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Pseudo City: Chapitre 2 - Dégats collatéraux
 
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Croquée.
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Refael Heydon
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MessagePosté le: Mar 28 Mai 2013 - 20:46    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

La mine crisse sur le papier et peu à peu, sous ses yeux attentifs, les motifs prennent forme. A intervalles irréguliers, son regard dévie de la feuille pour vérifier un détail et l’apposer au milieu du reste, avide de ce qu’ils peut observer et retranscrire le plus fidèlement possible, aidés d’une main qu’il surveille tout aussi sévèrement.

Il pourrait rester des heures ainsi, presque entièrement coupé du monde, uniquement rattaché à lui par ce qu’il peut en voir et en comprendre. Les bruits environnants, la fraîcheur du vent qui atténue le poids d’un soleil encore timide, l’inconfort de sa position, plus rien ne compte pour lui en dehors de ce qu’il voit naître sous la mine grise par petits coups saccadés.

D’autant que cette fois, le modèle est particulièrement intéressant.

Il n’y a rien de plus passionnant que de plaquer sur papier la silhouette des inconnus. Silencieusement, on peut s’amuser à en deviner la personnalité, s’interroger sur les raisons qui ont incité telle personne à se coiffer comme un crétin, ou telle autre à assembler une chaussette avec celle d’une autre paire. C’est encore mieux si la silhouette en question s’intègre dans un décor, le cerveau bouillonne alors et invente parfois des histoires saugrenues ou d’autres plus plausibles. Et d’autres fois, comme aujourd’hui, rien ne se passe, aucune pensée ne vient interférer dans la réalisation du dessin, et c’est pas forcément moins plaisant.

Dans un cas comme dans l’autre, l’activité est reposante. Et c’est bien ça que cherchait Refael lorsqu’il a sorti de son sac à dos son cahier à spirales format A4 à peine rempli au quart, installé sur le banc qui permet de profiter du spectacle de la place tout en restant à l’écart, le pied gauche posé au sol et le droit passé sous la cuisse opposée, le fameux cahier maintenu sur son genou plié par sa main immobile. Rien, dans sa posture comme dans son accoutrement, ne laisse penser qu’il vient de traverser une période de stress, courte et qu’il a lui-même provoquée certes, mais qui l’a conduit au besoin de se perdre dans son croquis.

Voyager n’a déjà rien de très marrant, à la base. Alors enchaîner les longues marches, les trajets en voiture avec des conducteurs qui n’ont pas appris la signification des mots « conduite souple et ralentissement dans les virages », les repas dans les restaus miteux à l’hygiène aussi douteuse que le goût des aliments servis sans aucun sourire ni politesse, et conclure le tout par une nuit aussi brève et peu réparatrice que toutes celles qu’il a pu s’offrir pendant son périple … Non pas qu’il soit douillet, qu’il ait besoin de dormir des heures pour être frais comme une princesse ou qu’il soit sensible à la mauvaise humeur des gens, mais cumuler l’ensemble a de quoi jouer sur les nerfs de n’importe quel humain normalement constitué. Alors en fin de matinée, lassé de son voisin qui prenait le mur pour un djembé et peu envieux de déclencher une altercation à peine débarqué, l’ado a sauté dans un baggy trop large pour lui, s’est foutu un Tshirt gris à rayures noires sur le dos et un sweat vert foncé à capuche par-dessus, et a pris la direction de la porte de l’auberge sans oublier son sac rouge empoigné à la volée.

A peine sorti, s’est posée la question de la destination à suivre. Tout ce qu’il sait de la ville est ce qu’on a pu lui en dire, et les infos n’étaient pas nombreuses. Rien ne concernait l’organisation interne, la géographie ou les lieux stratégiques. Hier, c’est par un coup de chance qu’il a trouvé un endroit où passer la nuit, et avec soulagement qu’il a compris qu’ici, contrairement à la dernière ville dans laquelle il a essayé de se renseigner à l’ouest, il ne serait peut être pas chassé comme le plus sale des pestiférés. Aujourd’hui, c’est donc guidé par le vent qu’il a marché jusqu’à ce banc qui a rapidement accueilli ses fesses et sa fatigue. Ce qui devait n’être qu’une pause le temps de planifier sa journée, est bientôt devenu l’activité qu’il affectionne depuis qu’il est gosse.

Il aurait pu choisir n’importe lequel des passants, n’importe laquelle des filles qui se pavanaient sous les yeux des multiples paires d’yeux curieux, n’importe lequel des morceaux de paysage urbain qu’il a pu voir juste en tournant la tête. Mais son regard s’est arrêté sur une jeune femme, plus loin. Les cheveux longs et sombres, pas roulée comme une bombe mais loin d’être inintéressante pour autant, même à distance son allure générale lui a donné l’idée de feuilleter son cahier jusqu’à la première page vierge pour la remplir sans se presser de traits appuyés, de courbes survolées et de jeux d’ombres encore peu prononcées. L’immortaliser au milieu du décor dans lequel elle l’a interpellé sans lui adresser le moindre mot, imperméable à tout le reste.

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MessagePosté le: Mar 28 Mai 2013 - 20:46    Sujet du message: Publicité

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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Mer 29 Mai 2013 - 20:40    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Les rayons du soleil brûlent le ciel par intermittence, parfois conquérants, parfois vaincus par l'épaisseur des nuages qui s'en vont à leur encontre. Et cette lumière baigne de chaleur les pauvres vies des êtres mortels que nous sommes, détourant d'auras bénies les visages indolents comme ceux qui sont meurtris. Et tu t'abandonne à ces visions de la populace, brisant une fois de plus les chaînes qui te lient au quartier est. Tu es une âme libre et à l'esprit sauvage, et tes pas te mènent, comme peut-être trop souvent, sur les chemins de cet occident que tu aimes tant à martyriser. Tes longs cheveux bruns dansent sous les filets du vent, et ta démarche, presque indolente, se rythme d'un autre de ses chants que seul ton esprit peut entendre. Abandonnée aux pulsions de ton propre corps, tu évolues dans les rues, aussi sombre que l'image des Sinewyers et resplendissante à la façon des Dashingers. Le tintement de tes talons berce chacun de tes pas, et si parfois tu te joues du regard de ces hommes, bien souvent tu les méprises, indifférente à la brûlure qu'ils opèrent sur ta peau. Et le chant alangui se tait soudain dans ton esprit, alors que tes pas cessent, que ton corps devient immobile, que toi seule t'arrête tandis que le monde autour de toi se meut, vif. Postée dos à cette lumière chaude de l'astre solaire, tu observes alors de tes prunelles océanes la vie qui découle et s'écoule autour de toi. Groupe de camés, demoiselles en chaleur, bain de soleil, sortie en gang, altercation au tournant sud, insultes depuis un balcon, tu te délectes de chacune de ces insignifiantes petites vies qui hantent les bas quartiers de Pseudo City. Tu regardes les visages défiler devant toi et je te sais qui énumère en silence chacun des noms et faits que tu connais sur ceux-ci. Et voilà que l'un d'entre eux attire ton attention. Un visage qui ne t'es ni familier, mais ni vraiment inconnu. Je te sais qui devine en un instant qu'il fait partie des derniers arrivants, toi qui ne passe pas une seule journée sans regarder les listes de recensements de la ville. Et tu observes, lascive, ce petit être, penché sur son feuillet à gribouiller avec autant d'application que toi-même lorsque tu t'adonnes à cette activité. Et un fin sourire naît sur tes lèvres sanguines, un sourire presque invisible, mais qui signifie pourtant déjà tant.
Toi, qui étais alors en quête d'un nouveau joujou dans ce quartier où tu en trouves toujours à foison, viens de te dégoter quelque chose de certainement plus intéressant et plus productif.
Une nouvelle âme égarée, perdue au milieu des clans, dans des rues où chacun ne se préoccupe que de lui-même et son entourage proche, et où le danger guette, parfois venu du plus misérable et insignifiant des petits pions, ou de la plus douce et la plus délectable des gazelles.
Et tu accroches alors un instant son regard, à ce petit être qui t'observe depuis son piédestal. Et tu saisis la portée de celui-ci, lié à ce geste qui t'es si familier, et tu comprends qu'il griffonne, esquisse, couche sur le papier sa propre vision de la vénusté. Sourire fin, encore. Tu détourne les yeux, avise les dizaines d'autres personnes que tu pourrais utiliser en guise de divertissement ce jour, puis te résigne. Ce sera lui. Lui et personne d'autre.
Alors tes prunelles bleues se porte de nouveau sur lui. Et lorsque à son tour il se détourne de toi pour travailler son œuvre, tu t'esquives à sa vision, disparaît de ce champ qu'il observait, ne laissant plus à ce jeune homme qu'un décor urbain sans sujet principal.
Tu connais chaque coin et recoin de cette ville maudite, et chacun des terriers privés et passages plus ou moins secrets relève de ton terrain de jeu. Et tu en uses, échappant avec une facilité déconcertante à la vigilance de ce demi-étranger. Et tu réapparais, sans doute silencieuse à son oreille malgré les tintements sonores de tes talons, glissée comme un serpent à l'arrière de ce banc sur lequel il repose. Et je te sais qui laisse ton regard courir sur les traits fins qu'il a esquissé, ces ombres, parfaites, bien que non terminées, qui trônent sur son calepin. Il a du talent. Voilà qui t'amadouerait presque.
Tu te penches sur lui, glisse à son oreille quelques mots.

" On dirait qu'épier n'est pas ton seul talent. Il ne me semble pourtant pas avoir donné mon accord pour ça. "

Tu devines la surprise se dessiner sur son visage, et t'attardes un instant à l'observer à ton tour. Après tout, n'est-ce pas là ta spécialité ? Et ton visage, tout proche du sien, s'arme d'un subtil sourire, alors que tes prunelles océanes, cet atout majeur qui te dépeint si bien, cherchent à percer la masque de ce nouvel arrivant.
Et tu te redresses, toute de grâce, et contourne le banc pour t'assoir aux côtés du jeune homme. Tu croises tes jambes fines et glisses un bras sur le dossier du banc, puis, prenant appuie sur ta main blanche, fixe ton inconnu d'un autre de ces regards profonds. Il a du charme derrière son apparence revêche, et tu te surprends à te questionner sur lui. Quelle est son identité, figure-t-il déjà dans tes petits papiers, quel clan l'accueille en son sein, quel atout peut-il receler, quel... intérêt.

" Tu as du talent. Fin observateur... "

Tu détournes alors ton attention de lui, dépose ton regard sur l'emplacement où tu étais plus tôt. La lumière du soleil devait offrir une vision intéressante et tu devines que toi aussi tu aurais tenté de dépeindre les traits de n'importe quelle âme solitaire qui se serait baignée de celle-ci. Tu glisses une main lascive dans tes cheveux, encore mobiles sous la légère brise, puis ajoutes alors :

" Une nouvelle âme égarée dans cette ville de fous ? Tu auras l'embarras du choix en matière de sujets, ici. Crois-moi, la ville ne tarit pas d'être plus captivants les uns que les autres. "

Après des va et viens incessants, la lumière chargée du soleil reprend alors le dessus dans sa guerre céleste, et tu plisses les yeux sous le pouvoir de celle-ci. Un instant, tu croirais entendre de nouveau ce chant funeste résonner dans ta tête, puis encore le silence, long, froid. Sourd. Tu n'aurais pu te divertir autrement aujourd'hui. Ni ton esprit ni ton corps n'en n'ont l'envie.
    
 
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Refael Heydon
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MessagePosté le: Mar 4 Juin 2013 - 19:11    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Il suffit d’un bref instant, d’un rapide coup d’œil en contrebas pour que l’objet central de son croquis s’envole loin de sa curiosité, laissant un ado surpris, puis perplexe, chercher des yeux la silhouette qu’il ne trouve plus, dissimulée par toutes les autres. Ses doigts gardant levé le crayon qui pointe vers le ciel, il laisse ses iris vagabonder de veste en chevelure, points dorés faussement autonomes qui semblent devenir fous, en quête d’un indice qu’ils ne détectent pas.

Bordel, mais où elle est ?

Une longue minute s’écoule, deux peut être, au terme desquelles il est bien forcé de se rendre à l’évidence : son modèle involontaire a filé. C’est ça le problème avec les filles. Si on agit à leur insu et qu’elles s’en rendent compte, elles s’enfuient, nous rejoignent pour nous coller une gifle magistrale, ou pensent qu’on va forcément les aborder pour leur payer un verre – et plus si affinités. Si on leur demande de poser, elles refusent net, prétextant ne pas être de ces filles faciles qu’on peut séduire juste en les observant parce qu’on croit que « doué en dessin » signifie « habile de ses mains en toutes circonstances », ou au contraire, se la jouent Rose demandant à son amour tragique de les peindre comme une Française. Oui, bien sûr, il a parfois profité des filles qui entrent dans cette catégorie. Mais là n’est pas la question.

Le problème, pour l’heure, est que son sujet actuel s’est volatilisé. A croire qu’ici comme ailleurs, les clichés se vérifient et les réactions prévisibles ne changent pas.

Faich’. Le jeune homme s’étire, mains croisées derrière son crâne et torse tendu au maximum, relâchant toute sa frustration dans l’expiration prolongée et sonore qui accompagne la chute de ses bras. Au moins, il lui reste le décor à peaufiner, et sa mémoire pour achever les détails du corps désormais inexistant. C’est loin d’être l’idéal, mais ça vaut toujours mieux qu’un dessin inachevé.

Refael est déjà repenché sur son cahier lorsque son modèle approche, le claquement de ses chaussures pris dans le tourbillon de bruits alentour, vacarme dont il sait si vite se préserver.


