Pseudo City Index du Forum
Pseudo City: Chapitre 2 - Dégats collatéraux
 
Pseudo City Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

Et qu'on me foute la paix !

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Pseudo City Index du Forum -> Quartiers est -> Quartiers est
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Mer 14 Aoû 2013 - 23:05    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Il a mérité de se poser et de s’adonner à son activité de prédilection, au milieu de la population et loin d’elle en même temps. Serein, avachi sur sa chaise et regard porté vers sa cuisse, c’est ainsi qu’on peut le voir dans un coin du bar, en retrait des interactions bruyantes et des mouvements réguliers. S’accordant une distraction bienvenue après les efforts agréablement fatigants à fournir pour meubler un appart’ relativement vide. Seul, puisqu’il avait ordre de ne pas chercher à contacter la fille qui lui avait pourtant assuré qu’elle l’aiderait à s’installer, il s’est affairé à dégoter un clic clac à la housse marron décorée de pois oranges jetés au hasard du dossier et de l’assise, une télé petit format à l’antenne vieillissante, un rideau de douche qui colle à la peau mouillée mais qui vaut mieux que pas de rideau du tout, et un mélange hétéroclite d’aliments et d’objets divers pour remplir convenablement placards et armoires. On est loin du confort dont il rêvait à peine entré dans son logement, canapé de cuir noir, télé à écran plat et pare douche pliable, mais en attendant de pouvoir se permettre mieux, c’est le minimum pour vivre selon ses besoin d’ado, glandage et bouffe déséquilibrée au premier plan. Alors ouais, après avoir fait tout ça seul, il a bien le droit de se vider la tête, de se montrer asocial et de plonger dans son entraînement graphique. Sa feuille, en appui sur sa jambe, est couverte d’un visage esquissé selon différents angles et positions, un jeune homme immortalisé dans son carnet sans corps ni détails poussés. ( * )

Voilà quelques jours qu’il a rejoint la ville. Quelques jours qu’il a fait la connaissance d’un personnage haut en couleurs et en mystères à élucider, qu’il n’aura sûrement pas le loisir de découvrir davantage que le peu de pistes brouillées qu’elle a bien voulu lui dévoiler, quelques jours qu’il a renoncé à s’en soucier. Si elle préfère croire que leurs chemins sont déjà séparés alors qu’ils ne sont pas encore totalement liés, c’est son problème, et l’ado ne perd pas de temps à cogiter là-dessus. Il la reverra, c’est une quasi certitude, et dans le cas contraire … pourquoi se plomber l’esprit avec des questions s'il ne peut y apporter aucune amorce de réponse pour l’instant ?

Le monde est plein d’interrogations à se poser, de lieux à visiter et de rencontres à faire pour enrichir un voyage, et la ville ne doit pas faire exception à la règle. Il n’y a pas que cette joueuse, loin de là, et c’est super motivant en un sens. Tout un univers étrange à explorer, la complexité et la variabilité de l’humanité concentrée dans une ville régie par des codes précis, sa pourriture et ce qu’elle renferme de plus sombre aussi, sans doute, et pourtant, il n’a pas encore pris le temps d’assouvir sa soif de culture. Le salut adressé à la jeune blonde, rapidement identifiée comme la serveuse du bar, est le premier échange qui ne répond pas aux principes de négociations et de pourparlers, quand le prix des meubles veut être revu à la baisse et qu’on a pas assez de thunes sur soi pour acheter tout ce que comporte son panier lors du passage en caisse. S’il avait eu le choix, il se serait calé à l’extérieur, mais les nuages menaçants l’ont forcé à s’abriter dans le café qui a accueilli ses déjeuners des jours derniers – sandwich et coca, parfaitement diététique et gastronomique –, et de justesse : la porte à peine franchie, il a pu voir les premières gouttes tomber sur le sol chauffé par les derniers jours ensoleillés. L’air va sentir la pluie d’été, et ça, c’est bonheur. En attendant, il a échangé de la monnaie contre un coca, a vaguement sourit à la blondinette, et s’est trouvé la place où il est à présent. Le monde est plein d’interrogations à se poser, la ville ne doit pas faire exception à la règle, mais pour l’instant, il veut juste glandouiller et s’évader dans le souvenir incisif que ne traduisent pas tout à fait les traits flous sur sa feuille.

_________________


Dernière édition par Refael Heydon le Sam 17 Aoû 2013 - 13:04; édité 1 fois
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mer 14 Aoû 2013 - 23:05    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Jeu 15 Aoû 2013 - 10:02    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

. 

La gamine prend le plateau qui supporte une tasse de chocolat. Elle est persuadée d'aller plus vite sans ce fichu plateau, mais c'est la règle ici. A-t-on déjà vu servir dans un bar sans plateau? Qu'elle dit, la chérie du patron. Mine de rien, ça la rend maladroite, la gamine. Elle ne compte plus le nombre de verres cassés, de bouteilles renversées et de cafés dégoulinés depuis son premier jour de travail ici. Deux semaines, et pourtant, elle n'est pas encore virée. Miracle. Ou pas. Peut-être est-ce ses yeux noisette qui se remplissent de larmes à chaque engueulade du chef alors qu'aucun son ne sort de sa bouche qui la sauve à chaque fois. C'est ce que dit Paülo, en tout cas. Que le chef l'a pris en pitié et qu'à chaque fois qu'il voit ces larmes risquer d’effacer le trait de khôl, il ne peut que lui pardonner. Alors il frappe le torchon qui la menaçait sur son épaule puis repart en cuisine, râlant, pestant, mais jamais il ne la vire.


Paülo, c'est son allié maintenant. Il travaille ici depuis bien plus longtemps qu'elle, même s'il semble au moins aussi jeune. Un gamin tout en longueur et os apparents. Les cheveux en bataille et le sourire facile. Il arrive le matin les mains dans les poches en souriant et il repart le soir, les mains dans les poches en riant fort, ravi qu'une journée de plus soit finie. Des T-shirts toujours gribouillés de dessins ou textes rigolos qu'il fait lui-même. C'est Paülo qui lui a tout appris ici. Comment on fait les cafés, comment en sert les bières, où ce trouvent les boissons fraîches, comment tenir son plateau pour éviter la chute. Elle l'écoute patiemment et fait tout pour reproduire au millimètre ses gestes. Quoi que... Si elle doit se dégingander comme lui, elle en casserait deux fois plus, de la marchandise ! Il est impressionnant d'habileté pour réussir à faire voler son plateau ainsi sans perdre la moindre goûte de liquide !


Alors au début, elle n'était qu'à servir la nourriture. C'est plus stable et moins cassant un hamburger, une quiche faite maison ou un salade du chef... Hé oui, c'est un bar, mais on peut y manger un peu et pour pas cher. Mais maintenant, le patron juge que Roxanne est apte à servir, ou bonne à rien. Au choix. Alors elle se force à être la plus consciencieuse possible. Remarque, elle a trouvé une petite solution : Lorsque Paülo est là, elle reste derrière le comptoir. Ses bêtises se remarquent moins comme ça. Et puis les clients commencent à la connaître. Eux aussi ont l'air de la prendre en pitié. Très peu se sont énervés d'avoir eut leur pierrier renversé sur la chemise. Si, une fois. C'était un Sinewyer si elle se souvient bien. Un gros costaud qui avait même levé la main sur elle. Mécanisme inscrit en elle : Elle a levé les mains pour protéger son visage, oubliant qu'elle tenait encore le plateau. Celui-ci tombant sur le pied de l'agresseur lui a fait pousser un cri de rage alertant le patron. Le jaune fut viré et la gamine eut droit à 15 min de pause supplémentaire, pour se remettre de ces émotions. Son petit serveur de copain l'a même prise dans ses bras alors qu'elle restait parfaitement immobile, l'esprit dans le vague. Aujourd'hui elle préfère ne plus du tout évoquer ce moment qui ne lui rappelle que trop son passé. Mais la leçon a été claire : Elle n'est pas ici mieux lotie que dans sa violente famille.


C'est ce qu'elle s'est dit ce matin en redessinant sa larme, devant le miroir ébréché de sa minuscule salle de bain. Le patron a râlé pour ça aussi. C'pas hygiénique qu'il disait. Comme si les contrôles sanitaires allaient passer dans la semaine... Mon œil. Au début, il râlait, puis, comme Roxanne fait mine de ne pas l'entendre, puis d'oublier, il la laisse porter son coup de crayon au milieu de sa joue. Paülo trouve ça... « stylé ». Elle, elle s'en moque de ce qu'on peut en penser. C'était son rituel. En même temps que sa petite prière du matin. Tiens, il faudra qu'elle retourne à la petite église. Secrètement, elle espère y recroiser le chef des bleus qu'elle n'a pas revu depuis. Jamais elle n'a osé retourner à la bibliothèque non plus. De toutes façons, il doit être bien trop occupé pour penser à elle...


