

" Des perturbateurs du clan Sinewyer. Ceux-là ne sont pas forcément dangereux, mais d'autres peuvent l'être. Si tu peux l'éviter, ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. "

Rien d'intentionnellement méchant. Elle comprendra peut-être de travers, Lily. Mais ce n'est pas le plus important. Cette fois, les sinewyers sont venus à elle pour s'en prendre à toi indirectement, alors elle ne pouvait pas faire autrement, et elle risquait moins que s'ils l'avaient visée dès le départ. Elle n'aura certainement pas cette chance à l'avenir.
Et en parlant de ça... Voilà la petite cheftaine qui fait à son tour sa route jusqu'au comptoir. Comme elle n'a rien à t'envier, ma Lily. Même assise sur ton tabouret, à siroter ton cocktail calmement, tu es plus majestueuse, auguste, qu'elle ne le sera jamais. Un rôle peaufiné depuis des années, mis en poésie par ta beauté et ce regard exquis qui est le tien.
Mais elle ne lâche rien, veut s'opposer à la reine et tenter sa chance, elle aussi. Te prouver que tu n'es pas le colosse que le monde croit connaître, se prouver que tu es aussi humaine et fragile que n'importe laquelle des personnes réunies dans ce bar.
Elle ne t'a jamais aimée, ma Lily. Certainement toujours envié, ça oui.
Et elle s'accoude au comptoir, fixant un instant Roxanne d'un air partagé entre dégoût et aversion, avant de recentrer son attention sur toi.

« La petite reine se pavane au milieu de la populace. »

Regard aussi froid que le marbre de ton coeur. Tu sens toute la haine qu'elle te voue, bouillonner derrière ses iris argentés. Elle ne lâche ton regard qu'un seul instant, commandant à la jeune Roxanne une Grimbergen, aussi méprisante que possible. Et elle tourne de nouveau son visage vers toi. Et elle te fixe, ma Lily, peut-être en proie au doute, à se questionner sur la meilleure façon de t'approcher. Elle soutient tes yeux océans, avise un instant cette lèvre dont la coupure est désormais presque invisible, sonde ce foulard qui dissimule ta gorge, toi qui la découvre toujours. Et elle émet un de ces petits rires nerveux, emplis de dégoût, lorsque ses yeux finissent par atteindre la bande qui encercle ton poignet.
Tu ne cilles pas, ma douce. Tu la laisses venir à toi, observe la proie qui se prend pour le chasseur, comme indifférente à son approche, indifférente à ses menaces, indifférente à son existence. Et elle se détache soudainement du comptoir, ma Lily, soudainement et brusquement, puis elle vient se planter en face de toi, si près de ton corps, que cette aversion envers l'invasion te reviens, l'espace d'un infime instant, avant de disparaître aussitôt.
Sa main est à plat sur le comptoir. Son visage planté devant le tien. Et les mots qu'elle te murmure, menaçants, sonne un accord parfait avec son attitude.

« Fais pas comme s'il s'était rien passé, ma vieille. Tu fais quoi, là, à défiler au milieu des tiens, tu savoures la victoire ? Profite ma belle, profite ! Parce qu'on compte bien s'assurer que tu toucheras plus jamais à not' Chef ! Traînée. »

Surprise. Pas de venin. Pas de détours. Pas de jeu. Elle te balance ses menaces à la figure, aussi digne qu'une gamine de huit ans qui découvre qu'elle est à court de moyen, n'a plus aucun sens de la répartie. La déstabiliserais-tu pas ton indifférence ? Elle a peur de toi, Lily. Elle a peur, parce qu'elle sait, d'une façon ou d'une autre, que même son leader n'a pas pu tenir face à toi. Mais à quel point a-t-elle raison ? Parce que la vérité n'est pas exactement celle-ci, n'est-ce pas ma douce... La vérité est bien différente. L'issue du combat, bien loin d'être celle qu'elle décrit.

" Ne va pas croire que Taylor soit assez faible pour tomber devant une femme. "

Réaction immédiate. Elle tape du plat de sa main sur le comptoir, crispe la mâchoire. Tu la sens qui bouillonne de te faire souffrir, qui bouillonne de te rendre des coups qu'elle n'aurait jamais reçu. Et elle continue, la voix basse, audible seulement de toi, de la jeune serveuse aussi, peut-être.

« Tss ! Tu serais bien capable de faire tomber Dieu si tu le voulais. »

Attends... Quoi ?
Sourire amusé. Lueur mesquine qui scintille soudainement dans tes pupilles. Elle veut jouer, c'est bien ça ? Alors jouons.
Ta main s'élève vers elle et vient se glisser sous son menton alors que tu viens glisser ton visage à côté du sien, susurrer à son oreille.