" On dirait qu'épier n'est pas ton seul talent. Il ne me semble pourtant pas avoir donné mon accord pour ça. "

Un franc sursaut accueille le murmure, poussant sa main à se crisper et, dans ce mouvement réflexe, le graphite à gâcher ce qu’il a jusque là construit : un trait épais, irrégulier et outrageusement noir déchire en deux le store remonté haut contre la fenêtre au reflet lumineux qu'il a eu tant de mal à respecter. L’étonnement est graduel, évoluant selon quatre temps aux raisons distinctes mais à la progression imprécise. D’abord, le simple fait que quelqu’un le sorte de sa concentration, si près de lui alors qu’il n’a rien vu, entendu ni senti venir. Puis juste après, le contraste saisissant entre espièglerie et mise en garde muette qui se devine dans les traits qu’il peut déjà analyser, opposition qui n’est pas sans une certaine harmonie, un naturel qui saute aux yeux et qui laisse planer … une menace ? Ce n’est pas tout à fait ça. Mais dans l’instant, c’est tout ce que son esprit peut formuler. Vient ensuite la compréhension ; les vêtements qui lui couvrent le buste, la coiffure qu’il a pris le temps de scruter pour n’en rien louper, pas de doute, il a retrouvé la jeune femme de son cahier. Ou plutôt, il s’est fait retrouver par elle, aussi sûrement qu’il pensait ne plus l’apercevoir ici ou ailleurs. Et enfin, il se recentre sur le visage qui jouxte le sien, impressionnant de détails qu’il n’avait pas réussi à capturer jusque là, la distance aidant à créer ce mystère qui ne s’évapore pas, cependant, après son approche.

C’est très confus, c’est clair, mais ça n’est pas beaucoup mieux dans son crâne. Pour preuve, il en oublie d’émettre le moindre son en réponse, se contentant de suivre du regard l’inconnue qui prend place à côté. Elle le dévisage. Hmph. Elle le dévisage, et lui, grand crétin, il ne dit rien. Il faut qu’il cause.

«
… Euh, ouais. »

Bravo. Ah non, vraiment, super éloquent. Il aurait pris des cours de communication qu’il ne s’en serait pas mieux sorti. Par sollicitude – ou peut être parce qu’elle ne l’a pas entendu, s’il est chanceux – elle reprend la parole et regonfle légèrement son assurance.

«
C’est pas grand-chose, en fait. Juste un petit truc vite fait pour passer le temps et émerger un peu. Y’a rien de bien compliqué. Mais merci. Faut dire, c’est plutôt sympa comme endroit à reproduire, et t’avais un peu plus d’allure que tout … ça. »

Le crayon toujours entre index et majeur et coincé contre son pouce ouvert, sa main balaie le vide pour désigner ce qui les entoure, une façon de justifier pourquoi elle, et pas les badauds quelconques. Elle s’en fiche sans doute, mais bon.


« Ouais … Je suis arrivé hier, et … j’connais presque rien à cette ville. » Petit rire désabusé, secousse de la tête, extrémité du crayon grattant machinalement la peau sous sa tignasse brune rabattue sur la partie droite. « Je me suis posé à l’auberge hier, j’ai pas retenu le nom. C’est pas trooooop mal, si t’aimes le bruit et la poussière dans les coins, mais si t’as des meilleurs plans … que je claque pas toutes mes thunes dans une chambre aussi luxueuse … »

Et enfin, ça fait tilt, juste au moment où il prononce le dernier mot sur un ton clairement ironique, si bien qu’il enchaîne sans attendre qu’elle accepte ou refuse de lui filer ses bonnes adresses.

«
Et tu dessines aussi, en fait ? Tu dessines quoi ? »
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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Ven 7 Juin 2013 - 20:43    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant


Son regard parcourt ta chair, pareil au curieux qui s'inquiète de l'inconnu. Tu l'as surpris dans son travail, et sa surprise, et sa confusion, semblent toutes deux encore éprises de lui. Et tu as comme une envie irrépressible de sourire, toi, la personne la plus froide et insensible que j'ai jamais connu. Je te sais qui t'entiches de son honnêteté, de son authenticité, sa simplicité.
Il accepte ta présence sans montrer une once d'irritation. Tu t'es jouée de ses sens, par deux fois déjà, pourtant, il ne s'en offense guère, et à l'inverse consent à s'ouvrir à toi, à suivre le flot de paroles que tu lui adresses, laissant là son oeuvre inachevée, la mine de graphite dansant entre ses doigts. Ton regard se porte un court instant sur cette main fine, outil préféré des artisans que lui, et toi-même, êtes. Tu imagines alors cette main faire courir le graphite sur des pages vierges, et cette image, indélébile, s'encre en toi comme un tableau inoubliable. L'Art. Que ce soit celui des lettres, celui du visuel ou celui de la musique, tous t'ont toujours paru plus sublimes de par leur inaliénation et leur authenticité que tous les autres biens ou maux que cette terre, cette race d'homme, pouvait receler. Et tu observes ces lignes qui ornent la page sur laquelle se dessine ta silhouette, et tu reconnais, experte, l'expérience, le talent. Et tu te détesterais presque pour cette émotion amère qui s'éprend de toi, cette admiration et cette envie, cette nécessité, de resserrer ce lien de l'art qui vous unit. Mais tu ne peux pas, ma Lily. Tu ne sais rien de lui. Tu ne peux pas t'ouvrir à cet être sans rien connaître, ni son identité, ni son origine, ni son histoire. Étrange doctrine que celle-ci, n'est-ce pas, ma Lily ? Mais tu n'en as pas le droit. Tu dois t'en tenir au plan. Pas de relation superflues, pas de liens vains et donc pas de cassures inutiles.

« [...] t'avais un peu plus d'allure que tout... ça. »

Il dit que c'est pas grand chose, juste des esquisses, quelques traits jetés au hasard d'une feuille pour retracer la réalité qu'il trouvait méritante. Et tu souris à sa dernière remarque, un sourire vague, un peu lointain, alors que ton regard dispose du sien. A ton sens, tout a de l'allure, que ce soit dans ce quartier ou ailleurs. Combien de fois t'étais-tu éprise d'images plus simples et communes du quotidien, combien de fois avais-tu marqué au graphite les issues de combats, quand la chair martèle la chair, que les sangs se mêlent, les jurons volent. Et puis il y avait tous ces portraits, esquissés sur un coin de feuille ou occupant tout l'espace proposé. Tu en avais des dizaines, des centaines même, tous entreposés chez toi, dans cette pièce close, scellée, dont toi seul connaissait le secret. Combien d'heures avais-tu passé à observer la vie s'écouler dans cette ville maudite, combien de visages avais-tu immortalisé avant que les tracés du temps ne viennent creuser leurs traits et que la cité les rejette, livrés à eux-mêmes.

" Je le prendrai comme un compliment. Alors, merci. Mais à l'avenir, si tu veux me coucher sur le papier, fais en sorte que mon attention soit portée sur autre chose que toi. "

Tu penches un instant la tête vers lui, lui adresse un regard, étrange à décrire, à la fois mutin et profond. Puis tu esquisses de nouveau ce sourire vague, étirant doucement tes lèvres fines. Et il finit par retrouver son éloquence, suivant ton invitation, et lentement les langues se délient ; tu es attentive à chacun de ses mots, boirais presque ses paroles. Tu écoutes sa façon de parler, surveille chacun des mouvements de son visage, du moindre clignement de paupière au petit rictus insaisissable qui tiendrait ses lèvres en tenaille. Tu es observatrice, lectrice silencieuse des personnalités ouvertes aux visages. Mais quelque chose en lui t'ébranle étrangement. Toujours cette authenticité, belle et effrayante. Sa nonchalance. Et tu finis par opiner en riant doucement alors qu'il te décrit ses conditions de vie à l'auberge et s'en remet à toi pour l'extirper de ce taudis.
Une main se glisses dans tes cheveux. Le petit nouveau vient de te demander la seule chose qu'il fallait te demander. Des informations. Tout ce que tu as, ce dont tu recèles, ce qui fait ton pouvoir ici, dans cette ville dont les bas-fonds, l'underground, est ton royaume.
Pourtant, il ne te laisse pas lui répondre. Aussitôt, comme s'il venait de réaliser à la seconde quelque chose d'énorme, il enchaine et rebondit sur ce sous-entendu fait plus tôt, à propos de ton dessin. Et tu ne peux t'empêcher de laisser échapper un léger rire amusé, un peu surprise d'une telle spontanéité.

" Je dessine, oui, entre autre. J'arrive à être très occupée quand j'ai du temps libre en fait. Je passe beaucoup de temps à traîner dans les rues de la ville et saisir tout ce qui s'offre à moi. En général, je préfère capturer l'humain, dans toute sa splendeur. "

Petite note ironique sur ces derniers mots. Tu esquives ton regard, observant un instant plusieurs groupes au loin, repensant alors à ces quelques mots que tu viens de prononcer. Tu n'as pas eu l'occasion de dessiner depuis un certain temps. Depuis que tu n'es plus "personne", le travail abonde, venant de tout sens et ne laissant que trop peu de répit à ton corps et ton esprit, parfois trop fatigués. Mais tu as d'autres moyens de t'échapper, ma Lily. Tu as toujours adoré le dessin, oui... Mais jamais aucune passion ne sera aussi grande que celle que tu entretiens pour ton violon.
Tu recentres alors ton attention sur le jeune homme, puis revient sur le sujet précédent. Tu sais que s'il t'a demandé conseil, c'est qu'il a bien entendu vraiment besoin de trouver un chez-soi à lui et qui lui convienne, et tu ne peux t'empêcher de saisir cette opportunité d'en découvrir un peu plus sur lui. Alors les mots finissent par s'échapper d'entre tes lèvres, et tu finis par donner réponse à ses interrogations.

" Le type qui tient l'auberge tient sans aucun doute un des commerces les plus florissants de la ville. La plupart des nouveaux débarquent à l'ouest, et il est le premier à leur offrir un toit. C'est facile de piéger des personnes qui n'ont pas la chance d'avoir déjà des contacts ici. Tu apprendras qu'il y a un certain nombre d'appartements disponibles dans les divers quartiers de la ville. Il suffit de demander à ton chef ou son administration de t'en procurer un.

Tu marques un petite pause, puis ajoutes finalement, avant qu'il n'ait l'occasion de réagir.

" Je t'accordes que c'est pas évident. Certains chefs sont difficiles à trouver, et pour ces histoires de location, c'est pas écrit sur le front des gens. Il y a encore beaucoup de choses qui ne sont pas au point dans cette ville. Tu le remarqueras très vite. A commencer par les relations entre les chefs. C'est même plutôt électrique en ce moment. Si tu veux un conseil, le mieux pour toi serait d'éviter de te retrouver impliqué dans ces affaires tout de suite. "


Tu te contentes de déverser des phrases qui pourraient le mener à se questionner sur différents points, et ton objectif, ma Lily, c'est de jauger un peu de sa curiosité, de son caractère. Va-t-il simplement balayer tes remarques et passer autre chose ? Ou bien te questionnera-t-il sur le moindre petit détail sur lequel il aura tiqué dans tes propos ? Tu restes relativement neutre. Tu n'entres pas dans les longues histoire des clans, il en a sans doute entendu parler, et s'il n'en a toujours pas rejoint, qu'il demande donc, cela te donnera plus d'opportunités d'essayer de le déchiffrer.

" Sinon, si tu manques d'argent, tu peux toujours essayer de dormir dehors. Mais dans ce cas, je te déconseille vivement de le faire dans le coin. "

Petite touche ironique, introduction des premières notions de survie. Le quartier ouest, ce n'est pas vraiment l'endroit le plus sûr de la ville. Pourtant, il y a beaucoup de choses intéressantes à voir et connaître ici. Tu es certainement la mieux placée pour le savoir, toi qui passes la majeure partie de ton temps accordé à la "flânerie" en ces lieux où débauche et bestialité sont les maîtres-mots. Mais tu as un avantage certain par rapport à ces adolescents, nouvelles recrues de la prison des jeunes. Tu es Elizabeth Hidwell. Tu n'es jamais à cours de ressource. Et tu sais comment faire tomber Alexander Taylor, comment manipuler Shinji Maeda, comment passionner Alessa ou même te jouer de Julian. Maîtresse d'un empire où l'information est ton arme, ta toile s'est déversée sur Pseudo City, et bénis soient ceux qui ne se sont jamais pris les pieds dedans.


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Refael Heydon
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MessagePosté le: Mer 12 Juin 2013 - 22:37    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

« Je me cachais pas spécialement de toi. » a-t-il à peine eu le temps de marmonner avant que la conversation ne suive son cours, et il n’a pas menti. Elle l’a regardé pendant qu’il dessinait, et il a croisé son regard, il savait qu’elle savait, mais il n’a pas feint l’indifférence, il n’a pas fait semblant d’observer un autre coin de ville pour qu’elle tombe dans le panneau et le laisse continuer à sa guise. Pour lui, c'était important de le préciser. Cependant, la jeune femme ne s’est pas attardée sur ce détail, alors il n’a pas insisté non plus.

Petit sourire qui accueille la plaisanterie, comme s’il comprenait parfaitement ce qu’elle a voulu dire par ce simple mot gonflé d’ironie, comme s’ils partageaient un trait d’humour qu’eux seuls pouvaient saisir, témoins consciencieux d’une réalité abjecte qu’ils tentent de retranscrire le plus fidèlement possible pour lui conférer une certaine beauté, figée dans le respect strict de ce que leurs yeux ont vu, ou leur neurones, déchiffré. Il en a gardé, des feuilles noircies de scènes dérangeantes qu’il évite lui-même de contempler à nouveau, parce qu’elles correspondent à un affect, une émotion bien spécifique et isolée dans le temps et l’espace, et que ce ressenti n’a plus rien à faire dans sa vie actuelle. Alors il sourit, mais il ne commente pas. Il n’en a pas envie. Il sait causer, même si parfois son cerveau a un temps de retard, il sait aussi quand il vaut mieux la fermer.