Et puis elle non plus n'a pas vraiment le temps de sortir. Aujourd'hui elle est de ''l'après-midi'' pour changer. Ça fait bien 4 jours qu'elle est du soir. Et comme dit Paülo, « elle va finir par clamser à ce rythme ». Remarque, elle n'est pas trop exigeante. Le temps qu'elle passe dans sa piaule miteuse, elle lit ou elle dort. Ce n'est pas comme si la place disponible chez elle lui donnait beaucoup d'autre choix...
Ha si ! Parfois, il lui arrive de regarder le soleil se coucher. C'est magnifique. De sa petite fenêtre du troisième étage, elle a une vue dégagée sur le ciel du côté Ouest. Même si l'idée que la nuit arrive l'effraie un peu, elle adore passer une heure au moins à suivre la progression du soleil jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement.


Et pendant ce temps, elle réfléchit. A sa vie, à son avenir. C'est très flou pour elle cette notion, et puis le peu de distraction dans ses journées ne lui donnent pas beaucoup de champs à exploiter... En fait, elle a envie de nouveauté. De beauté. D'autre chose. Finalement, ce n'est pas au Nord qu'elle devrait aller traîner, mais au Sud, chez les artistes, sans doute...


« Alors il vient ce chocolat ?! »
Encore un bourru. Elle ne lui sourit pas, pour la peine. De toutes façons, elle sourit rarement. Mais à cet espèce de brute, encore moins.


La gamine passe à côté du jeune homme qu'elle a vu deux où trois fois par ici et qui a l'habitude de prendre un coca ou un sandwich, selon l'heure. Il est aimable, et poli en général. Aujourd'hui elle n'a pas eu vraiment le temps de se rendre compte. C'est elle qui l'a servie, du coup elle était toute rouge et fixait obstinément le tiroir caisse. Mais quand elle passe à côté, ou plus exactement presque derrière lui, elle se rend compte qu'il a sorti un carnet a dessin, et qu'il a gribouillé dessus. Les prunelles de la jeune fille se posent une seule seconde sur la feuille de papier. Elle y voit un visage qu'elle ne cherche pas à identifier. Mais tout est si bien dessiné ! Même si les dessins se chevauchent, elle arrive à se rendre compte que le coup de crayon est précis, toujours sûr de lui. Toujours au bon endroit. Et la main qui tient le crayon a quelque chose de magique, dans cette seconde que sa prunelle capte. Il n'en faut pas plus à l'étourdie pour se perdre dans des contemplations exagérées. Et comme elle continue à marcher, elle se prend le pied dans une chaise et faillit à s'étaler au sol. Ouf, de justesse, la table devant la récupère, mais dans un vacarme dérangeant.


Rouge tomate. Même pire. Elle s'excuse en toutes les langues, enfin, surtout dans le langage ''bafouille'' qui est son préféré, puis elle fuit derrière le comptoir. A vrai dire, d'ici, elle a une vue plongeante sur le dos de l'artiste. Superbe. Aucun intérêt. Alors elle attend que l'orage soit passé et, comme aucun nouveau client ne se pointe encore, elle décide de se déplacer furtivement dans un angle où elle aura cette fois vue plongeante sur le cahier à dessin. Dans sa grande concentration à chercher un point de vue, elle ne se rend pas compte qu'au final, elle se rapproche carrément du jeune homme et qu'elle n'est plus vraiment dans son dos, mais à présent dans son champs de vision, un peu sur la droite, s'il a le malheur de lever les yeux de son calepin....
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Jeu 15 Aoû 2013 - 14:29    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Il est de ces dessins qui vous viennent sans raison particulière, que vous couchez sur papier pour la performance ou parce que vous n’avez rien de mieux à faire, et qui ne vous retirent qu’un sentiment de satisfaction voire de fierté une fois qu’ils sont achevés. Et puis il est de ces dessins qui sont seulement une pâle copie d’une pensée à exprimer, que vous ne terminez pas totalement parce qu’ils n’exigent pas d’être parfaits à vos yeux, mais qui vous retournent la tête et le cœur jusqu’à vous chambouler complètement.

Entouré, seul au monde, le cerveau embrumé par le retour impromptu d’un individu qui ne le laisse pas tranquille, alors qu’il ne voulait que tirer un voile sur ce qui occupait son esprit. Il a posé le bout de son crayon sur la feuille vierge sans savoir ce qui allait sortir de la mine, et avant d’avoir pu y réfléchir, les coups de crayon ont pris la forme d’un visage maintes fois contemplé, souvent observé en secret, rarement griffonné de la sorte. Il est entré dans le bar sans émotion spéciale, juste avec l’envie de se remplir l’estomac à mesure que sa tête se ferait plus légère, et maintenant, c’est une humeur maussade qui guide ses tracés et ses interruptions songeuses. Il n’avance pas vite, aujourd’hui, là où certaines feuilles se noircissent à une vitesse frénétique, celle-ci subit ses absences fréquentes, main immobile suspendue au dessus d’elle. Un avis psychologique certifierait peut être que le vide de la feuille va de paire avec la surproduction cérébrale de l’ado. Heureusement, aucun psychologue n’est là pour donner un quelconque avis. Refael l’aurait reçu sans y mettre les formes.

Entièrement plongé dans ses esquisses, tête et corps lui donnant l’impression d’être à un endroit radicalement différent de ce bar, cette chaise, ce désordre humain qui évolue autour de lui, il sursaute violemment lorsque le bruit lui parvient, soudain et plein de remontrances encore difficiles à cerner pour lui. Par un coup de chance, il ne dessine pas à ce moment précis. La dernière fois qu’il s’est fait surprendre, il a gâché un croquis qui ne demandait que quelques coups de crayon supplémentaires pour être superbe, et ça l’a pas mal gavé. Raturer le visage masculin, par contre, il l’aurait eu vraiment mauvaise. Délaissant son œuvre, il avise ce qui lui vaut d’être ainsi sorti de ses rêveries, et analyse succinctement la scène avec la neutralité de celui qui n'estime pas son intérêt digne de la chose. Un mec, une boisson fumante étalée sur une table, une tasse renversée, une serveuse morte de honte. Il l’a déjà vue. Il croit. Pas impossible que ça soit elle qui lui ait servi l’un des casse dalle qu’il a commandé ici, un midi. Elle l’avait marqué par son entêtement à dissimuler sa bouille sous ses cheveux tombants, et à ne pas le regarder même quand le sandwich était passé de sa main à celle de son client. Sandwich qu’elle avait préparé assez laborieusement, faisant tomber trois rondelles de tomate, les remplaçant par trois autres propres, faisant finalement choir le sandwich au complet avant que le patron ne s’impatiente, ne la pousse doucement du comptoir et la mette en garde, parce qu’elle aura à distribuer les boissons plus tard, et que les verres cassent plus facilement que le pain. Refael ne l’a plus croisée ensuite, il pensait franchement qu’elle avait mis les nerfs du gérant à vif et qu’elle s’était vue remerciée de ses bons et très courts services. Mais selon toute vraisemblance, elle fait toujours partie du personnel, et elle est montée en grade depuis cette mésaventure. Magnifique connerie que t’as fait là mon pote, si tu veux mon avis. Et le patron semble effectivement partager son avis, à voir comme il l’envoie furieusement ailleurs. Elle obéit en marmonnant des trucs que l’ado ne comprend pas et ne cherche pas à comprendre. La scène se poursuit, Refael s’en extraie et retourne aux pensées qui n’appartiennent qu’à lui. A lui seul, puisque plus personne n’est là pour les évoquer en écho, comme on échange nos impressions sur un évènement commun et les broutilles qu’on a mémorisées et qui le rendent important, vivant, source de sensations plus variées que la seule rancœur qui transperce l’ado aujourd’hui.

On le dévisage. Tout comme il aurait préféré ne pas entendre le vacarme plus tôt, il aurait souhaité que cette impression diffuse ne le tire pas à nouveau de son dessin alors qu’il vient d’y entamer le profil du jeune homme, mais elle l’incite à lever les yeux pour vérifier son ressenti, et il suit l’impulsion comme un réflexe malvenu. Merde. La fille. Elle lui veut quoi ? En suivant son regard, il s’aperçoit que ce n’est pas tellement lui qu’elle matte, mais son carnet, sa main et son outil de travail. Il reporte son attention sur elle. D’ici, parce qu’elle ne cherche pas à disparaître derrière ses longues mèches blondes, il peut voir la larme noire qui décore sa joue, comme une traînée de mascara sur une fille qui n’en porte pas, mais qui aurait pleuré jusqu’à graver sa tristesse dans sa peau blafarde. Faut que t’arrêtes de vouloir tout analyser, sérieux … C’est juste une chieuse qui va te renverser quelque chose dessus. Ouais, mais la façon dont elle le fixe l’agace quelque peu, et il veut la tirer de sa contemplation que personne ne semble penser à stopper. On lui a jamais dit qu’examiner les gens comme s’ils ne nous voyaient pas, c’est pas poli ?

«
Faut que je consomme pour rester là, c’est ça ? Parce que je comptais pas spécialement reboire un truc, mais j’me sens pas de me taper l’averse là ... »

Et puis, lui demander un deuxième coca, c’est prendre le risque qu’elle l’asperge à son tour. S’il a esquivé la pluie, c’est pas pour être trempé ici.