" Que de flatteries... Mais n'as-tu pas l'impression de te tourner en ridicule, ma Léa ? Je te connaissais plus subtile. Plus... attrayante. "

Des gestes mesurés, une voix suave, lascive. Cette Elizabeth à la fois admirée et redoutée, celle qui joue, et gagne si souvent face à ses jouets.
Tu repousses son visage en arrière d'une pression sur sa gorge, et la suit dans son mouvement, de nouveau debout, plantée face à elle. Et ton corps semble s'élancer vers elle, alors qu'elle recule d'un pas, avant de se stopper net. Elle a eu peur, ma Lily, oh que oui. Mais aujourd'hui, elle a accès à des faiblesses qu'avant tu n'avais pas. Et en un instant, tu saisis la portée de ce mouvement brutal que son bras a exécuté en direction de ta poigne blessée. Et en un instant, ta main ingambe agrippe sa gorge juste sous le menton, fait pression sur les ganglions. Et tu as rarement serré si fort, rarement été si doucereusement violente. De nouveau, l'attention est portée sur vous. Et tu te maudis intérieurement, tu te maudis, ma belle, de t'être laissée emportée. Tu aurais pu simplement subir. Comme toujours. Subir et laisser passer. Mais après que ton nouvel indic ait pris le temps de te soigner, comment accepter de tout laisser à l'abandon.

" Je ne vais te le dire qu'une fois : Taylor n'a fait que récolter ce qu'il avait semé. Il savait que s'il venait en territoire Haughter ça tournerait mal. Maintenant, que tu me dises que ça ne te convient pas, je le conçois, t'as toujours été dans ses pattes, à l'idolâtrer comme une adolescente en pleine montée d'hormones. Mais je vais te dire, ma petite Léa... Si ton chef veut se venger, qu'il vienne s'en charger lui-même. Et il a intérêt à bien se préparer, parce que le jour où vous vous en prendrez aux haughters, ma belle... Ce jour-là... Sois bien sûre que je vous attendrai. Et ce ne sera pas pour vous encourager. "

Regard venimeux planté dans le sien. Tu la repousses sèchement, un instant encore froide d'apparence. Puis tu t'apaises alors qu'elle ne déraidit pas, reprends place sur ton trône de bar. Et tu sais à quel point elle te hait, tu sens toute l'aversion qu'elle peut te porter.

Elle saisit sa Grimbergen. Tu refermes ton calepin.
Elle porte le verre à ses lèvres. Tu ranges le calepin dans la poche de ton jean.
Le regard noir qu'elle arbore se plante sur toi avec méchanceté. Tu te relèves par réflexe. Alors qu'elle déverse le contenu du verre sur toi.
Sourire mielleux. C'était si gros. Tu l'avais vu venir à des kilomètres. L'odeur de la bière s'éprend de tes vêtements, le bleu-gris de ton chemisier protège ta nudité malgré l'humidité. Tu aperçois David s'élancer vers vous. Les regards portés sur vous se crisper, des haughters se lever. Elle est seule. Seule avec sa copine inutile. Elle a tout à perdre à t'attaquer ici. Elle a tout à perdre à s'attarder.
Auguste, majestueuse. Même sous l'humiliation du verre versé sur ta personne, ton attitude ne change en rien. Et ce sourire mielleux que tu lui adresses l'irrites d'autant plus.

" M'est avis que c'est le bon moment pour partir. "

Elle écrase le verre au sol, fait signe à sa collègue.

« J'te l'ferai payer, Elizabeth ! On détruira tout ce que tu protèges s'il le faut ! Et un jour, c'est moi qui te regarderai t'enfuir en savourant ma victoire ! »

Elle s'en va, suivie de sa consoeur. Et tu fais signe à David d'arrêter les deux gars qui veulent les stopper dans leur fuite. C'est Paülo qui s'en occupe. Le patron préfère venir constater la situation, s'excuser auprès de toi.
Tu souris, fausse, abjecte.

" Je ne suis pas en cristal, trésor. Tu aurais de quoi me permettre de me changer ? "

Tu détestes la situation. Tu te fiches bien de ta situation à toi, c'est plutôt celle du clan qui t'inquiète. Léa trouve toujours le moyen d'enrôler des sinewyers auprès d'elle. Elle te déteste, et elle adule Alex. Et après ce qui s'est passé aujourd'hui, elle cherchera d'autant plus la vengeance.
Tu devines déjà les esprits qui s'échauffent. Tu devines les questions qui surgissent. Les Haughters et quelques Dashingers présents dans la salle rassemblent le peu d'information qu'ils ont vu, essaient de comprendre ce qu'il s'est passé. Conciliant cela à la rumeur de l'altercation entre Taylor et toi, certains visages s'échauffent encore, d'autres s'inquiètent, d'autres cherchent à fuir le brouhaha et l'atmosphère pesante du bar.
Tu déposes un billet sur le comptoir à l'attention de la serveuse, deux fois plus que le prix du cocktail, puis t'esquives dans l'arrière-boutique, rejoins la réserve de bouteilles.
David te suis de près, lui-même inquiet de ce qui pourrait arriver, suivi de la jeune Roxanne qu'il a invitée à aller te chercher de quoi te changer.