Authenticité. S’il y a bien un mot capable de le définir succinctement, c’est bien celui qui résume l’étrange sensation qu’il fait naître chez son interlocutrice. S’il voulait modifier sa personnalité pour endosser le rôle d’un autre, même temporairement, il y a fort à parier qu’il en serait incapable, ou qu’il serait grillé en moins de temps qu’il lui aurait fallu pour réfléchir à tous les stratagèmes à mettre au point pour donner le change. Naturel et spontané, il suit ses envies et impressions du moment, se laissant guider par elles au fil des jours et des minutes. Depuis le début de leur échange, et même bien avant, depuis qu’il a rivé les yeux vers elle et n'en a dévié que pour la tracer sans se presser, il se laisse bercer par les évènements et réagit sans prendre le temps de masquer ce qu’il est. Pas de mensonge, pas de dissimulation. L’aspérité brute d’un ado qu’aucune manigance ne vient polir. Et ce qu’il est, aujourd’hui, c’est un type sans domicile, paumé dans une ville sans aucun projet précis ni aucun endroit où il a prévu d’aller, où il peut se rendre parce qu’il sait quoi y chercher, et donc quoi espérer y trouver. C’est cette sincérité d’action qui l’a incité à ne pas la rejeter mais au contraire, à profiter quasi instantanément de cette approche imprévue, sans se poser davantage de questions, au cas où, de simple corps perdu dans le bordel environnant, elle pourrait devenir source de savoirs pratiques et de plans moins foireux que celui qu’il a trouvé en urgence. Et ça a payé, visiblement, parce qu’elle semble en connaître des trucs sur la ville, la brunette !

Elle parle, il l’écoute. Il boit ses paroles, attentif à chaque information que les propos peuvent renfermer, explicite ou moins évidente à capter, à chaque piste que les mots peuvent lui fournir pour déterminer ce qu’il fera, une fois son cahier rangé dans son sac et ses fesses décollées du banc. Surpris, aussi, par certaines connaissances qu’il effleure grâce à elle, sans avoir le loisir de les approfondir. Est-il possible qu’il soit si facile à cerner qu’une inconnue en sache autant sur les conditions de son arrivée que s’il les lui avait lui-même exposées ? Est elle simplement habituée à croiser des mecs comme lui, débarquant de nulle part sans aucun réseau ni astuces de base permettant de s’y retrouver dans cet endroit, dont beaucoup entendent parler mais que peu sont aptes à détailler tant qu’ils n’y sont pas eux même allés ? Elle me teste. Jure, elle me teste. Elle fait mine de répondre, de balancer des infos comme ça, à la volée, l’air de ne pas souhaiter en apprendre davantage sur lui, comme une bonne guide touristique qui déblatère son discours, ligne après ligne selon un ordre bien rôdé car maintes fois rabâché, mais ça colle pas. Il sait pas quoi, mais y’a un truc qui colle pas. Elle crève d’envie de l’entendre parler de lui, sauf qu’elle n’en fera pas la demande verbale claire.

Oui, mais lui, il ne sait pas faire semblant. Et puis, il a besoin qu’elle l’aide. Elle ou un autre, mais c’est elle qui s’est présentée et a établi le contact, elle qui détient une flopée de renseignements qui peuvent s’avérer nécessaires pour lui. Et puis, si ce qu’on dit est vrai, si les gens d’ici vivent dans leur petite ville et n’en sont dégagés que lorsqu’ils ont atteint un âge limite, il ne doit rien risquer de bien grave à confirmer qu’il vient d’ailleurs, il ne doit pas être le premier, et certainement pas le dernier. De toute façon, elle ne doit pas non plus être la seule à l’avoir déjà repéré.

«
Je vais pas te mentir, j’ai déjà dormi dehors plus d’une fois. Je compte plus les soirs où je rentrais et où la clé était dans la serrure, bien tournée pour que la mienne passe pas. Seulement là, ça me botte pas des masses, retrouver ce que je vivais avant, tout ça … sinon je serais pas là. Pour ce qui est des contacts, si je fais le compte, à part toi, j’ai déjà discuté avec … » Il mime la réflexion, agite ses doigts comme pour s’aider à compter mentalement. « … personne. Et on dirait que t’en connais un peu plus que moi sur comment la ville fonctionne, alors … J’aimerais bien que tu m’expliques un peu. Genre, c’est quoi cette histoire de chefs ? Les … supérieurs hiérarchiques au taff, truc du genre ? Si y'a différents quartiers, on est où là, à l’ouest donc ? Y’a quoi ailleurs ? »

Il pourrait continuer ainsi, poser d’autres questions, toutes celles qui lui passent par la tête et qu’elle amène par son attitude, mélange de méfiance et d’ouverture à lui, d’intérêt sans trop en montrer. Mais ça fait déjà assez, pour l’instant, déjà parce qu’il faut bien attendre de recevoir quelques éléments de réponse avant de pouvoir rebondir et renvoyer d’autres interrogations, ensuite parce qu’il se donne presque l’impression d’être … un creuvard, impatient et à l’affût de tout. Nouveau lieu de vie, nouvelles règles à intégrer. Nouveaux risques, nouvelles chances de s’amuser. C’est motivant, c’est clair, mais une chose à la fois. Alors en attendant de pouvoir assouvir sa soif de découvertes théoriques sur le cadre de vie où il a atterrit, il remue sur son siège pour pivoter face à sa voisine. Le pied droit glisse vers le sol tandis que le cahier est réajusté sur sa cuisse, maintenu par la même main qui retient déjà le crayon, le pied gauche est posé sur l’assise en bois, et le coude calé entre le genou et le dossier, main relevée et coincée sous son menton, doigts paresseusement pliés à moitié devant sa bouche, à moitié contre sa joue. Concentré, prêt à ingurgiter ce qu’elle voudra bien lui dévoiler.

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MessagePosté le: Ven 21 Juin 2013 - 14:54    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Il se tourne vers toi, s'adonnant une bonne fois pour toute à toi, t'offrant toute son attention, et son regard te perce, de part en part, comme si, après t'avoir donné une part de lui, il attend que tu fasses de même. Chacun attend quelque chose de l'autre. Il a vu clair dans ton jeu, ou bien s'est pris les pieds dans le piège. Mais tu discerne bien cette lueur qui anime son regard, et tu lis en lui cette once d'intelligence, de ruse, de malice. Bien sûr, ma Lily, il sait comment fonctionnent les courtiers d'informations, et même s'il ne sait pas forcément que tu es l'un d'entre eux, il est bien conscient que dans un milieu hostile ou inconnu, si l'on veut recevoir il vaut mieux donner en priorité. Habile petit renard. Il t'a donné tout ce que tu attendais de lui: des réponses, trop vagues pour être satisfaisantes mais pas assez pour être inintéressantes ; des questions, une flopée d'interrogations correspondant exactement à ce que tu voulais entendre. Tu comprends, vite et bien, qu'il est le genre de personne que tu espérais qu'il soit. Et tu aimes ça ma Lily. Tu voudrais pouvoir garder toujours un œil sur lui pour apprendre encore, découvrir un peu plus. Léger sourire.

" Tu n'auras pas à dormir dehors si tu rejoins un clan. C'est d'ailleurs la raison principale pour laquelle les nouveaux rejoignent toujours un clan: c'est eux qui fournissent les logements. "

Ta main gracile se glisse une fois encore dans tes cheveux, manie inaliénable qui est la tienne. Puis tu finis par te tourner vers lui toi aussi, déposant un bras sur le dossier du banc, ramenant une jambe vers toi. Tu l'avises un instant, toujours ce petit sourire vague flottant comme un fantôme sur tes lèvres. Ni toi ni lui ne vous êtes présentés, et pourtant il n'y a nulle gêne à la conversation. Il se fiche de savoir qui tu es, de toute façon il ne connait personne d'autre. Et tu apprécies cette insouciance éprise de vous deux. Petit être intéressant.

" Je vais essayer de ne pas te perdre dans les détails, puisque tu auras tout le temps pour les découvrir plus tard. Globalement, ce qu'il y a à savoir, c'est que la ville a été départagée en quatre clans qui ont chacun investi un quartier. Avant d'appeler ça des clans, on peut surtout les considérer comme des circonscriptions de la ville où chacun est supposé se retrouver selon ses propre spécificités. Pour te donner un exemple, comme tu l'as compris, ici c'est le quartier Ouest, territoire du clan des Sinewyers - ne va pas demander où ils ont été pêché leurs noms, j'étais pas encore là. Les Sinewyers sont principalement connus pour être des fauteurs de troubles, si on peut généraliser, ce sont des punks accro au sport, plus principalement au combat, et qui vivent de manière un peu anarchique selon la loi du plus fort. Tu fais une courte pause, plante ton regard dans celui de ton interlocuteur, puis reprend, accompagnant tes mots d'un vague geste de la tête. Assure-toi de ne pas prendre au mot tout ce que je te dis, ce sont des généralités, bien sûr. Aussi brutaux qu'ils soient, la plupart savent faire montre de tendresse quand personne les regarde. De simples êtres humains en phase de rébellion. Mais si tu veux un conseil, évite quand même de trop les fixer sans être sûr de pouvoir te défendre. "

Petit rire ironique, tu soutiens encore son regard. Il n'a pas l'air d'un Sinewyer. Il aurait pu, mais tu as cette impression que ce n'est pas un clan qui lui conviendrait. Mais après tout, peux-tu réellement juger... Toi qui as l'intellect pour être Brainstormer, la beauté et l'argent pour être Dashinger et la perniciosité du Sinewyer, tu t'étais pourtant amusée à rejoindre le clan le plus insignifiant. Psychologie inversée ou pitié, toi seul sait pourquoi tu as fait ce choix. Encore cette histoire de plan, sans doute. Tout n'est que plan, n'est-ce pas...

" Au nord, le clan des Brainstormers. Il est basé sur les capacités intellectuelles, principalement, étant donné qu'on trouve là-bas les bibliothèques et autres lieux du genre. Il rassemble les grosses-têtes, les nerds, les savants fous et génies incompris. Leur chef est un des piliers de la ville, Julian Hawksbury. Il a fait partie des premiers, et c'est sur son initiative que la politique de la ville a été mise en place et qu'on a pu s'organiser un peu. Quand la ville a des ennuis, en général, il fait ce qu'il peut pour l'en sortir... "

Tu laisses planer un court silence, finit ta phrase sur une touche qui signife "ça ne s'arrête cependant pas là", puis affiches un air alors un peu plus mutin. Tu ne comptes pas donner les véritables informations que tu as sur cette ville. Qu'il fasse ses propres choix, qu'il parte simplement d'une base la plus "vraie en apparence" possible pour découvrir par lui-même ce qui se cache au derrière, si l'envie lui prend. Tu ne veux pas l'isoler à ta propre vision des choses. Si un jour il veut se poser les bonnes questions, qu'il le fasse. Mais si jusque-là il veut vivre simplement, sans s'interroger, libre à lui de le faire. Il n'en sera que plus heureux.

" Au sud, les Dashingers. Ils n'ont eu de cesse de changer de chef depuis la création du clan, mais depuis plus d'un an ils ont enfin opté pour la stabilité. On l'appelle la Reine Rouge. Si tu la voyais... Cette femme est une vraie beauté. Elle aurait pu être Sinewyer si tu veux mon avis, mais elle a choisi Dash, et elle prend bien soin de son clan. Là-bas, c'est le quartier le plus branché de la ville, on y trouve principalement des top-model et des friqués. C'est un peu Manhattan.
Et enfin le quartier Est est aux Haughters. C'est un peu un clan fourre-tout. Tous ceux qui ne sont pas sentis appartenir aux autres clans ont fini là-bas. On y fait beaucoup la fête, le Chef est plus un grand frère qu'un chef, bref... Ils se prennent pas la tête. "


Il faudra qu'il ait choisi un clan avant la fin de la journée, s'i veut pouvoir espérer dormir au sec. Bien sûr, même sans avoir choisi, tu pourrais lui donner quelques adresses d'appartements vides qu'il pourrait squatter le temps d'en trouver un officiel. Mais tu n'es pas du genre à faire la charité. Tu préfères voir l'humain se démener pour obtenir un semblant de vie appréciable. Et tu ne doutes pas que tu apprécieras de le voir affronter la vie, lui, comme tous les autres jusqu'à maintenant. Il a l'air habitué, qui plus est... Il a vraiment su capter ton attention, ce petit homme aux mains d'artiste.

" Les chefs sont désignés par le clan, et ils dirigent comme ils l'entendent. En général, ils n'ont de compte à rendre à aucun autre clan, chacun est indépendant. Mais parfois ils doivent coopérer. Espérons qu'on n'en arrive pas là, cette année. Les chefs s'entendent pas vraiment entre eux, pour bon nombre de bonnes et mauvaises raisons. Et la Reine Rouge a dû se retirer quelques temps pour raisons personnelles ; les autres chefs ont choisi quelqu'un pour assurer la régence en attendant son retour. Tu en entendras parler sous peu, je crois.
... Bref. Quand tu sauras quel clan tu voudras rejoindre, il te suffira de te pointer dans le quartier, pour te faire recenser à l'administration, et ils te diront s'il y a des logements disponibles. "


Tu finis par te détourner de lui, pour la première fois depuis qu'i t'a posé ses questions, croisant de nouveau tes jambes, et laissant ta tête reposer en arrière sur le dossier du banc. Tu fermes tes yeux, incapable de regarder le ciel tant il est lumineux, puis après un bref silence tu ajoutes, nonchalante.