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Ven 16 Aoû 2013 - 15:55    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Elle aurait du fuir depuis longtemps. Mais c'est pas comme si elle a le choix. Après tout, c'est encore moins le moment de partir quand le patron vient de pousser une gueulante qu'à tout autre moment de la journée. Elle l'a appris à ses dépends. Et puis bon, après tout, qu'est-ce qu'elle en a à faire d'être ici à faire les maladresses dont elle a le secret ou plutôt cachée dans un trou de souris loin de ce monde qui ne veut pas d'elle ? Son esprit a trouvé le support parfait pour disparaître loin de tous, tout en gardant son corps là où il doit être. Ses iris sont braquées sur un trait de carbone et ils emportent son être tout entier s'y noyer. Ses iris ne sont braquées que sur un seul trait, fort. C'est l'angle du sourire de ce visage posé sur le papier. Les sourires, ça lui donne un peu d'espoir, et Roxanne adore les contempler. Dans sa tête, le classement des gens se fait par la beauté de leur sourire. Le plus souriant, c'est son collègue, ensuite vient le chef bleu qui a ce sourire délicat et patient. Il y a aussi celui de la dame du patron. Elle, son sourire franc vaut le coup, surtout qu'il est plutôt rare. C'est plus souvent un sourire cynique qu'affiche celle qui se prend pour une grande dame. Roxanne ne se rappelle pas avoir vu d'autres sourires depuis son arrivée. Faut dire que les seules fois où elle réussit à regarder une personne en face, c'est juste pour retenir ses traits afin de l'éviter méthodiquement les prochaines fois que leurs routes se croiseront. Tiens, comme ce mec au chocolat plein le T-shirt... Elle n'oubliera pas de ne plus jamais le servir.


Finalement, les yeux de Roxanne finissent par glisser un peu sur le dessin et s'arrêtent sur le regard du garçon croqué. Un regard si triste qu'il lui retournerait les tripes. Un regard exprimant une mélancolie palpable. Est-ce vraiment l'expression du modèle, ou est-ce l'artiste qui a rendu cette air volontairement triste, en exprimant ce qu'il porte tout au fond de lui-même ? Cette figure là, c'est sur qu'elle ne l'a jamais vue. Pour la raison citée plus tôt, cela va de soi, mais aussi parce que ce genre de sentiments exprimés sur les visages, la gamine ne peut pas les ôter de sa mémoire. C'est étrange comme la nature la pourvue de cette capacité à être plus troublée par une émotion d'affliction que par les poings qui se sont levés maintes fois vers elle. Son cœur se met à battre plus vite en lui disant qu'il aimerait pouvoir échanger un peu de bonheur avec cette personne torturée. Puis sa tête fait court-circuit pour lui rappeler qu'elle n'est capable d'aider personne, elle la bonne à rien, l'enfant faible et inutile qu'elle a toujours été. La voix nasillarde de sa tante raisonne dans sa tête et fait trembler une corde de peur tout au fond d'elle :


« Faut que je consomme pour rester là, c’est ça ? Parce que je comptais pas spécialement reboire un truc, mais j’me sens pas de me taper l’averse là ... »


Un frisson la traverse et son minois se crispe un peu sous la panique. Que lui a-t-elle demandé ? A boire, et plus vite que ça... Alors que Roxanne s’apprête à obéir son cerveau la rappelle à l'ordre. Hem... Nan ce n'est pas la voix de sa tante ! Mais c'est... Houlà ! Elle était partie bien loin ! A nouveau dans sa famille pour quelques minutes. Et pourtant non, elle est bien dans son bar, dans une ville où personne n'a le droit d'abuser d'elle comme une esclave. Où elle est payée pour servir les clients. Et c'est d'ailleurs un client qui lui adresse la parole. La dure réalité lui éclatant au visage lui fait baisser brusquement la tête alors qu'elle rougit, comme à son habitude, et la paralyse sur place. La gamine doit se repasser la phrase en tête pour en comprendre le sens. Ça y est, elle voit. Il l'a surprise en train de faire quelque chose qu'elle n'avait pas le droit, c'est pour ça que la voix masculine a ce petit ton de colère.


Les réflexes se mettent en place. Elle se voit enfermée dans la maison, sous le lit de son cousin pour se cacher et pouvoir le regarder jouer à la console pendant des heures. Elle a sûrement fait du bruit, il l'a donc découvert. La seule technique qui ait un jour fonctionné est le compliment. Et encore, avec le plus jeune. « Tu joues bien. Roxanne te trouve si fort. Tu es imbattable. » Le grand perdait tout le temps, alors ce genre de phrase l'énervait d'autant plus et elle était chassée à coups de pieds. Ici, ce n'est pas l'un deux à qui elle s'adresse. Mais ses bras sont paralysés. Ses jambes menacent de flancher et pourtant, elle ne trouve pas d'échappatoire. Des larmes menacent de lui inonder le visage si elle n'agit pas vite. Que peut-elle dire ? Les prunelles de la gamine vont et viennent un peu partout autour du garçon qu'elle n'ose pas regarder dans les yeux, puis se posent à nouveau sur le calepin. L’apaisement étrange du dessin lui donne la force d'articuler... ou plutôt de bafouiller quelques mots :


« C'est... très beau... Vous êtes doué. Il ne faut surtout pas... l’abîmer avec la pluie. »


Peut-être n'a-t-il pas entendu, étant donné le volume sonore de l’apeurée. Mais elle n'a rien trouvé d'autre à dire. Maintenant elle attend. Les foudres ? L’apaisement de son auditeur ? Encore une fois, elle devrait fuir. Mais la porte de la chambre est fermée, et le temps de ramper hors du lit, il lui aura mis la main dessus...
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Dim 18 Aoû 2013 - 17:32    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Ce n’est pas la première fois que ses dessins provoquent diverses émotions chez ceux qui veulent bien perdre de leur temps à les regarder, pas la première fois qu’un croquis venu du plus profond de ses affects interpelle un quidam pas concerné le moins du monde par ce qu’il a tracé pour lui, et lui seul. A chaque fois, il s’en étonne. Il ne se trouve pourtant pas si doué, et tout le monde peut bien lui assurer le contraire, il ne voit pas de réel talent dans ce qu’il plaque sur ses feuilles comme dans un journal qui évolue au gré de ses progressions à lui. Tout gosse, il a préféré ce mode d’expression à tous les autres, pas comme un simple loisir, non, plutôt comme un réceptacle de tout ce que les mots, ses mots, ne pouvaient pas véhiculer. Y’a rien d’exceptionnel dans ses dessins, rien qui n’explique l’arrêt d’inconnus et de potes sur eux. Rien qui ne justifie le bug prolongé de la blondinette, tellement absorbée dans un souvenir qui n’est pas le sien qu’elle en oublie d’entendre Refael. Son corps aussi détendu que son esprit était torturé, il met de côté ses réminiscences pour se focaliser sur elle, petite rêveuse coupée du monde comme lui l’était juste avant. Ca aussi, ça l’épate à chaque fois. Comment ils peuvent tous être troublés devant une ébauche qui vient de ses entrailles à lui.

Persuadé que sa question ne l’a pas atteinte, il s’apprête à la réitérer, mais c’est le moment que choisit la jeune pensive pour réagir d’une façon tout autre que celles auxquelles il imaginait assister. Elle tremble, elle se perd davantage encore dans un quelconque rappel mnésique, elle refait surface quasiment aussitôt, et elle fait preuve d’une peur telle qu’elle l’inquiète à son tour. Il a dû être un peu sec dans ses propos, un peu vif à cause de son humeur, sans doute. Mais … Une trouille pareille ? Wow, faut pas exagérer, il a pas exigé de pouvoir rester là sans reprendre de boisson, le flingue sur la tempe blonde et sa haine crachée au visage si délicat ! Pourtant, elle n’aurait pas mieux paniqué dans ce cas, faut croire.

Petite souris craintive prise au piège dans l’angle de mire d’un chat qui ne fera qu’une bouchée d’elle si elle ose remuer la queue, alors elle se mure dans une immobilité seulement brisée par ses yeux qui fouillent la pièce sans qu’elle ne soit assez audacieuse pour appeler à l’aide. Ce chat là n’est pas très sadique ni affamé. Une proie sur le point de pleurer lui coupe toute envie de se montrer irascible, et même, la répartie qu’elle parvient enfin à prononcer provoque l’exact opposé. Ahuri d’abord, il lâche bientôt un petit rire étouffé, rapidement venu à la conclusion que cette fille là est complètement toquée, qu’il vaut mieux ne pas essayer de poser une explication sur son comportement absurde, et qu’il ferait mieux de s’en amuser plutôt que de lui faire part de son jugement qui n’a rien de médical, mais qui serait bien capable de la faire péter un plomb pour de bon. A moins que ça ne soit sa désinvolture et son timbre de voix plus enjoué qui la fasse craquer, allez savoir avec les dérangées.