" Qu'est-ce qu'il s'est passé, avec Taylor ? On doit s'attendre à des ennuis ? Je fais quoi, moi, avec les gars, je sais pas si on saura les tenir ! "

" Il s'est rien passé, d'accord ? Il s'est rien passé et personne ne fait quoi que ce soit. Je veux pas que ça devienne plus le bordel que ça ne l'est déjà. Je vais surveiller les Sinewyers. Si y a quoi que ce soit de louche ou d'inquiétant, on se préparera. Pour l'instant, on se tient."

Froide, autoritaire. Il n'en demande pas plus, comprend que tu n'en diras pas plus.
Reprendre le travail, ma Lily... Tu devais le faire, pour ne pas continuer de te noyer sous ta propre déchéance. Mais après ce qui s'est passé, peut-être était-ce finalement une mauvaise idée...
David repart s'occuper de son bar. Tu te retrouves seule dans la réserve, attend que la petite Roxanne te ramène des vêtements moins trempés.
Depuis la poche arrière de ton jean, protégé de l'attaque de la sinewyer, tu sors ton calepin, l'ouvre et le dépose sur une étagère.
Crayon en main, tu rédiges quelques lignes.
Quelques lignes sur ce qu'il s'est passé. Sur les visages présents. Les personnes à surveiller.
Quelques lignes... Quand Roxanne réapparaît.


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MessagePosté le: Jeu 19 Sep 2013 - 22:23    Sujet du message: Godstress Répondre en citant

" Des perturbateurs du clan Sinewyer. Ceux-là ne sont pas forcément dangereux, mais d'autres peuvent l'être. Si tu peux l'éviter, ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. "

Aucun risque. Roxanne se mêler de ce qui ne la regarde pas ? Elle a déjà du mal à s'occuper de ses propres affaires, alors celles des autres... Mais ces mecs s'en sont quand même pris directement à elle, alors qu'ils semblent en avoir principalement après la brune qui lui parle. En plus, ce nom ''Synewyers'', elle l'a retenu, la gamine. Elle sait qu'il est dangereux. D'entrée de jeu, donc, dans sa tête elle badigeonne leurs visages de jaune, couleur maudite entre toutes ici, histoire de ne pas oublier. De savoir qui éviter.
Quoi qu'il en soit, elle retourne à sa vaisselle, la gamine, toute à la rumination de ce qu'il vient de se produire. Sans voir que l'autre arrive.

Elle finit par sentir sur elle le regard de dégoût lancé par l'arrivante en s’accoudant au comptoir. Et Roxanne rougit. Ses mains deviennent moites et elle manque de justesse de casser un nouveau verre. Concentration concentration !

« La petite reine se pavane au milieu de la populace. »

A qui elle parle ?
« Une Grimbergen. » Ha, là c'est pour elle. Un verre propre, une grande inspiration et elle sert la bière demandée. Ça y est, même submergée par les émotions, elle commence à prendre le coup de main, et se sent de plus en plus à l'aise. Il ne faudrait juste pas un coup de stress de plus. Pitié. Seigneur Dieu, donne un coup de main à Roxanne... Le reste, elle s'en fout. Elle déconnecte du monde un instant. Invoquant les sphères au dessus des hommes, plus rien n’intéresse la gamine. Elle n'entend plus les bruits de verre qui choquent contre le bois des tables ou du comptoir. Elle n'entend plus les rires ou les chuchotements. Ni même les ordres si on vient lui en donner. Ce n'est pas bien, ce n'est pas bon pour elle et sa réputation, mais elle est comme ça, et c'est presque comme si elle n'avait pas le choix. Alors elle n'entend pas, elle ne sent pas, elle ne voit pas la nouvelle arrivée se diriger vers la jeune dame qui lui a fait si forte impression. Roxanne ne comprend pas le dialogue entre les deux. Jusqu'à un mot qui l’interpelle :

« Tss ! Tu serais bien capable de faire tomber Dieu si tu le voulais. »

Faire tomber Dieu ? Mais qui donc oserait ?! C'est la folle qui parle à la dessinatrice. C'est donc la jolie brune qui serait capable de ça ? Mais qui est-elle donc pour qu'on lui dise ça ? Personne ne peut toucher Dieu. Ni l'égaler... Personne... A moins de... D'en être un soi-même. Dans l'environnement choisi, dans un cadre porteur, ressembler à un dieu.

La gamine a déjà vu ça un jour à la télé. Une foule rassemblée pour voir un chanteur. Une foule immense. Infinie. Et la foule hurlait le nom du chanteur dans un brouhaha incompréhensible. Pourtant, ils semblaient tous en communion, attendant l'apparition sur scène de leur idole. Cachée derrière la porte en essayant de regarder par l’entrebâillement, Roxanne avait entendu la voix dédaigneuse de sa tante cracher : « écoute-les, c'est leur dieu, ce mec. » On peut donc être un dieu à sa propre échelle. Et elle, cette jeune femme ? Qui est-elle ?