" Je pourrai t'accompagner si tu veux. "


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MessagePosté le: Mer 3 Juil 2013 - 20:58    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Voilà encore autre chose. Des clans ? Il n’en a jamais entendu parler jusqu’à aujourd’hui, mais cette notion lui plaît très moyennement. Il a peu d'infos sur une réalité que d’autres vivent ailleurs, dans d’autres pays, presque dans un autre monde, quand le quotidien n’est qu’apparences et affrontements, pouvoir sur l’autre et moyens de pression allant des simples menaces à un passage à l’acte qui nous envoie à la morgue quand on est chanceux, à l’hôpital quand on l’est un peu moins ... Peu d'infos, mais pas des plus encourageantes. Un coup d’œil circulaire lui confirme l’impression qu’il a eu en arrivant ici : aucune bagarre n’est en cours, aucune ne parait sur le point d’éclater. Les mecs roulent des mécaniques et les nanas se déhanchent, les grosses voix se répondent quand les ados ne se murent pas dans un silence emprunt d’intimidation. La tension se pressent mais ne s’exprime pas clairement. Mais en réponse à son air soucieux, peut être, la jeune femme à l’identité mystérieuse apporte une précision bienvenue. Comme pour le rassurer. Décidément, il est moins obscur encore qu’un livre ouvert. Des circonscriptions … Ca, ça lui parle un peu plus.

Mais déjà une autre question est soulevée. Et sa spécificité à lui, c’est quoi ? A peine arrivé, déjà obligé de se coller une étiquette sur la trogne et de se cantonner à un espace plus ou moins restreint ? Ca l’angoisse, un peu. Lui qui n’a jamais été foutu de se conformer à ce qu’on aurait voulu qu’il soit et qui n’est pas davantage capable de se caractériser précisément, devrait à présent s’identifier à un groupe, pour en plus ne plus pouvoir en sortir ? Ok, no stress. Y’a peut être pas d’quoi paniquer direct. Ouais, qu’il laisse la fille parler avant de se braquer et de se persuader que la ville n’est pas plus faite pour lui que celle qu’il a quittée.

Plus que d’éventuelles pistes sur la façon dont il va pouvoir s’intégrer à cet endroit, il se focalise sur les éléments susceptibles d’éveiller quelque chose en lui, de contredire ce sentiment de non-appartenance généralisée. Et ça commence plutôt mal.

Malgré son effort d’humour, la brune ne provoque pas même un tressaillement de lèvres chez l’ado attentif et luttant contre une impression de malaise grandissante. Il n’est pas du genre à foutre le bordel, s’il peut l’éviter. Qu’on ne s’y trompe pas : si l’on menace ses intérêts et qu’on s’en prend violemment à lui ou à ceux qui gravitent autour de lui, il n’est pas le dernier à brandir le poing. Mais de là à agresser le premier, il y a une marge qu’il estime énorme. Le sport, très peu pour lui, et la domination par la force … on aura bien perçu sa réticence vis – à – vis de ce fonctionnement. Il ne sera donc pas Sinewyer. Plus que trois possibilités avant de réellement désespérer.

Mais la suite ne l’enchante pas davantage. Des têtes d'ampoule ? Sérieux, il déboule là pour fuir un quotidien qu’on a tenté de lui imposer et auquel il n’a jamais su ni souhaité se plier, il a été mis à la porte pour avoir préféré la vie en extérieur aux heures penché sur des bouquins pour emplir de fierté le cœur de ses parents, alors rejoindre le clan des intellos ? No way. Plus que deux.

Elle mentionne une jolie fille. Là, il se dit que ouais, peut être. Quitte à s’associer à d’autres pour bénéficier d’un logement et d’occupations quelles qu’elles soient, autant allier l’utile à l’agréable, et avoir un canon pour voisine n’est pas vraiment le sacrifice le plus difficile à accepter qui soit. Jusque là absorbé par la bouche de la nana qui lui livre une foule d’informations comme autant de moyens de décision, son regard dérive vers le bas, vers son pantalon trop grand et ses Globes non lacées, et le verdict est sans appel : il n’a rien d’un model, encore moins d’un mec bourré de thunes. Dommage. Ca devient inquiétant, là.

Et enfin, le soulagement. Elle parle de désordre identitaire, de fête et d’amitié fraternelle. De simplicité, de vie à la cool et de rencontres tranquilles. De loisirs comme on le sent et, pourquoi pas, de continuation de ce qui l’intéressait avant de venir ici. Le clan sur lequel elle s’épanche le moins est, étrangement, celui dans lequel il se projette le plus. Sans doute imagine-t-il les choses comme il voudrait qu’elles soient et qu’il tombera de haut tôt ou tard, mais s’il faut absolument entrer dans le moule d’un clan, c’est dans celui des inclassables qu’il veut être.

«
Pourquoi ? Il s’est passé quoi les autres années, quand ils ont dû … coopérer ? »

La question lui échappe, nouvelle preuve de sa spontanéité, s’il en fallait encore une alors qu’il affiche un sourire débile depuis qu’il se fait à l’idée que la situation n’est pas aussi alarmante qu’il le pensait il y a quelques minutes. Hey, s’il doit rester, il doit aussi se renseigner sur les conflits présents et à craindre !

Mais elle se fait aussitôt plus distante, involontairement ou pour éluder le sujet, qui sait. Alors Refael l’examine. Pas comme on détaille une personne sur qui on se retient de sauter et sur qui les vêtements sont tellement superflus qu’on voudrait pouvoir les arracher avec les dents. Non, avec le soin de celui qui devine qu’il lui manque une pièce pour comprendre le puzzle complexe d’une autre âme, mais qui ne parvient pas à déterminer laquelle. Elle est belle, c’est un fait qu’il ne peut nier. Mais pas que.

"
Je pourrai t'accompagner si tu veux. "

Sourire. Fin de l’analyse visuelle. Retour sur le monde environnant.

«
Pourquoi pas. Je suis bien capable de me paumer et de me présenter au mauvais clan. Je sais pas comment vous fonctionnez là dessus, mais je vais éviter d’en essayer plusieurs avant de me décider, hein ! T’es libre, là maintenant ? Histoire d'être débarrassé de ce truc là. »

Comme une corvée, en somme, parmi tout ce par quoi il imagine devoir passer en tant que nouvel occupant des lieux. Mais revigoré par l’entrain qui revient en lui, il est déjà prêt à repartir avec un enthousiasme tel qu'on aurait du mal à croire qu'il se résignait à la déprime à peine quelques instants auparavant. Sans un dernier coup d’œil pour son œuvre décidément gâchée par ce fichu trait malencontreux, il rabat les feuilles de son cahier pour le refermer vivement, et coince le crayon dans les spirales, tout en sachant pertinemment qu’une fois celles-ci dans le fond du sac où il jette l’ensemble dans la foulée, elles perdront ledit crayon. Debout, une main aux doigts assombris de gris assure le maintien de la lanière épaisse sur son épaule où il l’a lancée, l’autre relève son futal dont la chute menace de dévoiler son calbut, tenant le rôle d’une ceinture pourtant présente mais à l’utilité peu concluante. Et qu’il puisse caler son interrogation dans l’instant ou sur le chemin qu’ils prendront si elle daigne mettre en action sa proposition, il ne peut s’empêcher de chercher à en savoir plus, encore plus, déjà.

«
Rassure moi, les logements des clans là, ils sont pas payants … si ? »

Oui, parce que c’est important, quand même. Et qu’on peut toujours rêver …

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MessagePosté le: Mar 23 Juil 2013 - 21:17    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Il est aussi attentif qu'un premier de la classe. Il te laisse à ta présentation de la ville, et il t'écoute, sans mot dire, certainement conscient que ces détails que tu lui présentes détermineront sa vie future dans cette cité d'ado en quête d'identité. Et il n'a pas l'air emballé par les deux premiers clans, non sans surprise. Après avoir échangé quelques mots avec lui, tu saisis que ni l'ouest ni le nord ne sembleraient lui convenir. Le sud, peut-être, il a le talent des quelques artistes qui résident là-bas, et s'il avait vu Alessa, il se serait sans doute senti chez lui dans ce quartier qui pourtant semblait prédestiné aux gosses de riches ou futurs botoxés. Petit sourire. Si Alessa avait été celle qui lui était tombée dessus, c'est clair qu'elle l'aurait embrigadé chez les rouges. Elle en aurait peut-être même fait son petit toutou, qui sait... Elle a ce truc qui donnait envie de la suivre, d'aller jusqu'au bout du monde même, si elle le demandait. Elle est devenue si belle et si indépendante ton Alessa. Un vrai bijou brut, plus reluisant que n'importe laquelle des pierres polies.
Peut-être qu'il choisira vert. Ca paraît probable, il n'a pas l'air du genre à vouloir se caser dans un groupe prédéfini et se conformer à des règles d'uniformité. Ca tombe bien. S'il a besoin de matériel à dessin, il n'aura qu'à demander. S'il a besoin de quoi que ce soit il n'aura qu'à demander. Il aura le statut de protégé. Tous les Haughters en jouissent. Tu ne t'en prends pas à eux. Pas pour l'instant en tout cas. Et pas directement, pour certains cas.
Mais il ne dévoile pas son choix, et s'enquiert plutôt d'une question qui semble le tarauder depuis un certain temps déjà: les conflits entre chefs. De quoi rédiger un mémoire, voire même une thèse tant les conflits sont nombreux. Et tu souris alors, amusée, avant d'esquisser un de ces soupirs qui indiquent qu'il y a long à dire.

" Disons que le problème vient avant la coopération, au moment où il faut trouver un terrain d'entente, un objectif commun. Pas pratique quand le chef bleu saute la protégée du chef jaune qui est en fait amoureuse des deux et que le chef bleu fait descendre une gosse de 16 ans témoin de la tromperie de la protégée jaune. Sans compter sur Alessa qui aime bien foutre le bordel partout où elle passe, mais ça c'est parce qu'elle est la Reine, et qu'elle peut tout se permettre. Quant au chef vert, a priori il s'entend avec tout le monde et personne à la fois, il ne rend aucun compte. Par contre, mettez-lui un jaune sous le nez, pire, leur chef, et c'est le début d'une guerre nucléaire. Le genre de relation viscérale contre lesquelles on peut rien faire. "

Tu jettes un coup d'oeil à ton interlocuteur, guettant sa réaction, puis émet un petit rire amusé.

" Il me faudrait plus d'un après-midi pour te résumer les histoires entre chefs. Pour l'instant, tu ferais mieux de te contenter d'essayer de retenir les noms de clans, les codes couleurs - nord/bleu, sud/rouge, ouest/jaune et est/vert -, les noms des chefs et éventuellement leur tête. Pour le reste, si ça t'intéresse encore, tu pourras demander aux piliers de bars ou te payer les services des informateurs de la ville. "

Regard en coin, ce sourire fin qui persiste sur ton visage. Ce garçon te plaît décidément de plus en plus. Cette curiosité, cette spontanéité, sa façon de parler, de se tenir, d'être tout simplement. Tu as comme cette envie soudaine de le garder sous ton aile, de lui donner un rôle. Ou au moins de l'utiliser pour les rares moments de détente que tu peux encore t'offrir. Tu détournes le regard. Oui. Si tu pouvais garder quelqu'un comme ça près de toi... Si tu pouvais.
Et puis le gosse - même s'il n'en est plus vraiment un - accepte ta proposition de l'accompagner pour s'occuper de toute sa paperasserie. Il a visiblement fait son choix, et semble même inquiet d'avoir fait le bon. Compréhensive, même si tu n'avais jamais eu à en passer par là, tu te relèves dans la foulée en ajoutant:

" T'en fais pas. si tu te sens vraiment pas bien dans le clan que tu choisis, tu es libre de préférer passer plus de temps dans un autre. Cela dit, on n'a encore jamais eu affaire à des changements de clans. Les insatisfaits préfèrent sombrer dans l'anonymat et disparaître. Va savoir... Peut-être que certaines personnes n'apprécient pas les déserteurs. "

Tu le taquines, mais ne veux pas le lui faire comprendre trop vite. Alors tu laisses quelques secondes planer, alors qu'il relève son pantalon et range ses affaires dans sa besace avant de lui adresser un sourire presque narquois et, sans doute, amusé. Tu sais pertinemment qu'il n'a rien à craindre si, comme tu le penses, il s'oriente Haughter. Tu veilleras sur lui, d'autant plus maintenant que tu en découvres un peu plus à son sujet.
Glissant un main lascive dans tes longs cheveux auburn, tu lui fais signe de te suivre alors que tu commences à te diriger vers le quartier central. Il t'a en effet semblé évident qu'il ne choisirait pas Sinewyer. Pourtant, son orientation est encore officiellement inconnue.

" Si je t'ai proposé, c'est que j'avais du temps, alors autant en profiter. Par contre, si tu veux pas que je t'inscrive dans le mauvais clan, je pense qu'il vaudrait mieux que tu me dises officiellement lequel tu choisis. Ça nous évitera de te coller une étiquette jaune quand tu optes pour les verts... Vu les tensions entre les deux, ça finirait pas très bien. "

Alors que le tintement de tes talons retentit de nouveaux sur les pavés de la ville, tu adresses un dernier regard à l'un des groupes qui traînaient sur la petite place avant de quitter les lieux. Sur encore quelques pâtés de maison, il n'y a pour ainsi dire que des résidences et logements, peu de commerces ou endroits à connaître. Plus loin, tu ferais une brève visite guidée à ton nouvel ami, lui indiquant quelques lieux qu'il était bon de remarquer ou connaître. Le Bar de Louis, quand vous passerez devant et les ruelles, surveillées par un contrôle au corps parfois nécessaire, aux frontières du quartier.