«
Ouais, ouais, ça serait con de l’abîmer celui là. Et de m’abîmer ma trogne à moi, tu m'diras. Vas pas te mettre dans c’t’état là, tant que tu me flanques pas dehors et que tu me forces pas à boire encore, on devrait être potes. Tu bosses là depuis longtemps ? T’as … une durée limitée de contrat, ou truc du genre ? »

Voilà. Passer le bras par dessus le dossier de la chaise, détourner l'attention de son carnet et de ce qu'il renferme. Revenir sur un sujet de discussion basique, tout doux. Juste de quoi la réintégrer au présent et la calmer, si tant est que parler d’un taff où elle accumule les maladresses puisse la rassurer. Hmm. C’était pas forcément l’idée du siècle. Mais qu’est ce qu’il peut bien raconter à une fille aussi stressée que préoccupante ?

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Lun 19 Aoû 2013 - 10:50    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

.



Il a raison le garçon. La pluie a commencé sa chute et dégage cette odeur d'orage qui donne envie de la regarder tomber des heures tout en se méfiant de sa capacité à rendre tout humide et collant, sans pour autant être vraiment mouillé. Alors que les iris de Roxanne fuient vers l’extérieur, elle voit le sol qui s'assombrit lentement, les chaises en plastique du bar qui de mouillent en répercutant le bruit des gouttes, les tables qui se couvrent de ce petit film brillant... Qu'il faudra nettoyer plus tard. En grande professionnelle, Roxanne se dit qu'elle ira le faire sans qu'on lui en donne l'ordre. Il est temps qu'elle mette des points de son côté si elle veut garder son job. M'enfin pour l'instant, elle décide de rester au sec.


Le ton du garçon a été si doux. Un naturel un peu revêche, c'est clair, ça n'a rien à voir avec le chef bleu qui lui parle sur un ton d'une douceur inégalée. Ni même avec Paülo qui a toujours un rire dans la gorge. Mais c'est loin d'être aussi paralysant que la grosse voix du patron quand il est en colère. Et ne parlons même pas des cousins qui ne savaient qu'être agressifs ou cyniques. Celui-là, il lui a même clairement proposé d'être potes si elle ne le met pas à la porte. Et le forcer à consommer ! Encore moins... Le pourrait-elle, alors qu'elle n'ose même pas le regarder dans les yeux ? Tiens, et si elle essayait ? Juste une seconde...


Le visage féminin visage tourné vers le sol se lève un peu, puis un peu plus, et les cheveux en pagaille de la blonde lui laissent enfin entrevoir l'adolescent. Roxanne le trouve étonnant, avec ses cheveux sur le côté, et une mèche toute rouge... Enfin.. Rouge passé. Il a un regard plutôt avenant, mais elle n'arrive pas à le regarder suffisamment longtemps pour capter son sourire. Intérieurement, elle se flagelle pour ne pas avoir pris le temps de l'observer avant. C'est un client après tout. Et si elle savait vaguement à quoi il ressemble, le reconnaître dans la rue ne serait pas un luxe. C'est ça la vie, ma vieille ! Faut arrêter de vivre dans ton monde plein de nuages roses et de bisounours, hein ! Bref, maintenant il faut réussir à lui répondre. Il t'a posé une question, alors ouvre ta grande bouche et arrête de jouer la pauvre affolée !


Malgré ça, les mains dans son dos se remettent à trembler alors qu'elle s'apprête à parler. Allez, un peu de courage pour être naturelle, et elle se lance. C'était quoi déjà ses questions ? Ha oui, le boulot... Sujet de rêve entre tous. La gamine aurait tellement préféré parler de dessins... Tant pis. C'est en posant à nouveau les yeux sur le croquis qu'elle réussit à articuler tant bien que mal :


« Roxanne travaille ici depuis... hem... Peu de temps. Et puis... Jusqu'à ce qu'elle se fasse virer, sans doute... Elle est trop maladroite pour... »


Oh, pas besoin de le préciser, il l'a bien remarqué il n'y a même pas quelques minutes. C'est d'ailleurs sans doute pour ça qu'il ne veut pas recommander. Il ne veut pas plus prendre une douche dehors que dedans. Voilà qu'en plus elle effraie les clients. Normal que le patron pète régulièrement un câble. Elle ne finit pas sa phrase car elle est rouge pivoine, et sa tête s'est machinalement cachée entre ses épaules, l'empêchant de prononcer le moindre mot de plus. Et puis ça risquerait de déclencher une crise de larmes. Les mains qu'elle cache dans son dos, en appui sur une table, se serrent à s'en planter les ongles dans la chair.
C'est une vraie catastrophe. Ce garçon est fou d'imaginer qu'un jour ils puissent être potes. S'il est normal, il va fuir au plus vite loin de cette gamine qui ne fait rien d'autre que bégayer des inepties incompréhensibles. Ou alors c'est elle qui devrait fuir, mais la paralysie lui interdit le moindre mouvement pour aller respirer de l'air frais. Ailleurs. Seule. Loin.
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Lun 19 Aoû 2013 - 22:53    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Certains jouent de leur regard comme d’une arme, un atout qu’ils manient avec le plus grand soin et le plus grand savoir, qu’ils ont exercé et perfectionné jusqu’à l’utiliser sans plus y penser. Il en a fait l’expérience de rares fois, rarement il a pu assister à un étalage de maîtrise parfaite de deux prunelles qu’on dirigeait vers lui comme autant d’outils pour atteindre un but précis avec un naturel déconcertant. Le radical opposé se produit à présent devant lui. Le regard de la blonde n’est pas offensif, il est fiévreux, hésitant, perdu entre tous les éléments d’un décor qu’il n’a pas la force d’analyser pleinement, avec au milieu, l’ado qu’il refuse obstinément de considérer. A son observation rigoureuse, elle riposte à grand renfort de fausse indifférence et de timidité impressionnante. A son besoin de scruter chaque visage pour y déceler les indices cachés et les émotions erronées, elle rétorque une nécessité d’évasion, de vriller ses iris partout, excepté à l’endroit précis qui devrait les appeler. A sa nonchalance évidente, elle réplique un début de panique sans cesse réalimenté, comme un brasier sur lequel chaque nouvelle phrase souffle et qui menace de tout emporter si par malheur on y verse un mot de trop. Il parait que les contraires s’attirent. Cet antonyme là le questionne, c’est certain. Mais faut pas qu’il s’arrête sur les causes perdues. Faut pas, faut plus.

Il ne dit plus rien. Il attend. Qu’elle parle, qu’elle fuit une fois pour toutes, qu’elle se mette à chialer, qu’elle se roule en boule sous la table et se fiche le pouce dans la bouche. Vraiment, elle en est pas loin. Il attend. Pauvre petite souris aux neurones grillés. Et enfin, enfin !, il croise son regard. Pas longtemps, il aurait même pu louper cette opportunité tant l’échange est furtif. Est-ce qu’elle a les yeux marrons ? Ouais, il lui semble qu’ils sont marrons. Marrons cochons, comme il disait étant tout gosse, mais il se garde bien de partager cette expression enfantine, elle serait fichue d’en tomber dans les vapes. Il sourit, pour la petite victoire, pour lui montrer qu’il va pas la bouffer, ou peut être pour rien en particulier, mais elle a déjà détourné son attention vers un détail moins risqué pour elle.

Cette nervosité qui dégouline d’elle par tous les pores. Tremblement, voix chevrotante, regard fuyant, la panoplie complète et parfaite de la peureuse qui ne se remet pas de ses frayeurs parce qu’il s’en rajoute mille à la seconde. Bordel, elle est seulement dérangée, ou y’a autre chose ? Doit y avoir autre chose, c’est pas possible. Ou alors, elle voit vraiment des drôles de trucs dans son imaginaire calqué sur le réel, des monstres ou des meurtriers, si ça se trouve elle le voit lui, barbouillé du sang de sa dernière victime et désireux de faire d’elle sa prochaine expérimentation sadique. Mais faut pas qu’il s’interroge sur elle, faut pas. S’il s’interroge, c’est foutu.

… C’est quoi encore, cette façon de parler ?

«
Roxanne, hein ? T’en fais pas Roxanne, j’suis pas sûr que ton licenciement soit pour aujourd’hui, ton patron là, il a pas l’air si remonté contre toi … » Un coup d’œil par-dessus son épaule lui apprend qu’au contraire, la façon qu’a ledit patron d’essuyer les verres en jetant des œillades furibondes à sa jeune empotée ne plaide pas en faveur d’un calme absolu et d’un pardon immédiat, m’enfin … « Allez quoi, ça rime à rien de te mettre dans cet état pour une tasse renversée. Tu crois quoi, que les autres serveurs ont pas fait pire avant toi ? Hey, ça s’apprend hein, l’adresse et tout ça ! T’as bien un ou deux collègues pour t’apprendre un peu … »

Une pause. C’est faux, quand on naît maladroit on a peu de chance de devenir agile par la suite, à moins de s’entraîner dur, et il n’a aucun moyen de savoir si c’est le cas de la fille. Pas envie de lui demander non plus. Il s’efforce de calmer ses nerfs alors qu’il ne voulait qu’apaiser les siens en venant ici, c’est déjà bien assez sympa sans qu’en plus on lui demande de lui filer les astuces pour s’en sortir ici. C’est pas son taff, pas son trip. Pas son intérêt.