Roxanne la regarde s'approcher de l'autre, toucher son menton dans un geste doux et hypnotique. Tout dans ses gestes imposent le respect, la crainte. L'amour inconditionnel du papillon vers la lumière qui va à coup sûr lui brûler les ailes. Et la femme au visage agressif ne bronche pas, sinon par un tressaillement incontrôlé. Quelque chose est chuchoté mais Roxanne n'entend pas. Vu les pupilles de la sinewyer qui se dilatent, la gamine envisage une incantation, un sort, ou carrément une menace... La belle brune est-elle était capable de tout ça ? Sûrement, oui. Même les trois à la fois. Quoi qu'il en soit, la gamine se retrouve bien surprise de la voir faire reculer l'autre rien qu'en la frôlant. En se redressant. Puis la prendre violemment à la gorge, au grand désarroi de tous. Au final, dans l'assistance déjà échauffée, certains prennent parti. D'autres se taisent. D'autres encore ont l'air d'engager des paris. Et le patron revient, furieux mais ne semblant plus savoir ce qu'il doit faire.

Au final, elle lâche la gorge enserrée, et on dirait presque que l'autre n'a pas trop mal vu la contenance qu'elle garde. On fait semblant de ne pas remarquer les marques sur son cou qui semblent un peu sanguinolentes là où les ongles ont percé la peau. Finalement, elle n'a pas dû y aller de main morte. La jaune reprend sa bière. L'autre son calepin. Et là, le ''flouch''.

Roxanne en reste totalement bouche bée. La jolie brune dégage une telle aura qu'il faut un courage monstre, ou bien être suicidaire pour oser faire ça, devant tout le monde. Devant le patron. Chez les verts. Parce que si elle a bien compris, c'est une haut placée chez les verts celle qui dégouline maintenant de bière s'égouttant lentement au sol. Hé allez ! Encore du travail pour Roxanne. Elles ne pouvaient pas aller régler leurs comptes ailleurs, franchement ? L'ambiance est déjà suffisamment électrique pour en rajouter une couche. Si ça continue, ça va carrément éclater en bagarre générale, là. Heureusement, Roxanne connaît les gens présents. Des habitués. Des verts pour la plupart. Peut-être une ou deux nouvelles têtes donc elle se méfierait bien mais qui ne semblent pas plus agressives que ça. Peut-être des rouges. Ou des bleus. Impossible à dire pour la novice dans la ville.

Mais la grande dame prend tout ça avec une classe incroyable. Si ses cheveux ne dégouttaient pas de bière collante, elle serait devenue instantanément l'idole de la pauvre gamine apeurée. Mais l'autre insiste. Et enfin, elle donne un détail intéressant. Ça commençait à bien faire de ne penser qu'en visuel. Roxanne se grave ça en tête : Elizabeth. Elizabeth qui va bientôt voir sa vie ruinée par cette folle hystérique qui a tout salopé au sol. Enfin elles se tirent. Pas plu mal. Bizarrement, ce n'est plus la peur qui submerge la gamine, mais la colère. Bien sûr, elle ne sait pas vraiment l'exprimer, alors elle rumine derrière ses cheveux et se mord l'intérieur de la joue. Toutefois, ça lui fait du bien de changer un peu d'émotion. Émotion parfaitement inappropriée, cela va de soi, mais comme elle n'a aucun contrôle là dessus, elle se laisse bercer.

Le patron revient à toutes jambes et s'excuse, s'excuse encore. Non mais c'est vraiment dieu cette fille pour que le patron lui rampe aux pieds ?! Ha non, c'est peut-être Crésus vu la somme qu'elle laisse sur la table. Paülo revient tout sourire et s'approprie le billet qui est censé se retrouver dans la boite commune. Mais puisque Rox n'y touche pas... Il disparaît dans la poche du serveur.
Alors la timide suit le chef qui lui donne un ordre. Des fringues pour fille ? Ouais, bien sûr, c'est la seule ici à en avoir. La dame du patron ne risquerait pas de prêter ses fringues, même à Dieu en personne. Bien, il va falloir improviser. Et vite.