" Tensions récentes. Aucun Brainstormer armé n'entre chez les Sienwyers. Et les Sinewyers sont interdits de séjour chez la Reine Rouge. Si tu te fais des amis, essaie de les prendre bien placés, ou au contraire distants de toutes querelles. "

Tu l'avertissais des principales tensions à connaître. Aller dans le fond des choses ne serait pas utile, mais s'il voulait éviter les ennuis, mieux valait qu'il en sache un minimum. La ville était loin d'être un havre de paix, et si en ces heures chaque chef se concentrait sur la drogue, tu étais très bien placée pour savoir que tout cela n'était déjà plus qu'une bombe à retardement. Un jour, l'un d'entre eux découvrira un élément crucial. Et ce jour-là, il te faudra être prête à en assumer les conséquences.
Et alors que vous avancez vers le centre de la ville, tu continues de lui donner quelques renseignements utiles. Jusqu'à ce qu'il finisse lui-même par te poser une question, et des plus intéressantes.

« Rassure moi, les logements des clans là, ils sont pas payants … si ? »

Les tintements s'arrêtent, et tu te retournes vers le jeune homme. Amusée, tu penches légèrement la tête sur le côté, un sourire indescriptible flottant sur ton visage. Evidemment... Quelle question. Elle paraît évidente tout en ne l'étant absolument pas.

" Tu comprends bien, j'imagine, que pour faire fonctionner une ville, il faut que des personnes travaillent. Et pour que ce soit égalitaire en tout point, il y a, ici aussi, un système de rémunération. "

Te voilà qui l'avises alors à nouveau. Sondeuse, silencieuse un instant.

" A l'administration, ils pourront te proposer deux trois choses. Sinon tu peux faire la tournée des commerces et des institutions. Comme tu dessines, tu pourrais aussi essayer de vendre, ça se fait pas mal au quartier central. Ou alors... "

Petit sourire amusé, puis tu reprends ta marche vers le centre, t'invitant à le suivre, avant de reprendre presque aussitôt.

" C'est une option qui peut être difficile à obtenir, surtout si tu ne connais personne ici. Mais tu peux aussi de trouver un bienfaiteur. Quelqu'un qui trouve en toi un certain intérêt, pour qui tu ferais certains travaux, et qui t'entretiendrait presque complètement. Ca dépend d'une personne à l'autre, mais il y en a quelques-uns comme ça en ville. Mais bien sûr... Ça dépend de jusqu'où tu es prêt à aller pour un toit et trois repas par jour. "

Encore un test, encore un piège. Sauf que cette fois, ce ne sont pas les réactions sur son visage que tu guettes, mais les oscillations de sa voix, les fluctuations de sa marche, les mots qu'il choisira.

Alors, mon beau... Jusqu'où serais-tu prêt à aller pour vivre comme un roi ?


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MessagePosté le: Mer 24 Juil 2013 - 22:11    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Cette fois encore, là où d’autres l’auraient envoyé bouler pour le remercier de ne pas toucher qu’à son cul, elle accepte sa question et y accorde de l’importance, prenant le temps de compléter le savoir théorique qu’il enregistre depuis qu’elle est là. Le hasard aurait pu le guider vers la personne la plus inutile du coin, mais il a préféré lui amener cette fille. Ce puits de connaissances et d’expérience qui ne semble rien attendre en récompense que les nouvelles interrogations de l’ado. Ça ne tardera peut être pas, mais qui sait, hein ? Elle a le don de rendre vivante une ville qui n’était attractive que par son côté original et libertaire, la faculté de donner envie de se projeter, de conduire à cette projection avant même d’en avoir conscience.

Finalement, ici ou ailleurs, c’est le même topo. Le même bordel partout. Les mêmes querelles entre humains qui se côtoient trop longtemps pour rester de simples figures dans le flou, ado ou adultes, la même merde. Mais ici il n’y a pas d’adultes, voilà la différence. Ici, on choisit ce qu’on veut faire, qui on veut rejoindre. Conneries. Ici, c’est pareil qu’ailleurs, voire plus tendu du fait des hormones qui boostent le corps et l’esprit de jeunes cons idéalistes. Ouais, mais elle a su le captiver. Le capturer.

«
Je vois » marmonne-t-il avec un vague sourire quand elle le regarde. Sans plus. Et elle n’a pas besoin de plus pour enchaîner, à croire qu’elle kiffe exposer son savoir à un auditoire restreint mais vigilant. Ses infos sont versées au compte gouttes, mais si elle incite à chercher d’autres informateurs, tout, de son attitude à son empressement en passant par ses yeux prétendument indifférents, hurle qu’au contraire elle brûle de délivrer elle-même ces renseignements car ici, c’est elle qui sait ce qu’il faut savoir.

Les regards s’échangent au rythme des bons tuyaux, mais Refael n’y voit que ce qu’il ressent lui-même. De l’intérêt, certes, mais rien qui ne dépasse le contact purement basique entre deux personnes qu’aucune perspective d’avenir commun ne vient altérer. Avec certaines, il ne s’embarrasse pas de minauderies et de belles paroles, direct dans pieu et dehors aussitôt fini, de toute façon elles ne veulent que ça et ne dévoilent que cette partie d’elles, la plus privée qu’elles proposent à qui veut bien en bénéficier, l’intimité devenue publique. Avec elle, il n’en est pas là. Nouveauté des lieux ou fatigue générale, l’idée ne l’effleure pas, et elle ne l’éveille pas non plus avec une quelconque allure d’allumeuse prête à écarter les cuisses pour un sourire.

"
Peut-être que certaines personnes n'apprécient pas les déserteurs. "

«
Pas de risque. »

Non, pas de risque. Le choix a été long, du moins à ses yeux, et c’est pas le seul domaine pour lequel il met parfois un moment avant de se décider. La plupart du temps, c’est plus évident. Dans un cas comme dans l’autre, une fois sa sélection déterminée, il ne change pas d’avis. Rythme de vie, loisirs, gagne pain ou relations, il se laisse bercer par son feeling et se donne sans compter. A fond, peu importent les conséquences et les mésaventures qui pourraient modifier son point de vue. Live and see, voilà quel pourrait être sa devise s’il avait l’idée de s’en coller une.

Ce n’est que lorsqu’elle le souligne qu’il se rend compte qu’effectivement, il n’a pas soufflé mot sur le clan qu’il désirait rejoindre. Comme si c’était tellement logique qu’elle aurait dû s’en douter toute seule. La perplexité laisse vite la place à l’amusement sur son visage, un air plus discret que ce qu’il a laissé entrevoir de lui jusque là. Il a mémorisé. Quartier Ouest, quartier des gros bras prêts à se foutre sur la tronche pour la moindre raison. C’est peut être caricatural, mais n’empêche. Loin de la jovialité que la fille a pu noter chez lui, il adopte un air sérieux que ne dénaturent pas ses iris suivant ceux de la belle puis circulant alentour, moins avenant sans se faire passer pour la plus grosse brute du territoire. Il paraîtrait ridicule, d'autant qu’un fin sourire ponctue l’ensemble.

«
T’es quoi toi, Sinewyer ? » Oui, il l’imagine bien Sinewyer, ses talons et ses vêtements associés à son allure aident à créer cette impression de beauté qui se la raconte un peu et a appris à jouer de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut. Elle n’en abuse pas et ne tombe pas dans la vulgarité, il doit bien lui reconnaître ça, mais quand même. Elle a bien une tête à être du Sud.

«
Enfin, osef je suppose. Tant que ça t’empêche pas de m’accompagner … Conduis moi chez les Haughters, je veux voir où ils crèchent. »

La suite le confirme, elle ne tarit pas de détails précieux et d’instructions salutaires confiées comme les conseils qu’on file à un bon pote pour lui éviter de tomber dans un sale piège, et seuls quelques assentiments grognés font vibrer sa gorge sans qu’il n’ouvre plus la bouche. Jusqu’à cette question qui la fait stopper net. Il ne s’en aperçoit pas immédiatement, et s’arrête quelques pas plus loin avant de pivoter sur lui-même et de la sonder en silence, sourcils froncés et moue dubitative de mise.

Vendre ses dessins ? Quelle idée ! Ses esquisses sont faites pour demeurer privées, gardées par lui-même ou offertes à celui ou celle qui lui a suggéré un croquis verbalement ou non. Comme elle, si toutefois l’œuvre avait été réussie. Mais les marchander ? «
Je vends pas ça » contredit il platement, la poussant vers une autre option qu’il écoute en reprenant sa marche à ses côtés. Une option face à laquelle, cette fois, c’est lui qui met fin au déplacement, allant même jusqu’à entourer le biceps féminin d’une poigne douce pour être sûr qu’elle ne lui fausse pas compagnie sur cette mauvaise blague.

«
Attends, t’es sérieuse là ? Je rêve pas, ça ressemble à un truc de gigolo ton plan. Me foutre à quatre pattes et faire le ménage pendant qu'une nana ou un mec se rince l’œil avant de me jeter dans son pieu en échange de bouffe et d’argent de poche ? Je sais pas combien sont là dedans ici, mais compte pas sur moi pour te suivre dans ce trip là. Tu déconnes … Je préfère encore dormir dehors et bouffer une fois par jour ou moins, tiens. J'me demmerderais pour trouver des thunes, t'occupe. »

Elle veut l’évaluer, il ne le sait pas, à vrai dire qu’il s’en cogne royalement, cependant elle va être servie. Sa voix s’élève par endroits, se fait plus feutrée à d’autres et ne se calme que sur la dernière phrase, comme résignée, attestant de l’incrédulité que provoque la perspective en lui, comme une réalité qu’il voudrait ne pas comprendre mais qu’il saisit quand même. Ses mots sont bruts, dénués de toute réflexion, proclamation assurée de son refus de prêter son corps contre un confort dont la honte lui interdirait tout profit. Ses traits sont fermés, gage de sa réticence et de … la déception ? C’est ça. Ses prunelles roulent vers le ciel quand elles ne se vrillent pas sur celles de la jeune femme. Il ne la pensait pas comme ça. On peut se tromper lors d’une première discussion, mais malgré tout, il voyait cette fille autrement que concernée, de près ou de loin et dans un rôle ou un autre, par ce jeu étrange et dérangeant où le sexe ouvre des privilèges. Très peu pour lui.

Il soupire longuement et détourne les yeux. Il a haussé la voix et c’est pas le meilleur quartier pour ça. Et puis, elle lui est encore nécessaire. Pas indispensable, mais elle peut lui éviter de tourner en rond pendant des heures. Alors après un dernier regard faussement neutre, faiblement rancunier, il recommence à avancer.

«
Tu m’aides quand même, même si je me dessape pas après, ou j’me débrouille ? »

Sanguin, l’ado ? Elle voulait de l'authentique, de la sincérité, non ?

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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Jeu 25 Juil 2013 - 11:05    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Vos pas résonnent dans le quartier jaune, qui peu à peu se repeuple alors que le soleil entame lentement sa descente sur l'ouest. Tu reconnais des visages, certains te fixent, d'autres t'évitent, mais la plupart sont surtout indifférent, ne prêtant pas la moindre attention à une femme déjà accompagnée. Tant mieux. Maintenant que tu as trouvé ce nouveau jouet - qui n'en est pas vraiment un, disons-le bien -, tu ne désires plus être dérangée. Simplement là, seule, enfermée pendant quelques temps dans une bulle solitaire avec ce nouveau venu. Un instant tu te surprends à te demander l'âge qu'il pourrait bien avoir, car, après tout, il est clair qu'il est très loin de ne faire que les seize ans habituels des freshmen. A dire vrai, il a l'air d'avoir ton âge, vingt-deux ou vingt-trois ans bien tassés. Tu t'imagines mal lui en donner plus, puisqu'il n'aurait alors aucune raison de rester ici. Voilà donc un mystère qui t'intrigue, mais dont tu auras la réponse bien assez tôt, sans doute.
Et puis le voilà qui te demande ton appartenance. Sinewyer, hein ? C'est vrai que pourrais très bien être de chez eux, ma Lily. tu as ce côté sauvage, félin, dangereux. Pourtant il a tort. Ni de l'Ouest, ni du Nord, ni même du Sud - ou en tout cas, pas tout à fait. Contrairement à lui, tu as choisi le clan qui semblait te convenir le moins. Choix rationnel quand on en connaît les raisons. Sans doute viendra-t-il à comprendre... Plus tard.

" Les Haughters, hein... Je m'en doutais un peu, peut-être à tort cela dit. C'est parti alors, allons conquérir l'Est. "

Un vague sourire flottant sur tes lèvres sanguines alors que tu ne prends même pas la peine de réponse à sa question. Il saura bien assez tôt quel clan est le tien, de toute façon, alors pourquoi presser les choses.
Vous prenez alors la direction du quartier est, ce qui, en vérité, ne change pas de la direction que tu prenais jusque-là. Et tu l'entends te dire qu'il ne vendra jamais ses oeuvres, platement, sèchement, et tu souris, ma Lily, tu souris, parce que c'est là exactement ce qu'il fallait répondre. Il chérit son art, et quelque soit la situation n'en fera pas commerce. Bon point pour lui. Bon point pour toi.
Et le sujet qui fâche est abordé. Seconde phase du test.
Tu entends ses pas cesser. Très léger sourire, dissimulé de lui. Tu sens sa main s'emparer de ton bras, reprends un air impassible, t'arrêtes, te tournes vers lui. Tu plantes tes yeux dans ses prunelles presque dorées, splendides à la lumière tombante du soleil de fin de journée. Et tu l'écoutes t'étaler son point de vue sur l'idée de vendre son corps pour un toit et de l'argent. Et le ton de sa voix monte, puis redescends, fluctuant comme s'il hésitait entre se laisser aller à l'indignation et rester raisonnable pour ne pas perdre son guide. Peut-être qu'il craint de se faire remarquer dans ce quartier, cette jungle sauvage. Et pas une fois tu ne décoches un seul sourire, tu te contentes de le fixer, sans mot dire, de la froideur émanant de ton visage, rajoutant soudainement à cette prestance qui était déjà tienne mais dont tu t'étais quelque peu défaite pour attirer l'animal en ton piège. Et par moments, tu sens sa main resserrer son étreinte sur ton bras, inconscient, puis relâcher doucement. Et lorsque tu considères qu'il a terminé de parler, tu retires ce bras de cette étreinte, sèchement, mais sans doute moins que ce qui se serait attendu. Tu l'observes rouler des yeux, se détourner de toi, reprendre sa marche. Et alors qu'il te tourne déjà le dos, il persiste à te demander de l'aide, bien qu'il n'y aura aucun déshabillage en retour.
Main lascive dans tes longs cheveux, regard fixé sur sa silhouette, sourire satisfait.
Tu t'avances vers lui, reviens à son niveau, plantes ton regard sur son visage alors que tu le dépasses, te places devant lui, poses une main sur lui, l'arrêtes.
Vos regards se croisent et s'entrelacent, encore, et pourtant, de façon si différente que plus tôt. Ses iris, si clairs, si beaux, rendent les échanges toujours plus désirables. Et tu remontes ta main à sa gorge, te saisit de sa nuque, l'agrippe doucement, et tu rapproches doucement ton visage. Ni trop loin, ni trop près. Juste assez pour qu'il ne voie que toi. Toi, et rien d'autre, qu'il se perde dans tes iris, oublie ses propos, s'enveloppe de ta présence.
Et tes lèvres viennent s'étirer doucement en ce sourire étrange que tu ne lui avais pas encore montré, mélange de satisfaction et de provocation, aura mystérieuse dont tu espères qu'il saisira le sens.