Tout en parlant sur le ton neutre de la discussion qui n’engage à rien, il pousse du bout du pied la chaise face à la sienne, et pointe de son crayon le siège en une invitation silencieuse si jamais elle veut s’y poser.

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Mar 20 Aoû 2013 - 10:20    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Il est gentil. Et optimiste aussi. Ça a le don de la rassurer un peu, la gamine. Mais même un peu rassurée, elle reste tremblante avec la tête s’effaçant entre les épaules. Si elle continue, son T-shirt va lui arriver à la racine des cheveux et plus personne ne la verra. Mhh.. si, mais personne ne la reconnaîtra. Enfin, elle en sera d'autant plus ridicule... Le patron pas remonté contre elle ? Douce utopie. Roxanne est persuadée qu'il y a une close dans le contrat interdisant de frapper le personnel. Sinon il l'aurait fait depuis longtemps. Des fois, elle a carrément peur quand il arrive avec son gros couteau de cuisine. Elle sait que c'est pour elle. Bizarrement, il le pose toujours derrière le comptoir avant de venir voir les dégâts. Sans doute une manigance pour la rassurer, lui faire croire... Et puis un jour... Tac !
Hem... L'esprit de la gamine est encore parti trop loin alors que ses yeux ont essayé de glisser vers le patron, suivant ceux de son interlocuteur. Malgré tout, elle n'a réussi qu'à détailler méticuleusement le carrelage. Maintenant que l'autre a parlé, il faut qu'elle se répète mentalement ce qu'il a dit pour réussir à comprendre puis répondre, si besoin.


Les autres ? Pire avant Roxanne ? M'ouais, probable. M'enfin, c'est quand même elle la reine des empotée, et elle tient à garder la palme encore un moment, s'il vous plaît. Non, on est pas serveur quand on est aussi maladroit, donc pas crédible que les autres soient aussi doués qu'elle. Ça l'étonne finalement. Parce que c'était quoi son rôle chez sa tente hors le ménage intégral de la maison et du jardin ? Bah les servir, pardi. Toute la famille, et à n'importe quelle heure du jour où de la nuit. Remarque, elle n'avait pas forcément besoin d'un plateau, de verres, de tout ça... C'était juste une bière par ci, une plâtrée de pâtes par là... Et puis elle était payée en coups si elle se loupait. Ici c'est juste des cris. Et quand c'est plutôt pas mal, elle arrive même à récupérer une pièce ou deux. C'est sans doute ça ! Trop indigne pour gagner quoi que ce soit, elle préfère inconsciemment s'emmêler les jambes, ne pas retenir un plateau déséquilibré, ou mieux : se prendre le pied d'une chaise dans l'orteil.


Un collègue pour lui apprendre ? Oui.. un...
Et là, elle voit la chaise devant elle bouger. Qu'a-t-elle fait encore ?! Panique. Et le garçon de lui montrer la chaise du bout du crayon. Hein ? Ha ! C'est lui... Wow ! Sans regarder, du bout du pied, il a bougé la chaise, et sans la faire tomber... Elle ouvre de grands yeux, interloquée devant l'exploit, avant de comprendre que non, ce n'est pas un numéro d’acrobatie, c'est juste une invitation à s'asseoir. La Roxanne est tellement perturbée qu'elle se rend compte de sa bêtise et en rougit d'autant plus. Puis elle s'assoit, brusquement et maladroitement. Les bras tendus devant elle, mains glissées sous ses cuisses. Là, au moins, le patron l'aura moins facilement dans sa ligne de mire. Ouf. Elle peut presque souffler. Timidement, alors qu'elle se rend compte que le temps passe sans qu'elle n'ouvre la bouche et que le garçon continue de la regarder avec un air qu'il veut nonchalant, elle parle à nouveau, bien décidée à lui répondre :


« Paülo. Il... Il aide Roxanne. Mais il n'est pas là aujourd'hui. Il est doué, lui... »


La timide a parlé et s'en sent très fière, pour la peine, elle ose à nouveau un regard vers le garçon. Un peu plus long que le précédent. Peut-être trois secondes cette fois. Elle a réussi à capter son sourire. Ou du moins son presque sourire. Un rictus agréable qui veut la mettre en confiance. C'est toujours mieux que de tomber sur la trogne du mec au fond avec son chocolat. Maintenant qu'elle arrive à regarder son visage sans trop rougir il ne lui manque qu'un tout petit détail qui pourrait se révéler fort important pour la suite. Ce demi sourire est encore celui d'un inconnu. Elle se jette à l'eau. Enfin... Pour elle c'est plutôt se jeter dans un précipice. Les yeux braqués sur le dessin qu'elle ne voit plus du tout, maintenant qu'elle se retrouve face à l'adolescent :


« Quel est le prénom de l'artiste ? »
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Mar 20 Aoû 2013 - 18:41    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Comment elle fait pour laisser passer autant de temps entre les questions et ses réponses ? Il n’y a pourtant rien de bien complexe dans la conversation qu’ils ont engagée, rien qui ne nécessite réflexion et torture prolongée des méninges, alors elle est juste ralentie ? Ca le surprend, ça l’agace, pas comme un constat qui le met en colère, mais comme une différence qui se heurte à sa réalité et qui lui ordonne d’être patient. Lui, il réagit au quart de tour, toujours. Dans la passion ou la banalité, il ne sait que rebondir sans demi mesure sur les évènements, poussé par une spontanéité qui fait cruellement défaut à la jeune trouillarde, et puisqu’il ne peut pas attendre d’elle qu’elle accélère et se cale sur son rythme, il se base sur le sien et se retient de la prendre par les épaules pour la secouer et la réveiller un bon coup. Et c’est pas facile.

Il l’effraie encore, il ne s’en formalise plus. Qu’elle se crispe au moindre des mouvements de l’ado, qu’elle se raidisse sur sa chaise aussi solidement qu’un bâton, il ne va pas non plus freiner ses gestes et calculer la plus petite parole. C’est clair pour lui, il ne veut pas s’intéresser à elle au-delà de cette discussion entre deux individus qui ne se connaissent pas et ne se connaîtront pas réellement par la suite. Cette fille c’est un puits à misères, il sait pas pourquoi ni à quel point, mais il en a la conviction. Elle est space, vraiment. Il ne veut pas s’embarquer là dedans. Il veut pas lui rendre la tâche plus facile par une considération qu’il ne ressentira plus une fois la porte fermée derrière lui, si tant est qu’adapter sa façon de lui parler soit vraiment un service à lui rendre, comme si toute la ville allait suivre son exemple et faire du monde de la blonde un univers parfait où rien ne viendra plus la bousculer.

Hé bah voilà … se félicite-t-il mentalement quand il peut vérifier son impression. Marrons. Noisette, plus précisément. Deux billes noisette qui s’accrochent aux siennes assez fermement pour ne pas rouler immédiatement vers le sol à nouveau, et même si les iris se dérobent juste après, le défi est intéressant. Pas le sien, lui au fond il s’en fiche un peu. Celui qu’il a pu lire dans les yeux levés vers lui, repartis se perdre dans le dessin qui amène une question. Ca parait rien, comme ça, mais c’est la première qu’elle lui adresse, et elle tombe dans le mille.

Refael soupire et passe une main dans sa tignasse brune et rouge, ramène les cheveux vers le haut de son crâne et les laisse retomber en désordre. Il soulève le carnet de sa cuisse et le jette sans force sur la table, plus proche de son buste que de celui de Blondie, puis décolle son dos de la chaise dans un mouvement brusque et incline fortement son torse pour combler le large espace entre ses fesses et la table. Il croise les bras sur le bois, relève aussitôt la main droite, la passe dans sa nuque, tête tournée pour faciliter l’accès, et soupire encore.