La gamine les laisse et file à l'étage. Réfléchissant. Non, d'abord il faut qu'elle se concentre pour ne pas se casser la figure dans ces escaliers tout vermoulus. Ensuite elle fera le tri chez elle pour trouver des vêtements. Trois étages grimpés laborieusement. La porte de sa chambre est poussée. Le tas de linge est retourné. Roxanne y trouve un T-shirt blanc... Mille fois tâché de boissons en tout genre, qu'elle rejette aussitôt au sol. Un pantalon noir délavé qu'elle a du mettre une fois ou deux mais qu'elle voulait passer à la machine quand même. Tant pis, c'est son dernier. Le seul potentiellement capable d'aller à Elizabeth. Elle semble faire à peu près la même taille, mais peut-être qu'elle n'aimera pas se retrouver dans un jean's tout loqueteux.. Cette fille semble plutôt se vêtir avec classe. Encore une fois : tant pis, Roxanne n'a rien d'autre et ce n'est que pour peu de temps. Pour le haut, la gamine tombe enfin sur un truc propre. Son chemisier fétiche. A vrai dire, elle ne l'a peut-être jamais porté. C'est plus une relique. Un vêtement qu'elle a réussi à récupérer dans le sac de fringues de sa mère quand sa tante a décidé de tout jeter ce qu'il restait d'elle. Son père avait tout gardé intact au cas où elle reviendrait. Il ne fallait certainement pas espérer une once de compassion de la part de la tata. Parfois, en le serrant contre elle, Roxanne a l'impression de sentir le parfum de sa mère... Bref. Il ne lui reste plus que ça de propre. Et même si ça lui fend le cœur, la barmaid n'a rien d'autre pou obéir au patron et rendre un peu de dignité à cette jeune fille qui vient de se faire reverser une bière sur la tête avec distinction. En plus, c'est sans doute le seul haut qui pourrait lui aller du peu que Rox possède. Tout le reste serait trop petit.

Elle redescend, la mort dans l'âme, mais cachant cette sensation tout au fond d'elle-même avant de retourner dans la réserve où Elizabeth l'attend. Papier et stylo en main, pas pour dessiner cette fois. Le patron est reparti en salle, il n'y a donc rien de grave ici qui aurait retenu son attention. Mais la panique submerge à nouveau la gamine qui doit maintenant s'adresser à la dame qui la domine rien que par sa présence. Elle n'est même pas sûre qu'un sourire puisse la mettre en confiance. D'ailleurs, les vêtements imbibés de liquide rappellent instantanément à la jeune fille tout ce qu'il s'est passé dans le bar, ranimant son angoisse. Ce doit être la vraie panique à bord. Elle ose jeter un cour d’œil à travers le hublot qui les séparent de la grande salle afin de constater les dégâts. Paülo a l'air d'avoir repris les choses en main. Le patron lui chuchote un truc à l'oreille, et ça semble grave, car le barman ne sourit pas, pour une fois. Les clients lancent des coups d’œils suspicieux à droit à gauche, même si les commandes et les consommations ont repris. Roxanne ne devrait pas trop s'attarder dans la resrve, mais il lui faut encore s'occuper d'elle...

D'un pas mal assuré, elle revient donc vers Elizabeth et essaye d'articuler, tout en tendant les vêtements qu'elle à en main :

« Roxanne espère que ces... ces habits vont vous aller. Elle peut vous... laver ceux que vous portez... Ou faire autre chose... Si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Au final, le service, c'est sa vie. C'est ce à quoi on l'a vouée depuis des années maintenant. Après la jeunesse de princesse, elle est devenue Cendrillon, et ne connaît plus vraiment d'autre moule. C'est presque rassurant pour elle de devoir aider. Obéir. Tant qu'on ne lui demande pas de porter des plateaux complets de verres remplis à raz-bord, suivie du regard par des dizaines de personnes, elle arrive à ne pas trop avoir les deux pieds dans le même sabot. Et là, elle se retrouve seule avec une jeune fille charismatique qui semble avoir l'esprit en ébullition. Un projet, peut-être... Un but nouveau qui se lit dans ses yeux... Qui sait si Roxanne ne pourrait pas être un pion sur l'échiquier. Ou un fou...
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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Mer 25 Sep 2013 - 19:55    Sujet du message: Godstress Répondre en citant

Elles traversent ton esprit, ces pensées acerbes, ces suspicions insensées. Une tension tellement palpable entre quatre murs, comment les choses peuvent-elles aller en s'arrangeant ? Ils se jetteront à la gorge de l'autre. Haughter, Sinewyer. Pas forcément par loyauté envers toi, Lily. Ils le feront parce que la tension est palpable, oppressante, dans chaque recoin de cette ville, et non pas seulement entre les murs de ce bar. Ils le feront, parce que tu auras été l'élément déclencheur d'une guerre sur le point d'éclater depuis des semaines déjà. Des années, même. Ils se vouent une aversion viscérale, injustifiée, menée par leur chef respectif. Et puis il y a la drogue. Ces corps inanimés qui inondent les rues. Les dérivés de la came qui arrivent sur le marché noir, palliant tant bien que mal à la pénurie croissante de Xinose. La ville des jeunes en proie au chaos. Bientôt à l'anarchie. Devenue le pire des ghettos...
Alors tu notes. Les événements. Les visages. Tous les éléments qui te reviennent et qui peuvent te servir. Mémoire visuelle. Tu recenses toutes les personnes présentes dans le bar, hésite sur quelques noms, inscrits des signes distinctifs pour les retrouver plus tard, à l'aide de tes dossiers. Fatigue. Et la journée est loin d'être terminée.
Puis tu entends la porte grincer doucement. Sans relever la tête, tu termines ta phrase, puis referme le carnet, te tournes vers la jeune fille, juste à temps pour la surprendre à épier par le hublot, s'inquiéter de ce qui se passe dans le vrai monde.
Tu la devines inquiète. Peut-être pour son travail, peut-être pour ce Paülo sur lequel son regard semble s'attarder. Est-ce que le petit saligaud couche avec elle ? Choix surprenant, mais qui pourrait s'avérer intéressant. Tu passes. T'es pas là pour t'occuper de ce genre de potin. Et la jeune fille est trop nouvellement arrivée pour l'affubler de surveillance et de quête d'informations à son sujet. La laisser s'installer, la laisser s'intégrer. Elle a bien réussi, déjà. Julian, maintenant le bar.
Ton regard océan est posé sur elle depuis qu'elle s'est retournée vers toi, s'avance, vêtements en main. Et tu la sais qui fuit ce regard, qu'elle doit sentir brûlant. Où est cette femme que tu as vue plus tôt, cette assurance sans faille, ce talent brillant qui émanait d'elle ?