" J'aime cette authenticité et cette honnêteté. Alors, disons que je t'aide... surtout si tu ne vends pas ton corps, en fait. "

Tu soutiens encore une dernière fois son regard, puis te retires, reprends la route. Vous quittez le territoire Sinewyer. Et cette attitude, lascive, cette démarche, tête haute, fière, ce regard, ensorceleur, t'animent, comme si ta simplicité s'était évaporée. Et les regards de nouveaux se posent sur toi alors que vous traversez le quartier central, certains visages se baissent, te salue poliment, mais tous restent quelque peu distants.
Et vous pénétrez enfin ce quartier qui est ta maison. Et là les sourires s'étreignent de ta présence, les salutations sont plus chaleureuses, parfois encore un peu timides.

" Dis-moi... Pourquoi choisir les Haughters ? "

Dernière phase de test. Tu connais déjà les grandes lignes de la réponse, mais tu as besoin de savoir. Vous pénétrez tout juste les lieux où son recensement se fera. Alors avant cela, tu veux savoir. De toute façon... Il a déjà répondu bon partout. Pourquoi échouerait-il au dernier rempart... ?
Le bâtiment rassemble divers services, tous liés à la gestion du quartier. Tu passes devant un bureau, te fais saluer, récupère un formulaire, le tend au nouveau venu. Tu lui désignes un stylo plus loin, déposé sur une petite table. Il n'a qu'à remplir ce simple morceau de papier, puis les renseignements seront enregistrés. Il ne le sait pas, ni même les personnes qui travaillent ici, mais les renseignements seront aussi automatiquement rapatriés sur ton serveur personnel.
D'ailleurs, à ce propos...

" Tu sais te servir d'un ordinateur ? Ca pourrait t'être utile pour trouver un boulot. "

 

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MessagePosté le: Ven 26 Juil 2013 - 23:55    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

La réaction de la belle ne se fait pas attendre, surprenante dans son absence totale. Aucune émotion ne se plaque sur le visage qu’il a tourné vers lui, ni étonnement, ni colère, ni l’amusement qu’elle lui a plusieurs fois montré jusque là. A l’opposé de lui qui n’est pas fichu de masquer ses affects et de les déguiser. Est-ce qu’elle joue ? C’est pas important, tant qu’elle le laisse finir d’exploser sans trop de dégâts, et c’est ce qu’elle fait, alors il tempère ses propos sur la fin. Ca ressemble à une clôture du sujet, aussi équivoque que le fait de continuer sur leur lancée, avec ou sans elle. Mais ça serait mieux avec elle, parce qu’il ne sait pas qui elle est ni ce qu’elle est dans ce système qu’il va devoir apprivoiser, mais il suffit de mater les tronches autour d’eux pour deviner que si beaucoup la connaissent, peu sont envieux d’avoir affaire à elle. Elle n’est pourtant pas de mauvaise compagnie, pour l’instant. Quoi alors ? Ils ont des dettes, des faveurs à lui rendre ? Tous ces gens ? C’est une garce de la pire espèce ? Quelle que soit la raison de la distance conservée comme un bouclier, il est clair qu’il vaut mieux l’avoir dans la poche que sur son dos, s’en faire une pote qu’une adversaire. Et plus que tout, elle a déjà prouvé qu’elle pouvait lui être utile, si c’est de la parlotte il aura tout le temps de la mettre au pied du mur un autre jour. Pour l’heure, il serait débile de la distancer, et son coup de sang lui semble bien stupide maintenant qu’il remet un pied devant l’autre et qu’il réalise qu’il ne veut pas qu’elle le plante, en fait. Ouais, mais elle l’a énervé. Est-ce qu’il a une gueule de prostituée, sérieux ?

Il relance, et elle ne répond plus. Mais elle réduit l’écart, chose aisée puisqu’il se forçait à garder une démarche lente pour ne pas donner l’impression contraire à ses intentions, et lui coupe la route, le forçant à camper sur ses deux pieds et à patienter pour connaître la suite des évènements. Mains fourrées dans les poches, jambes légèrement écartées, sac à dos recentré vers son cou par un brusque mouvement d’épaule, tête inclinée de quelques degrés sur la gauche et focale rivée sur le visage féminin, l’attitude parfaite du curieux détendu, de l’ado qui se fout de tout et va parfois jusqu’à trouver la vie particulièrement chiante, mais qui ne s’arrachera pas tant qu’il ne saura pas ce qui se trame sous la caboche de ses interlocuteurs. En l’occurrence, d’une fille un peu tordue qui le déconcerte par son action imprévue.

Il pourrait l’embrasser. Il pourrait tomber dans le piège qu’elle lui tend et réduire à néant l’espace qu’elle laisse exister entre eux, exaspérant et affolant. L’idée lui caresse les neurones, fugace, presque insaisissable. Il pourrait s’y plier, c’est sûr. Et pourquoi pas, après tout ? Cette nana joue un rôle, de la comédie se glisse dans son comportement et ça intrigue Refael, en grande partie parce qu’il ne sait pas si le rideau s’ouvre quand elle est amicale ou quand elle se veut manipulatrice ... La voir brouiller les pistes de secrets qu’elle ne veut pas davantage dévoiler que lui n’a envie de causer des siens, l’interpelle et emplit leur échange d’une tentation toute nouvelle. Mais il ne le fait pas. Allez comprendre. Au lieu de baisser la tête pour joindre leurs lèvres, un réflexe de protection le pousse au contraire à se braquer, à se raidir sous l’emprise de sa nuque et à se tenir plus droit en réponse à l'infime frisson qui le trahit. A croire que son corps avait compris avant lui la nécessité de renvoyer ses hormones au panier.

Il se sent mieux quand elle s’éloigne, revenant sur un terrain moins escarpé que celui sur lequel elle l’a mené juste avant. Je hais les filles. Menteur. Les filles sont des chieuses, mais les plus compliquées sont les plus attrayantes sur bien des tableaux. Elle regagne son costume de démonstratrice experte en hauts talons et déhanché subtilement maîtrisé, pendant qu’il se débarrasse de l’activité trop importante de sa matière grise au profit d’un humour décalé et quelque peu vantard, mais libéré de toute tension.

«
Hey, tu crois quoi … Mon corps c’est comme mes dessins, ça se vend pas. Ca se gagne, ça se mérite, ou ça se caresse des yeux si j’ai pas décidé qu’on y poserait les mains. »

A nouveau, elle se dandine, et peu à peu les coups d’œil qu’on lui adresse discrètement changent de teneur, de la méfiance polie à la timidité réservée à ceux qu’on ne connaît pas assez pour être familier, en allant jusqu’à l’enthousiasme non feint. Un détail cependant reste identique et a son importance aux yeux de l’ado qui le constate non sans surprise : ici comme dans les autres endroits de la ville, on n’interrompt pas leur progression. Bon sang, mais qu’est ce qu’elle a, cette gonzesse, pour être à la fois crainte et respectée par tous ceux qu’ils croisent ? C’est la question qui martèle son esprit lorsqu’elle y ajoute la sienne à haute voix, et Refael doit faire demi tour et accumuler plusieurs grandes enjambées pour revenir à son niveau, absorbé par sa curiosité il en oubliait de ne pas se laisser semer.

«
Pourquoi les … ? Parce que les autres me tentaient pas. »

Un choix par défaut qu’il affirme sans honte ni tact, à elle de s’en vexer ou non. Il n’a pas envie d’en dire plus, il s’est déjà énormément dévoilé pour quelqu’un qui préfère se faire discret et inciter les autres à parler pour ne pas avoir à le faire lui-même. D’habitude, il est doué pour ça. Mais d’habitude, il ne déboule pas dans une ville où il n’a pas ses marques. Quelques jours, sans doute, et ça sera bon. Pour le moment, il ne se sent pas de disserter en long, large et travers des attentes et motivations qu’il place en son recrutement à venir.

«
Merci » souffle-t-il machinalement en attrapant la feuille sur laquelle il baisse aussitôt le regard, une lueur d’inquiétude furtivement lisible sur ses traits rapidement détendus. Tout va bien, il n’a pas à trop écrire, et les informations à fournir ne demandent que peu de précision, rien qu’il ne soit capable de griffonner. Car c’est bien ainsi qu’on peut qualifier les tracés qui noircissent la feuille qu’il tend directement à la personne chargée de l’accueil sans un regard pour son accompagnatrice, de longues minutes après s’être assis sur la chaise désignée, longs cheveux noirs décorés d’une mèche rouge passé ramenés sur le côté et maintenus par une main aussi crispée que celle qui maintient le stylo, cette même main qui œuvrait si délicatement lorsque sa mine dessinait. Il n'y a pourtant rien de bien compliqué à inscrire, son identité civile, sa date de naissance indiquant qu'il lui faut encore attendre neuf mois avant d'atteindre sa vingtième année, ainsi que la date de son arrivée et celle du jour même, raturée et corrigée. Pour ces quelques malheureux renseignements majoritairement chiffrés, visage et main se contractent, et l'ado est mal à l'aise.

" Tu sais te servir d'un ordinateur ? Ca pourrait t'être utile pour trouver un boulot. "

«
Je sais, ouais. Je suis pas un expert mais j’me débrouille. Mais je pensais … Je devrais peut être attendre un peu. Me poser, apprendre un peu comment ça marche ici, tu vois ? Et dormir ! Sérieux, j’ai l’impression de pas avoir dormi depuis des mois. Du coup, le plus urgent là, c’est le logement. De là je verrais ce que je fais. C’est ici aussi que je vois pour un appart’, si j’ai bien suivi ? »
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MessagePosté le: Lun 29 Juil 2013 - 20:15    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

La crispation sous ta main, ce corps qui se fige et se braque, et qui pourtant lorgne sur ces lèvres dont le rouge attire, fruit de péché, dangereux et pourtant si délicieux. Non, ma Lily, ce corps-là ne se vend pas. Aucun portefeuille ne serait assez garni pour pouvoir se l'offrir, car tu sais que ce corps désirable, ces yeux comme parsemés d'or et cet air désinvolte, absent et pourtant curieux de tout ne saurait seoir à tout importun désireux de sauter le garçon. Il se dit comme ses dessins, et il y ressemble, c'est bien vrai. Une grande part d'ombre, et une toute aussi grande part de délice.

« [...] Ca se gagne, ça se mérite, ou ça se caresse des yeux si j’ai pas décidé qu’on y poserait les mains. »

Un sourire en coin. Rien de plus. C'est là ta réponse. Ce sourire qui interroge, à la fois incompréhensible et trop facile à déchiffrer. Un sourire qui pourrait ne rien dire. Pourtant celui-ci n'est pas dénué de sens. Et ton regard qui soutient le sien, observe ce visage d'albâtre, caresse un rapide instant le reste de ce corps nonchalant. Oui. C'est là ta réponse ma Lily. Comme tu le fais depuis le début, tu continueras alors de caresser cet homme, de tes yeux d'abord... Peut-être de tes jeux et d'autres choses encore plus tard. Tu es la reine sur l'échiquier. Immobile sur les premiers temps, puis libre de tout, maîtresse sur le terrain.
Et lui alors... Quelle pièce est-il ?
Et plus le temps passe et plus le garçon s'offre tes faveurs. Il n'en sait encore rien, mais petit à petit les plans se forment, sa place dans cette ville se fait plus nette. Tu as envie de soumettre cet oiseau à ta volonté, et espère en silence qu'il ne s'y pliera pourtant pas. Antinomiques sentiments. Ce Haughter là est fait pour rester près de toi. Il passe les obstacles que tu poses en travers de sa route avec une simplicité déconcertante, seul soumis à sa spontanéité et cette honnêteté, exquise en tous points. Une perle rare. Un caillou brut. Parfait. Idéal.
Assis à sa table, la main crispée sur le stylo, tu l'observes, sans mot dire. Tu te souviens de la souplesse de son poignet, plus tôt, alors qu'il tirait les traits de ta silhouette sur le papier. Une dextérité certaine, une aisance manifeste. Et le voilà enfant qui apprend encore à écrire, la main enserrant la plume comme si elle était le dernier fil qui le raccrochait à la vie. Qu'as-tu peur d'écrire ? Pourquoi cette peine ? Quelle différence entre le stylo et le crayon, pour toi ? Pourquoi ? Pourquoi...
Tu veux savoir, tu veux apprendre. Tu veux que ce regard, splendide, te dises tout de son détenteur. Que ses mains te dévoilent les secrets dissimulés de cet être qui en détourne si facilement l'attention. Il semble éveiller chacun de tes sens, les attiser comme on attise un feu. Et feu tu es, brûlante de cette envie de placer ce garçon sur ton échiquier.