«
Moi c’est Refael. Clan des Haughters, même si je sais pas si ça se fait ici, de donner ce genre d’infos direct. Mais j’suis pas un artiste. » Il en revient à elle, main coincée entre menton et clavicule, regard doré cherchant le sien, des fois qu’elle veuille le lui offrir encore. « C’est juste … des gribouilles que je fais comme ça, quand j’ai rien d’autre à faire, tu vois ? En plus il est bidon celui là, il ressemble pas du tout. Tiens, cadeau, soit tu le gardes soit c’est poubelle. »

Sur une impulsion irréfléchie, il se redresse et arrache la feuille du reste du cahier, puis la fait glisser jusqu’à Roxanne qui parait amoureuse du croquis depuis qu’elle l’a espionné sans aucune discrétion. Là encore, il ment. La ressemblance est parfaite, trop parfaite, si parfaite qu’il sait qu’un coup de poignard lui sera planté dans les tripes dès qu’il posera le regard sur les traits grisés. Ce petit air d’étudiant premier de la classe et si cool en même temps, cet infime retroussement de commissures qui contenait toute la raillerie du monde, toute la moquerie à l’égard de la terre entière et de lui en particulier, cet air de sale con qui s’est contenté de sourire alors que ses yeux s’emplissaient d’une tristesse à vous fendre en deux. Trop similaire au modèle, ou peut être que Refael projette effectivement certains de ses ressentiments dans le visage qui n'en montrait pas autant. Peut être qu'il lui impute les regrets qu'il aurait voulu y voir, il a tellement cogité là dessus qu'il est fort probable qu'il confonde tout. Dans un cas comme dans l'autre, il n’a certainement pas besoin de garder ça et de risquer de le revoir par inadvertance, ou volontairement un soir de nostalgie mal placée. En se séparant de ce portait, il dévoile le dernier dessin objectivement raté, celui de la jeune brune joueuse et perfide. Raturé, foiré, comme leur rencontre. Troisième soupir. C’est vraiment pas son jour.

«
Enfin, c’est seulement un truc que je fais pour passer le temps. T’as pas un truc que tu fais pour t’occuper, toi ? En dehors de rougir et de parler comme si t’étais d’une autre planète, j’veux dire. »

Aïe. Pas fait exprès. La plaisanterie sort de ses lèvres sans qu’il ne la voit venir, voix amicale et moue rieuse sur le visage, une taquinerie qu’il aurait pu faire à n’importe qui à condition d’avoir repéré des détails sur lesquels déconner. Ca n’a rien de méchant, vraiment, il le fait essentiellement pour lui à vrai dire, pour se convaincre qu'il n'est pas affecté par le fait d'abandonner son esquisse, mais pour le coup, il regrette ses mots aussitôt qu’il les émet vers Roxanne.

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Jeu 22 Aoû 2013 - 18:45    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Refael. C'est si doux à entendre. Elle décide que le prénom colle parfaitement au sourire. Un peu étrange, mais sans accroc. Elle le chuchote même du bout des lèvres pendant qu'il continue son laïus. Pas un artiste ? Tu parles. Elle même n'est déjà pas sure de savoir tenir un crayon sans le laisser choir avant qu'il ne rencontre la feuille, alors faire ça... Roxanne se sent triste que le garçon ne reconnaisse pas son talent. Elle aime les gens créatifs et inventifs. Ça lui donne du courage. Alors quand quelqu'un ne connaît pas sa valeur, elle se sent pousser à le rassurer. Mais pour l'instant elle n'en a pas l'occasion. Voilà que la suite la bouleverse.


« Tiens, cadeau, soit tu le gardes soit c’est poubelle. »


Un cadeau ? Pour Roxanne ?! Le dernier qu'elle a reçu lui vient de son père. Une petite fleur de papier qu'il lui avait découpé avant de partir au travail, laissé avec un mot, comme tous les matins. Ce dernier matin... Depuis, la jeune fille en avait presque oublié le sens du mot ''cadeau''. Là aussi, c'est un dessin sur un papier. Elle en est si émue que des larmes remontent. Non, elle ne veut pas pleurer maintenant, alors elle force son esprit à se concentrer sur d'autres détails autour d'elle.
Lorsque Refael a arraché la feuille du calepin, elle a sursauté. Il a été si brusque. Elle ne peut pas le croire quand il dit qu'il est bidon. Roxanne reconnaît certains signes de nervosité chez le garçon qui le contredisent. Ses sourcils froncés alors que ses yeux fuient le dessin. La main qui le jette presque alors qu'elle était si habile à le caresser du bout du crayon quelques instants plus tôt. Le ton de la voix qui devient dur. Savoir s'il ressemble ou non, elle ne peut pas le savoir... Peut-être qu'un jour elle en découvrira le secret. En attendant, elle va conserver ce précieux cadeau dans un endroit où il n'aura pas le moindre risque d'être abîmé. Jamais de la vie à la poubelle ! Mais pour le talent, là encore, aucun doute.


Les doigts de la gamine s'approchent solennellement du dessin et ses yeux s'y collent comme s'il était un précieux trésor, fragile. Pour l'instant, elle remarque à peine celui qui est encore sur le cahier. Elle préfère rester à observer son cadeau à elle. Ce jeune homme s'il existe vraiment, elle saura bientôt le reconnaître n'importe où tellement elle s'imprègne malgré elle de tous ses traits. Comment peut-il avouer ne pas être un artiste ? C'est dur de dessiner un visage, si si ! Elle avait vu une émission sur un peintre, un jour, qui disait être incapable de redessiner l'expression d'un visage, alors qu'il peignait des paysages à vous couper le souffle. Ça elle le croyait, la Roxanne, qu'on ne peut pas dessiner un visage si on est pas super doué. Alors qu'elle pose le dessin, face cachée, tout près d'elle sur la table dans une attitude de protection, la gamine remarque enfin le second. Un peu abîmé par un coup de crayon. Mais là encore, incroyablement réaliste. Peut-être qu'elle s'émerveille d'un rien, la gamine, peut-être que tout lui semble beau car elle est à des années lumières de dessiner ça. Sur une autre planète oui, exactement...


Hein ? Que dit-il ? Elle rougit soudainement. Il lui a parlé, et elle n'a pas écouté, divaguant trop loin pour l'entendre. Elle a juste compris qu'il parlait d'une autre planète... Elle va se rendre ridicule si elle essaye de rebondir sur ce seul mot. Mais bon, il a été si gentil de lui offrir un cadeau, elle ne peut pas se permettre de lui refuser le dialogue... Il faut qu'elle ose... Quitte à être risible, autant que ce soit en pleine connaissance de cause. Elle se force donc à pousser son volume sonore, car dans ces moments là, c'est bien connu, sa voix devient aussi faiblarde que ses jambes. Heureusement qu'elle est assise.


« Pardon.. Roxanne n'a.. pas entendu votre question... Pardon... Vous parliez de planètes ? »


Dieu qu'elle se sent nulle. Rouge ? Le plus haut degrés de rougeur, qu'elle atteint, c'est clair ! Son visage va finir par exploser tellement elle rougit. Ses doigts en viennent à se crisper sur le bord du dessin arraché qu'elle avait méticuleusement réparé alors qu'elle pensait à autre chose. Pourvu qu'elle ne l'abîme pas plus. Pourvu qu'il ne se fâche pas. Il va s’énerver. C'est sûr. Mais pourquoi ne peut-elle pas disparaître ?
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Ven 23 Aoû 2013 - 13:56    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Toujours cette trouille, toujours ces réactions à la limite du possible. Ses yeux qui s’humidifient et qui une fois encore, cherchent une distraction pour ne pas se trahir, pour ne pas montrer que la jeune femme est chamboulée. Le problème, c’est qu’un rien la chamboule. Difficile dans ce cas de savoir quoi dire, comment remuer, si même la regarder ne sera pas mal vécu. A mesure que les secondes s’égrènent et qu’elle oppose son handicap relationnel au tempérament nature de l’ado, l’image d’un animal non sociabilisé et apeuré grandit dans l’esprit de ce dernier, et la menace des larmes ajoute encore plus à la tentation de se soucier du passé et du devenir de la blondinette, la mauvaise humeur laisse progressivement place à la fascination qu’il serait si facile de ressentir pleinement. Les filles, c’est chiant quand ça pique des crises et que rien ne peut nous aider à les comprendre, mais c’est aussi attachant. Ca papote, ça fait rire, ça fait chier, ça se protège, ça se console, ça se serre dans les bras et ça surprend parce que parfois, alors que c’est rempli de trouille devant des insectes inoffensifs, ça a des couilles sous la jupe quand il s’agit de faire les conneries qu’on leur souffle sans y croire. Ouais, ça serait si facile de se laisser aller à l’envie de lier un lien quel qu’il soit avec cette fille là. Oui, mais non.

Elle plonge dans la contemplation du dessin que la distance ne vient plus entraver. Ses doigts glissent sur le contour du visage immortalisé aussi sûrement que dans l’esprit de Refael, et il sent un pincement dans sa cage thoracique. Un jour, pas si loin et à des années lumières en même temps, c’est lui qui caressait la mâchoire du bout des doigts. Lui qui n’a jamais été capable de montrer de réelle tendresse avant ça. Il se retient de ne pas changer le croquis en lambeaux de papiers, finalement, sous la bouffée de colère qui le saisit, et c’est à son tour de détourner le regard vers un élément moins dérangeant. Plus loin, un groupe de jeunes ploie sous les rires qu’un mot fait naître dans leur discussion, ici une fille lit quelques lignes puis relève la tête et semble les réciter en remuant faiblement les lèvres, là un duo masculin se désaltère en faisant la gueule, et par là le patron prend sur lui de distribuer une commande pendant que sa jeune serveuse prend du bon temps à converser.