« Roxanne espère que ces... ces habits vont vous aller. Elle peut vous... laver ceux que vous portez... Ou faire autre chose... Si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Tu tends ta main vers elle, récupère les vêtements. Et tu ornes tes lèvres d'un sourire gratifiant, éloquent.

" Je t'ai déjà bien assez embêtée. Et puis tu es barmaid, il me semble. Pas domestique. "

Tu te recules d'un petit pas, ton regard toujours planté sur elle, puis tu te retournes pour ôter ton chemisier trempé. Non par pudeur. Tu veux simplement lui éviter la vision des ecchymoses sur ton corps. Ne pas attirer l'attention, pour ne pas avoir à proférer mensonges. Et tu laisses le chemisier sur une des étagères, entre le curaçao et le sirop de grenadine, expose ton dos tatoué, puis laisse tomber tes talons au sol, perdant soudainement quelques centimètres de hauteur. Enfin, tu retires le pantalon qui étreint tes jambes fines. Tu n'es pas inquiète de savoir si la jeune fille est toujours là ou non, quoi que la laisser ouvrir la porte pour fuir la pièce ne serait certainement pas la meilleure des idées qu'elle aurait eue. Et sans perdre de temps, sans même te demander à quoi ressemblent ces vêtements, tu les enfiles, enfermes de nouveau tes cuisses sous le jean, recouvre la sanglante dame de coeur encrée sur ton dos du tissu prêté par la barmaid. Tu n'es pas critique envers les vêtements, tu te fiches même complètement de savoir ce que ça peut bien donner sur toi. Rester digne, éloquente, même dans le pire des apparats. Tu sais que personne ne t'en tiendrait rigueur. C'est là le pouvoir d'Elizabeth Hidwell. Ce pouvoir écoeurant, ma Lily...
Tu réajustes tes cheveux, dont certaines pointes ont été touchées par le liquide ambré, vérifie que ton foulard ne s'est pas défait de son attache. Puis tu reprends tes vêtements, rechausses tes talons. Et tu finis par refaire face à l'enfant, plonger de nouveau ton regard dans le sien, ou du moins, chercher à le faire. Tu t'approches, doucement, envahis son espace. Encore plus. Tu veux voir son visage, qu'elle arrête de se cacher, soutenir son regard, sonder ces iris dont tu ne connais pas même la teinte. Enfreindre les règles qu'elle impose, peut-être involontairement, aux autres, ces règles qui interdisent l'approche, tout en la rendant indéniablement attractive.
Et tu relèves son minois vers toi, dépose les vêtements sur l'étagère, à l'aveugle, avant de dégager les cheveux de son visage de ton autre main.

" Tu es si belle... C'est un tel gâchis de te cacher derrière cette naïveté. "

Ni froide, ni chaleureuse. Tellement indifférente, que ni la moquerie ni l'encouragement ne semblent avoir leur place dans l'implicite de ces propos. Tu veux simplement la voir, la retrouver. Cette Roxanne charismatique, impressionnante, qu'elle t'a laissé apercevoir. Tu veux la retrouver, dans cet espace restreint, là où les regards ne peuvent épier, là où les esprits ne peuvent assimiler que la jeune fille t'a intéressée.
Et tu caresses sa joue de ton pouce, frôle la larme de khôl qui y est dessinée, la fixe intensément un instant. Sourire mielleux.

Et tu relâches son visage, te recules, l'observe, certainement un peu hautaine du fait de l'indifférence mêlée à ta prestance. Et un sourire étrange, énigmatique vient étirer tes lèvres alors que tu récupères le carnet sur l'étagère et le glisse dans la poche arrière de ton nouveau jean.