Il rend le formulaire, répond à tes questions. Il est simple alors que tu es pleine d'arrières-pensées et de tests. Il détestera sans doute cette manipulatrice que tu es. Beaucoup d'autres l'ont détesté et la détestent encore. Mais tu n'en as cure, lui seul occupe ton esprit pour l'instant. Il finira forcément par s'éloigner de toi de toute façon, aussi près soit-il de toi. Tu es l'aimant qui change de polarité. Ils finissent tous par s'éloigner.

" Et maintenant, regarde par là. "

Tu pointes un objet noir accroché au mur derrière la jeune femme qui a pris son formulaire. Juste en face de vous deux, sous l'horloge qui indique 19:36, un appareil à la croisée de l'appareil photo et de la caméra, un peu plus petit sans doute. Avant même qu'il ne détourne la tête, dès l'instant où son regard croise celui de l'objectif en fait, le cliché est pris. Photo d'identité faite à la volée. Elle sera imprimée, agraphée au document papier, puis ajoutée à la version numérisée avant de finir sur le serveur du quartier, et le tien par la même occasion. Et voilà. Dossier clos. Enregistrement terminé.

" Tu es désormais officiellement Haughter. On fêtera ça dignement. "

Clin d'oeil furtif, qui laisse suggérer à peu près n'importe quoi. Puis tes pas te mènent vers un couloir baignant dans la lumière du soleil, et tu le traverses après avoir invité le nouveau Haughter à te suivre. Il en profite pour répondre à ta dernière question. Un des derniers critères décisifs, quoique pas indispensable. Et il a encore bon, élève prodige du début à la fin. Sauf qu'il fait plus que ça, mieux que ce qu etu lui as simplement proposé.

« Je devrais peut être attendre un peu. Me poser, apprendre un peu comment ça marche ici, tu vois ? Et dormir ! Sérieux, j’ai l’impression de pas avoir dormi depuis des mois. »

Apprendre. Découvrir le système. Se familiariser avec le nouvel environnement. Apprendre. Tu dissimules à peine le nouveau sourire qui illumines ton visage. Ce petit gars est parfait, c'est bien vrai. Il fera ça très bien. Il est curieux, il est honnête, pas si facile à acheter, peut-être pas non plus facile à détourner.
Et le moment de faire un choix arrive enfin. Mais tu n'as déjà plus aucun doute. Tu sais ce que tu comptes faire. A lui de voir ce qu'il en fera...

« Du coup, le plus urgent là, c’est le logement. De là je verrais ce que je fais. C’est ici aussi que je vois pour un appart’, si j’ai bien suivi ? »

Tu lui réponds en seulement deux mots.

" Pas besoin. "

Vous arrivez alors devant une porte ouverte dévoilant une grande pièce, remplie de casiers et de placards, ainsi qu'un bureau auquel est assise une jeune femme, plutôt charmante, l'air doux, le sourire délicat, qu'elle te dédie d'ailleurs, comme enchantée de voir quelqu'un égayer sa journée, ou alors peut-être enchantée de te voir toi, tout simplement. Elle te salue chaleureusement, échange quelques vagues politesses avec toi. Tu sais qu'elle lit sur ton visage qu'aujourd'hui tu veux bien parler, qu'aujourd'hui tu n'es pas la sombre Elizabeth de ces quelques autres jours où même les Haughters ne font que te regarder passer, muets et effacés, mais bien conscients que tu es comme ça pour eux.
Et avant qu'elle ne t'emporte trop dans la conversation, tu la coupes, ni froide, ni chaleureuse, et elle ne s'en offusque pas, se contente de se plier à toi.

" Je vais avoir besoin de la 4-32. Je t'envoie les papiers demain. "

Et elle t'observe un instant, toujours ce sourire délicat flottant sur son adorable minois. Elle observe ton nouvel acolyte, hoche la tête comme pour approuver, puis se lève, un trousseau de clés à la main. Et elle ouvre un des nombreux casiers présents dans la pièce, en sort une chemise de paperasse, une petite boîte et un large sac contenant visiblement de nombreuses choses. Elle te tend la chemise et la petite boîte plastifiée mais dont les cliquetis laissent deviner les branches de métal du trousseau de clés enfermé à l'intérieur. Le sac au plastique épais est quant à lui adressé à Refael. Et la jeune femme referme son casier, retourne à son bureau. Elle range le registre dans lequel elle fait habituellement signer les personnes qui viennent récupérer des affaires ici, n'ouvre pas le classeur dans lequel elle classe les baux et attestations de location. Elle a une totale confiance en toi, elle sait que dès demain tu seras là pour lui transmettre ce dont elle a besoin. Elle ne prend même pas un post-it pour noter ta venue et ta promesse de retour. Elle sait comment tu gères tes affaires. Et elle sait que tu n'as aucune raison de prendre le contenu de ce casier pour partir avec telle une voleuse.
Et vous quittez le bâtiment, toi la chemise sous le bras et la boîte dans la main, lui le sac encombrant mais pas trop tenu à bout de bras, et ne donnant pourtant pas l'impression d'être trop lourd pour lui. Il faut dire que malgré les apparences, il n'y a pas grand chose de bien pesant là-dedans.
Tu vous guide alors jusqu'au port, et vous engage sur l'avenue du Lac, magnifique vu d'ici.

" Plus bas, après le café qui fait l'angle, tu trouveras une petite supérette. Ce sera le meilleur endroit pour faire tes réserves. Quand tu voudras sortir, tu peux avancer vers le haut de la rue, vers la plage. Il y a quelques bars et clubs, la plupart des Haughters s'y retrouvent le soir. Il y a souvent des soirées à thème, et tu as de bonnes chances de croiser le chef là-bas. Il tape pas sur les Haughters, normalement, mais évite quand même de l'énerver. Lui et le chef jaune sont des adversaires que personne ne veut avoir à affronter, tous clans confondus. "

Tu passes alors devant ta résidence, jette un coup d'oeil nonchalant à la fenêtre et la terrasse qui donnent sur le port, au deuxième étage.

" Ici, c'est chez moi. Si un jour tu as besoin de quelque chose, tu as quelques chances de me trouver là. "

Et vous dépasser ta résidence, rejoignez celle juste à côté, n°4. Tu ouvres alors la petite boîte en plastique, en sort le trousseau de clés qui tintaient à l'intérieur, ouvre l'accès au hall d'entrée. Premier étage. Jusque-là, c'est une résidence propre, seulement trois étages, du bon, voire très bon standing pour Pseudo City. Vous arpentez un couloir, illuminé de la simple lumière de plafonniers plutôt sobres, puis tu t'arrêtes devant une porte. Numéro trente-deux.

Tu portes alors ton attention sur le jeune homme. Vos regards se croisent, encore, s'entremêlent. Tu approches ton bras, glisse ta main sur l'anse de son sac plastique, le lui reprend sans un mot, quittant à peine son visage des yeux. Et tu lui tends le trousseau de clés, le lui glisse lascivement dans la main.

" Je te laisse nous faire découvrir... ? "

Et tu lui laisses le loisir de desceller les lieux, de découvrir, par lui-même, cet appartement que tu connais déjà par coeur. Julia Hullis, dernière locataire connue. A atteint la limite d'âge légal le 26 avril dernier. Depuis, l'appartement était vacant, inaccessible à la plupart des nouveaux venus et inutile aux anciens, déjà installés. 60 m², un séjour qui à lui seul en fait presque 20, inondé de lumière lorsque le matin le soleil émerge depuis l'autre côté du lac, visible depuis la large baie vitrée qui permet l'exploit et au-delà de laquelle se trouve un balcon-terrasse plutôt large. Une cuisine, pas bien grande mais amplement suffisante, et deux pièces en plus de la salle d'eau et des W.C. Les deux sont aménagées en tant que chambres, mais s'il en a le désir, tu pourras l'aider à faire de l'une d'elle un bureau ou n'importe quoi d'autre qui lui plaira. Tout l'appartement est meublé, plutôt simplement, mais c'est au moins ça de dépenses en moins. Globalement, c'est plus que satisfaisant. Les appartements en face du port sont les plus intéressants, surtout si l'on aime le beau - et la vue en offrait du beau, à foison. Beaucoup de services différents à proximité. On est un peu loin du centre-ville, mais comme vous l'avez expérimenté plus tôt, traverser la ville à pieds n'est pas vraiment si long.
Tu lui laisses le temps de faire le tour des lieux, patientant sagement, appuyée contre la table du séjour, qui sert aussi de salle à manger. Mains déposées derrière toi, tu l'observes aller et venir dans l'appartement, attend qu'il se soit fait à l'idée de vivre ici, attend qu'il s'impatiente même d'y poser ses affaires et de s'y sentir comme chez lui.
Puis les mots s'échappent enfin de ta bouche. Licencieuse, posée, sublime finalement, à ta façon.

" Tu peux l'avoir si tu le souhaites. Il ne te suffira que d'un mot, et les papiers seront à ton nom. "

Tu as son attention. Ses perles d'or qui soutiennent ton regard te font souhaiter qu'il ne réponde pas non. Gourmande petite Lily.

" Je m'occupe du loyer. En échange je ne te demande qu'une simple chose: être mes yeux dans cette ville. Court silence, qu'il se fasse à l'idée, puis tu reprends. Ce que je te demande n'est pas d'aller chercher ce que je veux savoir. Ton rôle sera simplement de vivre, comme tu l'entends. Et si tu vois, apprends ou entends des choses que tu juges utiles pour moi, tu le consignes et me le fait savoir.
Tu t'avances vers lui, continue. Si tu veux trouver un autre travail à côté, libre à toi de le faire. Ton loyer sera payé, et tu n'auras plus qu'à te soucier de toi, et toi seul. Si tu ne veux pas d'un autre travail, tu peux aussi me dégoter de bons renseignements, que je te rémunérerai à la hauteur de leurs qualités.
Tout ce que tu auras à faire, ce sera de vivre ta vie, et de temps en temps penser à moi. "


Tu t'arrêtes à une trentaine de centimètres de lui. Ton regard se plonge de nouveau dans le sien, tu glisses un doigt sous son menton, te rapproches encore un tout petit peu.
Et ta voix, suave, lui parvient comme un murmure.

" Alors... Quelle est ta réponse...? "

_______________________________________ *électroencéphalogramme plat*





  

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Refael Heydon
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MessagePosté le: Mar 30 Juil 2013 - 19:40    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Le regard de la belle est sur lui, et Refael l’ignore, fait semblant de l’ignorer, voudrait bien l’ignorer pour de bon. Ce regard l’incommode, lui donne l’impression d’exacerber son malaise déjà handicapant, tant il est insistant et semble chercher à le sonder par delà le visible. Concentré sur le papier, il est toutefois parfaitement conscient des yeux fixés sur lui, qui parcourent son corps comme il le fait avec ses modèles, mais comme l’arroseur arrosé, il n’apprécie pas franchement d’être celui qu’on analyse en silence. Pourtant il n’en dit rien, et se contente de plaquer sur la feuille les informations sommaires qui lui sont demandées, feignant de ne pas remarquer les prunelles qui le suivent même quand il se lève, qu’il récupère son sac jeté au sol et le garde à bout de bras pour regagner le bureau et lâcher sa fiche. On dirait même qu’elle n’existe plus pour lui tellement il met d’application à ne pas croiser son regard inquisiteur, jusqu’à ce qu’elle l’interpelle d’elle-même. Là, il tourne un instant la tête vers elle, puis s’intéresse à ce qu’elle lui montre. Il grimace légèrement et plisse les yeux pour tenter de comprendre ce qu’il doit réellement voir, et le léger bruit aide à sa compréhension. Une photo. Il va avoir l’air fin dessus, tiens. Pas le temps de réagir, s’il voulait râler il est interrompu avant d’avoir le temps d’émettre le moindre son par une fille survoltée et prête à rebondir sur le moindre détail pour alimenter un échange verbal ou non. Et elle est forte pour ça aussi, donner de la matière à leur rencontre en toute logique et selon les idées qu’elle paraît déjà avoir en tête, parfois sans avoir à prononcer de mot. Elle le détourne si facilement de ses projets que c’en est déconcertant, mais cette fois autant que les précédentes, il accepte de se laisser entraîner par elle qui sait où elle veut le mener, à n’en pas douter. C’est difficile à expliquer, mais il est clair que leur chemin est tout tracé dans son esprit, que ça soit ou non un trajet commun à tout nouvel arrivant. Il lui accorde le lead pour voir où s’arrêtent ses plans, parce qu’il n’a rien de mieux à faire, et qu’il aurait galéré un peu plus si elle n’avait pas été là, alors autant la laisser gérer encore un peu. Qui sait ce qu’elle lui réserve ?

"
Tu es désormais officiellement Haughter. On fêtera ça dignement. "

«
Mais j’y compte bien. »

Même coup d’œil énigmatique, même intonation qui laisse entendre qu’il a une arrière pensée sans le laisser entendre vraiment. Joueur. Malicieux. A l’image de la belle ? En tout cas il la suit sur la pente des sous entendus légers et à la fois lourds de sens, une pente qui peut s’avérer glissante si on n’a pas assuré ses accroches. Espiègle. Simple. Vide de toute retenue qui freinerait sa spontanéité.

«
Du coup, le plus urgent là, c’est le logement. De là je verrais ce que je fais. C’est ici aussi que je vois pour un appart’, si j’ai bien suivi ? »

"
Pas besoin."