«
Pardon.. Roxanne n'a.. pas entendu votre question... Pardon... Vous parliez de planètes ? »

Refael reporte son attention sur Roxanne. Ecarlate, tendue comme un string sur le fessier de Big Mama, tétanisée par l’attente des conséquences d’une nouvelle faute qu’elle pense avoir commise. Une fille, ça interpelle et ça déconcerte, parfois. Alors le brun réagit comme tout individu le ferait face à un spectacle tellement absurde qu’il en devient perturbant : il éclate de rire. Un rire fort, franc, qui expulse toute sa rancœur, tout ce que son cerveau contient de mauvaise humeur et de stupéfaction devant cette gamine venue d’ailleurs. Poing lâchement posé contre son menton, il tente de contenir son hilarité, y parvient presque, puis abandonne et la laisse prendre possession de ses épaules qu’elle secoue et de sa tête qu’elle incline mollement, bras gardé levé dans le vide. Quand il la relève, c’est pour diriger vers Roxanne deux yeux embués de larmes joyeuses qui surplombent deux joues légèrement colorées. Même quand il essaie de lui répondre, l’euphorie saccade ses phrases et plane sur lui.

«
Ouais, sérieux … T’es d’une autre planète, c’est obligé … Une planète sympa hein, vas pas encore paniquer, j’suis sûr qu’elle est sympa ! Mais c’pas possible autrement … »

Une pause, une expiration, une tentative de retrouver son calme. Pas trop ratée, à priori. Pour s’y aider, il s’accorde une longue gorgée de coca. Il l’avale de travers, tousse comme un dingue, pose son verre et se donne un coup de poing sur le sternum, plus pour le geste que pour l’efficacité espérée. Il sourit toujours, mais si sa voix est chevrotante sous l’assaut que sa gorge vient d’encaisser, l’espièglerie n’est plus lisible que dans ses iris.

«
Je te demandais juste ce que tu aimes faire, quand tu travailles pas ici. Pour passer le temps, te vider la tête. Prendre confiance en toi. Tu vas te faire bouffer si on sent que tu flippes pour un rien. »

Cette constatation est faite d’une voix plus feutrée, mimant à la perfection le conseil donné sous le coup de l’inquiétude sans que l’ado ne s’en rende vraiment compte. Il sait pas ce qui l’a amenée à être aussi craintive, il veut pas le savoir. Il sait juste que les gens, ça devient vite con, et que s’ils nient avoir le moindre point commun avec les animaux de compagnie qu’ils élèvent, ils sont parfois pareil à des chiens qui sentent la peur d’un autre et la tire à leur profit. Petite leçon gratuite de vie en société. Il va pas les condamner, il l’a déjà fait. Mais il faut qu’elle le sache aussi, elle en fera ce qu’elle veut.

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Lun 26 Aoû 2013 - 12:37    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Il éclate de rire. Encore un sursaut bien mérité pour Roxanne. Mais la gamine ne comprend pas très bien pourquoi. Elle a dit une bêtise, c'est sur, mais de là à en éclater de rire... C'était pas une blague. Au contraire, elle est gênée à en mourir maintenant, et lui il rit. Alors comme elle ne comprends pas, elle observe. Le corps du garçon s'agiter harmonieusement à ce chant joyeux qu'il extériorise. Le plus beau est encore son visage qui exprime ce rire. La mèche rouge suivant une cadence que le cou lui a donné, comme une caresse sur l'air qui l'entoure. Sa main qui essaye de retenir ce qui sort mais qui ne sert finalement qu'a rajouter au tableau. Enfin ses lèvres grandes ouvertes qui éclairent le visage de l'adolescent. Après un sourire, la plus belle chose au monde est sans doute un rire. Et jamais Roxanne n'aurait cru qu'elle puisse faire tant rire quelqu'un de par sa bêtise. En général elle attire plutôt la colère. Son collègue aussi rit souvent, mais lui c'est dans sa nature. Et puis il rit de rien, c'en est presque exaspérant à la longue. Doit-elle s'offusquer qu'il se moque d'elle ? Peut-être en a-telle le doit. Mais c'est loin d'être son genre, elle ne peut qu'attendre que ça se finisse. Alors elle continue de détailler ce joli portrait et sans s'en rendre compte, c'est sur son propre visage que ce dessine un rictus joyeux. Hé oui, le rire est bien trop contagieux pour que ça ne l'atteigne pas, elle aussi.




D'une autre planète, elle ? Est-il sérieux ? Elle ne l'a jamais envisagé. Roxanne a déjà entendu parler de martiens dans sa jeunesse, de choses comme ça, mais son père lui aurait dit si c'était le cas. Et le reste de sa famille ? Ils auraient plutôt tendance à laisser entendre qu'elle a vécu avec les rats et la vermine des bas fonds. Non qu'elle viendrait d'une autre planète. Tout en réfléchissant, elle chuchote :


« Roxanne d'ailleurs ? Elle ne... sait pas... Non... Peut-être de... »


Coupée dans son élan par un nouveau sursaut, il s'est étouffé avec son coca. Il n'a sans doute pas eu le temps d'entendre sa phrase, et tant mieux. La gamine n'aime pas parler d'elle. Par contre, elle serait gênée de le voir mourir devant elle sans rien faire. Alors comme elle sait si bien le faire, l'apeurée panique. Ses yeux cherchent partout qui pourrait bien aider ce garçon, mais le patron est retourné en cuisine maintenant que tout le monde est servi. Paülo devrait bientôt arriver prendre son service du soir pour la remplacer mais pas encore la moindre trace de lui. Demander au gros vilain derrière, hors de question. Finalement, c'est Refael qui trouve tout seul la solution en se frappant le torse. Ouch ! Il a du se faire mal ! Mais il sourit toujours et ça apaise la gamine qui n'a pas vraiment bougé sinon la tête pour chercher de l'aide des yeux. Enfin, il reprend la parole, et c'est parfait. Finalement, pas si parfait, car il continue de demander des choses sur elle, et Roxanne se sent obligée de répondre. Surtout que la question est bien compliquée ! On ne lui a jamais vraiment demandé ce qu'elle fait de son temps perdu, et elle ne sait pas vraiment si ça aide à gagner de la confiance en soi. Du coup ce serait bien la première fois qu'elle en parle... Remarque, elle peut essayer. Il a l'air gentil. Refael...


« Roxanne.. se fait des... amis qu'elle coud avec de vieux chiffons. »


Rouge tomate, à nouveau. C'est nul de parler de ça, il va encore éclater de rire pour se moquer. Vite, elle change de sujet.


« Se faire bouffer ? Par qui ? Y'a des cannibales ici ? »


Elle chuchote ses derniers mots. La gamine à lu une histoire de style princesse une fois, où l'héroïne partait à l'aventure en Afrique avec un duc ou quelque chose comme ça. Ils se retrouvaient capturés par une tribu cannibale. Elle en avait pleuré de peur ! Mais au final, l’aventurière était sauvée par le duc qu'elle aima jusqu'à la fin des temps. Refael a l'air si sérieux quand il dit ça ! Elle ne sourit plus du tout et ouvre plutôt de grands yeux apeurés. Elle se sent comme dans un film d'horreur l'adolescente, avec une musique sinistre derrière elle... Face à un homme qui a une voix grave, et qui chuchote des trucs flippants en vous regardant avec des yeux injectés de sang... Ou plutôt rougis par l'étouffement...
_________________
Revenir en haut
Refael Heydon
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 25 Mai 2013
Messages: 72
Point(s) de réputation: 67

MessagePosté le: Ven 30 Aoû 2013 - 00:56    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Des amis avec des chiffons. Des amis. Avec des chiffons. Elle est mignonne la petite, quand elle lui annonce ça, et il pourrait s’attendrir pour de bon, surtout avec ce sourire discret qu’elle produit en mimétisme devant lui. Il pourrait s’attendrir, parce qu’une fille qui en arrive à se fabriquer une vie amicale imaginaire et à lui donner vie sous forme de poupées à qui elle cause quand elle se sent seule, c’est forcément une fille paumée. Et les filles paumées, c’est un poids à trainer, mais c’est aussi et surtout des petites choses qu’on a envie de prendre sous son aile pour les secouer un peu et les éveiller au monde qui l’entoure. Un monde qui ne fera vraiment qu’une bouchée d’elles si elles ouvrent pas les yeux, comme ce patron qui ne sera pas indéfiniment capable de retenir les injures qui lui viennent en tête quand cette petite chose là galère, comme ce jeune qui gueulait pour une boisson renversée, comme tous les autres qui la croiseront et décèleront chez elle une faiblesse leur permettant de passer leurs nerfs sur elle sans qu’elle n’ose broncher. Comme il aurait pu le faire, un autre jour, dans une autre vie qu’il a quittée pour venir ici. Combien de fois n’a-t-il pas joué avec les défauts d’un autre pour mieux le rabaisser ? Pas souvent, c’est vrai. Quand il y pense, ça lui parait beaucoup plus. S’imprégner des fragilités d’un autre, les déceler au premier coup d’œil et les tourner à notre avantage. S’en saisir, en faire une arme pour blesser celui ou celle dont on attend quelque chose. Il sait à quel point ça peut s’avérer facile, quand on sait observer. Il sait que cette fille là serait la candidate idéale pour un enseignement en règle de ce qu’est la vie réelle hors du monde abstrait qu’elle s’est inventé. Il pourrait céder et lui dispenser ces leçons dont elle aurait grandement besoin. Il pourrait, ouais.