" Je te remercie pour ton prêt généreux. Un ton qui se veut un peu joueur. Tu reprends, plus douce, plus calme: Je te rapporterai tout ça dès que possible. Et si jamais j'oublie, fais-en part à Paülo. Il se fera certainement une joie de venir me rappeler à l'ordre... Lui, ou ton patron. "

Tu relaisses place au silence, récupère tes vêtements salis par la fielleuse Léa. Puis tu marques un temps d'arrêt, observant toujours l'enfant de tes yeux couleur de nuit.
Et tu esquisses un sourire, le genre de sourire à la fois amusé et complice, et pourtant difficile à saisir.

" Tu as été fabuleuse avec les garçons sinewyers, tout à l'heure... J'espère que tu t'en rends compte. "

Tu relèves vaguement la tête. Efface ton sourire. Passe encore du chaud au froid. Choc thermique.

" Si tu pouvais être comme ça plus souvent. "

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Roxanne Valay
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MessagePosté le: Dim 29 Sep 2013 - 17:51    Sujet du message: Godstress Répondre en citant


" Je t'ai déjà bien assez embêtée. Et puis tu es barmaid, il me semble. Pas domestique. "

C'est une totale déconnexion qui surprend le cerveau de Roxanne. Comme un battement de cœur manqué. Une idée mal comprise que l'esprit préfère éjecter tant elle est incroyable. On l'a rarement traitée ainsi. Avec un sourire qui semble sincère, en plus. Bon, elle aurait pu prendre ça pour un rejet de son aide, la gamine, mais non, ça à l'air de vouloir dire qu'elle n'est pas le larbin, qu'on peut se débrouiller autrement qu'en lui donnant des ordres. Le patron ne l'ai pas forcément saisi, ça, trop fier de pouvoir lui demander tout et n'importe quoi sans qu'elle ne refuse la moindre tâche. Il est aussi trop souvent sur les nerfs à cause de ses catastrophes, il ne va pas en plus lui faire des éloges. Du coup, la Roxanne ne sait pas quoi faire de mieux que d'ouvrir la bouche bêtement... Et la refermer en rougissant, cachant ses yeux sous sa tignasse. Elle ne voit donc pas la jeune fille se changer, ou à peine, et justement, ça l'arrange, car elle se sentirait d'autant plus gênée de ne pouvoir se subtiliser à ce moment qui crée généralement de la pudeur. Elle voudrait pouvoir retourner en salle, mais ce serait sans doute impoli de laisser la jeune dame ici, seule, alors qu'elle vient de... Impoli ? Non en fait, pas vraiment. Mais quelque chose retient la gamine. Quelque chose dégagé par Elizabeth, comme une aura qui empêche que se sente repoussée par elle. Qui empêche de l'abandonner. C'est gênant, c'est anormal, et pourtant, on ne peut pas s'y subtiliser.

Quelle sensation alors quand la gamine ose enfin relever les yeux pour découvrir que l'autre est changée, vêtue par le chemisier féminin ! Si elle s'intéressait un temps soit peu à la mode ou aux marques, Roxanne se serait rendu compte que le mot ''Chanel'' inscrit sur les boutons classe le chemisier dans un gamme au dessus. Que même quand on est tordue, bossue ou simplement moche, ce tissus nous donne forcément une certaine distinction. S'en est-elle rendue compte, la jeune fille qui le porte actuellement ? Ça ne laisse aucun doute, vu l'allure qu'elle a dedans. Cette grâce. Cette aura. Roxanne a vu juste pour la taille. Pur hasard, c'est sur. Et même en étant un peu froissé à cause des multiples usages subi, autres qu'être porté, le chemisier l'habille comme personne n'aurait pu le penser. Comme on habille une princesse.
Roxanne est subjuguée. Un simple vêtement qui... Non pas seulement. Ça vient d'elle. Cette fille est carrément hypnotique. Sa main qui repousse ses cheveux, comme pour les punir de ne pas être parfaits à cause de la bière... Même ce geste la rend gracieuse. C'est carrément irréel. Mais ce qui l'est d'autant plus, c'est ce qu'elle dit ensuite.
Alors qu'elle a réussi à capturé son regard, comme on emprisonne un oiseau blessé entre sa main bien ferme, en attendant qu'il ne se débatte plus. Quand l'animal ne cherche même plus à tourner la tête, résigné à se laisser faire. La timide est prisonnière de la femme qui lui fait face. Qui la domine de ses talons.

" Tu es si belle... C'est un tel gâchis de te cacher derrière cette naïveté. "

Impossible. Elle, dire que Roxanne est ''si belle'' ? Pourtant non, il n'y a personne d'autre qu'elles deux dans cet endroit. Elizabeth ne parlerait quand même pas à une canette de coca ? Ni même à son reflet car aucun miroir ici... Finalement, c'est bien de Rox qu'elle parle. Naïveté. Maintes fois entendu, ça aussi. Ça n'a presque plus aucun effet sur elle en général. Mais au moment présent, l'effet est de conjurer le compliment précédent. Et la neutralité de la voix empêche Roxanne de savoir ce que ressent réellement la jeune femme en prononçant ces mots. Peut-être que ce ne sont que quelques mots pour la rassurer, prolongés par une vérité qu'Elizabeth ne peut se retenir d'évoquer. Roxanne doit encore sembler affreusement paniquée avec ses mains qui tremblent, serrées devant son ventre, et ses épaules contractées autour de son visage.