Mais il y a cette interrogation, ce murmure qui réduit ces doutes à néant. Cette fille est larguée. Trop. Ca fait de la peine, un peu, ça fait lutter surtout. C’est pas grand-chose, au fond, juste une nouvelle crainte de la blonde qu’il lui serait aisé de contredire. Mais ça serait la diriger vers une autre frayeur, recevoir une autre preuve de sa naïveté digne d’une enfant qui découvre la réalité du deuxième degré dans une discussion. Et s’il y a bien une chose que Refael n’a jamais été foutu de faire, c’est de réfléchir trois plombes avant d’ouvrir la bouche. Sentir quand les gestes sont préférables aux mots, quand il vaut mieux ne rien faire, ou quand il est temps de se barrer, ça il sait. Mais pas peser chaque propos, chaque mot, pour l’adapter à son auditoire. Pas modifier son langage châtié pour coller à celui de la majorité. Intuitif, spontané, mais pas penseur.

S’il l’ouvre là, il va la heurter. Comme il l’a fait précédemment. Des cannibales ? Non mais d’où elle débarque, sérieux ? Et qu’est ce qu’il fait encore là, à causer avec elle alors que la pluie s’est arrêtée et qu’il n’est plus forcé de se planquer à l’abri des gouttes ?

Il pourrait s’attendrir, il pourrait choisir de la guider. Mais ça impliquerait trop de changements en lui dont il n’a pas envie. Et en dehors du simple vocabulaire, il y a cette décision qu’il a prise, y’a un moment. Ne plus chercher à relever les âmes égarées.

Il cherche une horloge des yeux, espère vivement qu’il y en a une ici, la trouve, imite à la perfection la surprise, puis l’embarras lorsqu’il reporte son attention sur la jeune femme avide d’une réponse, qu’il lui fournit dans l’instant. Peut être pas celle qu’elle souhaitait, sûrement pas d’ailleurs.

«
J’suis désolé Roxanne, j’vais devoir m’en aller. J’avais pas vu l’heure, et je vais être à la bourre pour … un truc. » Il se lève, termine son coca d’une traite « T’en fais pas, y’a pas de cannibale ici, personne qui cherchera à te dévorer au sens propre, c’était … juste une expression. » Il referme son carnet, le jette dans son sac, fait coulisser la fermeture d’un geste pressé, balance le sac sur son épaule. « J’te recroiserais sans doute ici à l’occaz’, quand je viendrais manger ou boire un truc. D’ici là, casse pas trop de trucs, d’accord ? »

Un sourire, et le voilà parti. Rapide, comme pris à la gorge par les aiguilles de cette fichue horloge. Dehors, loin de cette fille larguée, loin des risques qu’elle représente sans le savoir. Loin de la trouille qu’elle lui fiche, sans qu’il en ait conscience lui-même.

_________________
Revenir en haut
Roxanne Valay
Haughter

Hors ligne

Inscrit le: 27 Mai 2013
Messages: 44
Localisation: Petit bar chez les verts
Féminin
Point(s) de réputation: 38

MessagePosté le: Sam 31 Aoû 2013 - 15:30    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix ! Répondre en citant

Ses yeux ont cherchés ceux du garçon pour anticiper la réponse, comme on le fait dans l'angoisse d'apprendre une mauvaise nouvelle. Ses yeux ont croisés les siens. Et ses yeux ont vu quelque chose qu'ils feraient mieux d'oublier au plus vite. Trop tard. Ils ont noté. De la peur ? De l'inquiétude ? En tout cas ce n'est pas du positif. Pas du tout. Et pourtant, le garçon ne s'explique pas. Son regard à lui va chercher autour d'eux et tombe sur l'horloge derrière le comptoir. Il doit partir, et la laisser dans le doute. La laisser dans l'angoisse. Compte-t-il partir sans aucune explication ? Ha, si, il en donne une. Rapidement. Une expression, les cannibales, dit-il. D'accord. La voilà rassurée. Il se lève, boucle son sac enfermant le carnet à dessin qui l'avait attirée à lui. Il part.


« J’te recroiserais sans doute ici à l’occaz’, quand je viendrais manger ou boire un truc. D’ici là, casse pas trop de trucs, d’accord ? »


Elle va donc le revoir un de ses jours. Peut-être bientôt. En a-t-elle envie ? Impossible de le savoir alors qu'elle cherche juste les mots pour ne pas rester assise bêtement sans rien dire.


« D'accord. A bientôt alors... »


Banal. Vide. Inutile. Alors qu'il lui a fait un présent si précieux. Il franchit la porte et là, elle se sent seule. Pas question de rester assise sans rien faire. Il lui faut mettre de l'ordre dans ses idées. Roxanne se lève et pose ses iris sur le dessin caché. Elle devine les traits de crayons sur le revers de la feuille, traits qu'elle a l'impression de déjà connaître par cœur, et son sourire s'attendrit. Elle ne peut pas être seule avec ce petit morceau de Refael près d'elle. En se rapprochant du comptoir, la gamine cherche une cachette protectrice au croquis jusqu'à ce qu'elle puisse le ramener dans sa chambre. Son collègue ne va plus tarder à arriver, il faut donc lui laisser la place propre et rangée. De ses mains maladroites, elle s'y attelle. Ça va, pour le ménage, elle sait faire. Mais pour les grands verres de bar, il lui faut encore un peu d’entraînement... « D'ici là, casse pas trop de trucs, d'accord ? » C'était d'un ton protecteur et non menaçant qu'il a prononcé ses derniers mots. Roxanne se promet d'essayer, de faire des efforts, pour tenir son engagement auprès de ce garçon qu'elle ne connaissait pas ce matin même. Celui qui lui a fait un présent.


Mais alors, pourquoi cette étrange sensation d'avoir lu de la peur dans ses yeux ? Que venait-elle de dire déjà ? Ha oui, les cannibales. Les mains pleines de mousse à laver, plongées dans l'eau de la vaisselle, elle pique un fard, seule. Ce n'est pas des cannibales qu'il a eu peur. Il l'a dit lui-même, on n'en trouve pas ici. Il a aussi dit que personne ne cherchera à la manger. Personne n'est entré ni sorti dans le bar à ce moment. Personne devant la fenêtre pour lui faire passer un message visuel. C'est donc bien d'elle qu'il a eu peur. Pourquoi ? Qu'a-t-elle fait pour qu'il en soit parti aussi précipitamment ? Bon, il avait un rendez-vous, où un truc comme ça. Là encore, c'est pas clair ce qu'il dit. Ça ne fait que confirmer ce qu'elle pense. Mais alors pourquoi ? Pourquoi ?


« Bouh ! »


Sursaut. Le verre est lâché et s'éclate contre l'évier. Roxanne tremble et des larmes coulent sur son visage, humidifiant sa larme de khôl qui s'épaissit, se déforme, devient laide. Paülo s'époumone de rire, fier d'avoir réussi son coup. Comme s'il allait loupé un jour,avec la pauvre effrayée. Il l'aide à ramasser les morceaux alors qu'elle se blesse avec un bout de verre brisé. Et voilà, ça saigne partout maintenant. Pourtant Roxanne ne desserre pas les dents alors que son affreux collègue comble le silence par mille excuses et éclats de rire. Puis, les dégâts cachés au patron qui n'est pas réapparu – heureusement pour les deux jeunes – Paülo sort la trousse d'infirmerie pour soigner le doigt sanglant de Roxanne. La plaie désinfectée, couverte d'un pansement, il s'amuse même à dessiner un bonhomme, comme on lui faisait quand il était petit. Roxanne n'a toujours pas desserré les dents. Elle pense. Pourquoi a-t-elle effrayé Refael ? Pourquoi est-il parti ? Il était si gentil. Il lui a fait un cadeau. Il...


« Paülo ? Roxanne fait peur ? »


Nouvel éclat de rire insupportable du serveur. Il n'en finira donc jamais de ne pas être sérieux. Mais il finit par rapidement se calmer devant le visage solennel de la gamine.


« Quand t'es comme ça, oui, tu fais peur, Rox... Faut te lâcher un peu ! C'est qu'un verre ! Je dirais que c'est moi. Même si... avec le pansement... Bon bref ! J'prends sur mon salaire, je t'assure que c'est rien ! »


« Et si Roxanne te demandait de lui présenter un cannibale, tu aurais peur ? »


Paülo la regarde, les yeux ronds. Une seconde. Puis deux. Puis il éclate de rire. Non, décidément, ce garçon ne sera jamais sérieux...
_________________
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:53    Sujet du message: Et qu'on me foute la paix !

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Pseudo City Index du Forum -> Quartiers est -> Quartiers est Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  


Index | Panneau d’administration | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Thème actuel: Decadent city (v2.0)
Thème original: Flowers of Evil © theme by larme d'ange 2006
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com