Ce visage qui est cerné par une main délicieusement doucereuse. Une main qui vient caresser sa joue, au risque d'effacer le dessin identitaire de la jeune fille. Si elle se souvient bien, c'est un tatouage qu'elle a aperçu sur le dos de la demoiselle alors que ses iris effrayés fouillaient partout à la recherche d'un échappatoire. Reflex habituel. C'est sur un dessin gravé dans la peau que Roxanne est tombée, frôlant le dos de la jeune fille se rhabillant. C'est une idée à creuser. Ne plus avoir à refaire ce trait chaque jour. Mais le risque serait de ne plus savoir jouer de sa taille. Aujourd'hui il n'est pas trop long. Il arrive à mi-joue. Demain, sans doute, il arrivera au niveau de la lèvre. Les événements de la journée vont travailler la gamine durant la nuit. Elle ne sera pas en forme demain matin. Elle se sentira mal dans sa peau. Car une espèce de déesse lui a frôlé la joue et a tenté de sonder le fond de son être en la scrutant avec des yeux d'acier. D'un bleu inoubliable. Mais surtout parce que c'est un visage indifférent qui remplace ce qu'elle regarde alors qu'elle se sentait troublée en elle-même. Comme si tout n'avait été que songe. Et ce visage indifférent s'éloigne. Offre juste un sourire étrange, calculateur. Taquine par un remerciement léger et promet de disparaître pour de bon.

Le temps que la jeune dame récupère ses affaires est mis à profit par Roxanne pour essayer de reprendre pied. Oui, elle s'en va avec le chemisier de sa mère. Il faudra se débrouiller pour le récupérer. C'est trop important pour le laisser entre ses mains. Les êtres de cet acabit n'ont certainement que faire d'un pauvre bout de tissus sans importance. Mais Roxanne en a besoin. Chaque élément qui disparaît de son univers est une perte d'équilibre pur et simple. C'est un prêt. Généreux, peut-être, mais un simple prêt qu'elle a fait. Elle a confié un bout d'elle...

Elle va partir, ça y est... Roanne pourra remettre de l'ordre dans ses idées, ou pas, mais passer à autre chose. Revenir à une situation normale. Le bar, le service, le travail. Les ordres, tout ça...

" Tu as été fabuleuse avec les garçons sinewyers, tout à l'heure... J'espère que tu t'en rends compte. "

Fabuleuse ? Encore un compliment ? Cette fois ça en a tout l'air... Encore un choc. Roxanne ne sait plus quoi dire. Roxanne ne comprend pas. Roxanne essaye de faire sortir un son de sa gorge mais c'est seulement sa bouche qui s'ouvre. Et se referme. Sa main se lève toutefois, comme pour demander la parole, pour montrer qu'elle a l'intention de s'excuser.
Bon, déjà, il faut qu'elle se rappelle ce qu'elle a bien pu faire qui mérite tant de félicitations. Elle a juste servi une bière. Sans rien casser. Sans renverser la moindre goutte. C'est pas un exploit. Ça lui arrive parfois. Qu'avait-elle eu de si extraordinaire à ce moment là ? Rien. C'est un fait.

" Si tu pouvais être comme ça plus souvent. "

Hmm... Incompréhension. Oui, l'autre doit le savoir puisqu'elle l'a traité de naïve dès le début. Mais Roxanne cherche à éviter de se rendre encore plus ridicule. Elle connaît la solution. Souvent, ça marche. Parfois ça loupe. Comme avec ce jeune à la mèche rouge. Mais bon, rien d'autre ne lui vient en tête, alors elle le fait. Elle renvoie la balle.

« Merci. Roxanne fait de son mieux... Mais c'est vous qui êtes fabuleuse. Même si on doit vous le dire souvent.... »

Évidence. La gamine cherche même à éviter le regard de la jeune dame qui sera sûrement blasé d'avoir entendu une fois de plus un compliment écouté mille fois. Même la fille qui l'a agressé semblait vouloir le lui dire. Fabuleuse. Prodigieuse. Capable d'éveiller les sens à distance, d'un simple regard. D'une simple présence. Que lui dire de plus qu'elle n'aurait jamais entendu ? Aucune idée... Ou peut-être...
Essayer de ne pas bégayer pour le lui dire... Se forcer... Pousser sa voix pour ne pas chuchoter. Courage.

« Cette fille a été vraiment ...odieuse avec vous. Roxanne espère ...qu'elle le regrettera vite. »
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 16:43    Sujet du message: Godstress

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