Là, il bug une seconde. Il a pas rêvé, elle a parlé de logement quand ils étaient assis sur leur banc. Alors quoi, il n’y en a plus de dispo ? Il va devoir se pieuter dans un dortoir commun à plusieurs mecs en attente d’un studio plus décent ? Que dalle, c’est mort ! Il a déjà donné dans le foyer social ou dans les planques où se serrer les uns aux autres devenait une question de survie dans le froid mordant de l’hiver tenace, il n'est pas venu ici pour revivre ça. Ou alors elle l’invite chez elle. Hey, ça, ça pourrait le faire ! Oui, bon, il ne pensait pas l’emballer aussi rapidement, il ne pensait pas l’emballer tout court en réalité, mais serait ce vraiment surprenant après le rapprochement de toute à l’heure ? Un sourire en coin pointe sur son visage, mais c’est toujours en silence qu’il lui emboite le pas jusqu’à un endroit qui, à première vue, n’a rien d’un nid douillet où ils pourraient s’éclater entre jeunes adultes consentants. Hmm.

La fille vers laquelle ils avancent n’a rien à voir avec les autres dans l’attitude qu’elle présente vis-à-vis de celle qu’il accompagne. Cordiale, amicale, elle contraste avec tous ceux qui stoppaient leurs signes de reconnaissance à de banals regards en coin assortis de temps à autre de vagues salutations lointaines. A l’opposé d’eux qui se montraient stupéfaits de voir un visage inconnu à côté de celui qui les tenait à distance, cette jeune femme là ne lui cède aucune attention, aucun intérêt, tout son être accaparé par l’aura de la brunette. C’en est presque vexant, il se trouve pas si dégueulasse à regarder pourtant, toute vantardise mise à part ! Il essaie même de la saluer, pour se rassurer ou juste parce que merde quoi, et la politesse bordel ? Mais le «
Hey, salut » qu’il lui envoie quand enfin elle constate sa réponse reste sans réponse, elle s’est déjà détournée pour satisfaire la demande étrange de la patronne, alors il hausse les épaules et en revient à sa voisine. Il a dû perdre de sa substance et être le seul à ne pas savoir qu’il est invisible, parce que son interrogation concernant la nature de la fameuse 4-32 qui l’intrigue tombe elle aussi dans l’oubli, seul un air narquois plane sur les traits de la brune. Lassé de parler tout seul, il n’insiste pas et jette simplement son sac par-dessus son épaule pour libérer ses deux mains et attraper le plastique qui finalement n’est pas aussi lourd qu’il le pensait.

Dehors, il mémorise les nouvelles informations qu’elle lui fournit. C’est un paradoxe qu’il n’a jamais bien compris, avoir tant de mal à se constituer des acquis sur une chaise d’école, et tant de facilité à retenir des astuces et savoirs pratiques. Le jour ne tarde pas à se faire dans ses neurones troublés par autant d’éléments visuels et contextuels. C’est pas chez elle qu’elle souhaite se rendre, mais chez lui. La fébrilité est lisible dans ses iris ambrés rivés sur ceux de sa guide, un tremblement floute ses lèvres dans un sourire mal contenu, comme s’il voulait comprendre mais avait peur de se planter totalement. Il retient son souffle.

"
Je te laisse nous faire découvrir... ? "

Il referme solidement ses doigts sur les clés. Elle recule d’un pas. Il trépigne intérieurement mais ne le montre pas autrement que par cette émotion imprécise qui transparaît sur son visage. Il glisse une clé au hasard dans la serrure, tourne, pousse la porte. Elle n’a pas encore heurté le mur, il l'a déjà passée, tenant la jeune femme par la main pour la faire entrer à sa suite. Il fait quelques pas dans le séjour, l’analyse succinctement, lâche les doigts de la belle, fait tomber son sac à dos. Et il craque. De pièce en pièce, pas une découverte ne se déroule sans une exclamation d'ébahissement, il parcourt l’appartement dans ces moindres recoins, court presque d’un lit à l’autre, dépasse le premier et saute à plat ventre sur le deuxième, ouvre les placards de la cuisine et entre dans la douche pour en admirer l’espace, tourne sur place dans le salon à n’en plus savoir où donner de la tête, et se souvient de la baie vitrée qu’il fait glisser sur son rail pour sortir prendre une bouffée d’air, au dessus d’un paysage qui le charme au moins autant que l’habitation. Il n’arrive pas à croire que ça puisse être à lui. Il est déjà amoureux de cet appart, et peut être qu’il pourra se l’offrir plus tard, quand ses poches seront plus remplies et qu’il aura trouvé quoi faire ici, mais d’ici là … Il délaisse le garde fou, le repousse pour se redresser, enjambe le rebord de la vitre et revient dans le séjour. Elle l’observe, encore, à l’affut de ses réactions, pleine d’une assurance qui lui confirme ce qu’il sait déjà sans pour autant parvenir à se l’avouer complètement. C’était trop beau pour être vrai.

Ses conditions s’énoncent, implacables, avec une clarté qui laisse soupçonner qu’elle a pensé chaque mot, chaque virgule pendant leur trajet jusqu’à la porte. Elle contourne ses protestations avant qu’elles ne soient parvenues à son cerveau, avec cet aplomb, cette foutue maîtrise des choses qu’il a déjà entrevue chez elle. Comme si elle savait qu’il acceptera sans délai, comme si elle ne concevait pas qu’il puisse hésiter. Pourtant, il hésite. Faussement calme, il coule son regard autour de lui, calculant ce à quoi il renoncerait en déclinant son offre, et ce à quoi il s’exposerait en endossant le rôle qu’elle attend qu’il joue. Attentif aux conditions qu’elle pose en guise de termes d’un contrat auquel elle voudrait le voir souscrire, il calcule les bénéfices et les risques de ce qu’elle lui propose, ni plus ni moins. Le problème, c’est que lorsqu’elle est presque contre lui, il n’est toujours pas capable de se prononcer. Elle le sait, elle triche et utilise la faiblesse qu’elle a décelé chez lui pour l’enfoncer davantage dans son indécision, le troubler jusqu’à l’acculer dans son piège et le forcer à céder sans savoir dans quoi il s’engage, parce qu'elle sait qu'il n'est pas indifférent à elle, et qu'elle s'en amuse. Sauf qu’il ne fera plus l’erreur de consentir à un accord s’il n’en a pas assimilé toutes les limites.

"
Alors... Quelle est ta réponse...? "

Elle ne l’aura pas aussi facilement. L'ado aussi peut se montrer sûr de lui, c’est l’impression qui se dégage de lui quand il s’affranchit de son emprise et se décale pour se soustraire à son contact sans pour autant rompre le lien visuel. Il ne veut pas être pris pour un idiot, et ne veut pas non plus qu’elle ait le sentiment contraire. Plus fermé qu’une minute auparavant, presque autant que lorsqu’il affirmait n’avoir rien de commun avec les paumés qui marchandent leur corps, il élève une voix décidée mais non agressive quand il ouvre la bouche pour répliquer

«
Il est où le coup fourré ? Je veux dire, c’est très tentant, je dis pas le contraire, mais … justement, un loyer contre des infos par ci par là ? J’suis pas aveugle. Je vois bien comment te regardent les gens et comment ils te parlent, et cet appart là … t’as vu le truc un peu ? » Pour appuyer ses propos et souligner l’importance du cadeau, il lève les bras à l’horizontale, paumes tournées vers le plafond, et les garde ainsi quelques secondes. « N’importe qui peut pas se permettre ça, et surement pas quelqu’un qui vient d’arriver et qui n’a pas une personne bien placée dans la ville pour le pistonner. Alors ta proposition elle est super intéressante, c’est clair. Je serais con de refuser d’emblée, mais je serais con aussi de pas te demander ce que je risque si un jour tu changes d’avis, ou si moi je change d’avis, ou je sais pas quoi. Je veux pas que du jour au lendemain, tu décides que tu vas mettre quelqu’un d’autre ici et que j’aurais juste à dégager en disant merci, ou que t’en demandes plus et encore plus parce que tu me tiens par les couilles et que je suis coincé. Ou que pour une raison ou une autre, tu me grilles totalement ici. »

Vulgaire. Franc. Authentique. Si c’est véritablement ce qui l’intéresse chez lui, la jeune femme va devoir composer avec le besoin de Refael d’avoir des garanties, de ne pas se lancer tête baissée dans un gouffre qui pue l’arnaque, uniquement parce qu’il en a ras le bol de dormir à l’arrache et que le luxe d’habiter seul dans un logement assez grand pour trois ou quatre embrouille ses méfiances instinctives. Il y a de quoi tromper le plus averti des craintifs, mais s’il y a bien une chose à laquelle l’ado tient, c’est la possibilité de pouvoir déterminer lui-même son projet de vie, sans personne pour lui dicter sa conduite ou le menacer de lui nuire s’il ne consent pas à donner satisfaction. Lui enlever cette liberté reviendrait à lui amputer les poignets et lui agiter sous le nez un crayon devenu inutile. Destructeur.

«
Je sais même pas comment tu t’appelles. »
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Elizabeth Hidwell
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MessagePosté le: Mer 31 Juil 2013 - 19:36    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Vos mains, l'une dans l'autre ; un lien inattendu, une initiative fortuite. Il te guide, au travers de l'invitation, et tu te surprends à ressentir l'instant telle une adolescente, en proie à la découverte de la vie. Il te guide, même brièvement, et tu décèles en lui une propension à prendre les devants. Il n'est peut-être pas un leader, mais il aime être maître de lui-même, et parfois même maître d'autres. L'idée te paraît intéressante, et les images qui affluent dans ta tête plus captivantes les unes que les autres. Et il s'échappe lentement de cette étreinte, ses doigts glissent dans le creux de ta main. Il est de cet effet étrange qu'il exerce sur toi. Sourire léger. Et le voilà qui se plante au milieu du séjour, émerveillé comme un gosse un soir de réveillon. Et il détale, saute sur le moindre détail de cet appartement qui lui plaît. Tu le sens si vivant, plus vivant que toutes les personnes qui forment ton entourage. Et ton regard sur lui se fait doux, chaleureux. Alors qu'il sillonnes l'appartement de part en part, tu t'attendris, ma belle Lily. Il te rappelle tant de choses. La vie, tous ces instants auxquels tu as renoncé, toutes ces choses que tu as laissé derrière, ces personnes que tu as abandonnées. Et parmi tout cela, son sourire, qui te manque plus que tout. Oui, c'est vrai... Ce garçon te fait peut-être un peu penser à lui. Il est pourtant très loin de lui ressembler, malgré tout, ils sont similaires. Ce sourire pour qui tu as scellé ton coeur, et lui, ce Refael au regard d'or. Pincement. Ton sourire s'estompe, cet air fragile s'efface. Tu n'as plus le droit d'être cette Lily, ma douce. Tu n'es plus que le démon qui sommeillait au fond d'elle, nourri par les rancunes de toute une vie. Elizabeth Hidwell. Et rien d'autre.

Voilà le garçon qui revient à toi. Son regard cherche le tien, désormais insondable et pourtant fixé sur lui d'une seule façon possible. Et tu sais qu'il a compris que l'appartement n'était pas un cadeau. Il n'est rien de plus qu'une condition, une offre en échange de services. Tu lui énonces alors tes conditions, fidèle à toi-même, le ton lascif et l'air finalement séducteur.
Il se fige, un instant. Ses yeux te fixent, et l'or ne t'aura alors jamais paru si froid. Et tu aimes ça. Tu aimes cette sensation de jouer contre un adversaire qui en vaut la chandelle, pas la sensation de perdre, non, mais celle de ne pas gagner, celle d'être repoussée, habilement, par un être méritant, un égal peut-être. Et repoussée tu l'es, ou tout du moins, écartée. Il s'échappe de ton emprise, déjoue habilement ce piège de luxure que tu tendais devant lui, moins pour le charmer que le tester, encore. Et tu décides alors, comme plus tôt, d'arborer cet air insondable, le temps d'entendre sa réponse. Et si ses perles dorées te fixent à en faire rougir la plus insensible des mijaurées, tu restes impassible. Indétrônable que tu es.

« Il est où le coup fourré ?... »

Et il t'expose sa version. Et tu jubiles, ma Lily. Tu jubiles, parce que chacun de ces mots, instinctifs, presque irréfléchis, font de leur maître une entité dont même toi serais capable de t'enticher. Tu te délectais, plus tôt, de cet air réfléchi qu'il arborait alors que tu le soumettais à la tentation, tu te régalais à la simple idée que ce Refael puisse être prudent, calculer le pour et le contre, jauger de tous les chemins avant d'emprunter celui qui pourrait être le mauvais. Tu exultes, oui, parce qu'il est exactement comme il te le faut. Il déborde de toutes ces qualités que tu cherches en tes confrères. Comment, lui, a-t-il pu échapper à ton regard jusqu'alors ? Cet être qui correspond pourtant si bien, pour l'instant, à cet idéal que tu cherches mais dont tu ne peux disposer... Authentique. Passionné. Si vivant, oui... Spontané. Mais pas inconsidéré. Le charme... Oui, ma Lily. Il te rappelle ce charme qu'avait exerçait cet autre sur toi, quelques années plus tôt. Ce Jack qui avait déserté... Sera-t-il alors ton nouveau "valet" ?

« [...] Je veux pas que du jour au lendemain, tu décides que tu vas mettre quelqu’un d’autre ici et que j’aurais juste à dégager en disant merci, ou que t’en demandes plus et encore plus parce que tu me tiens par les couilles et que je suis coincé. Ou que pour une raison ou une autre, tu me grilles totalement ici. »

Il te prend aux tripes, réveille cette passion dévorante qui te caractérise lorsque tu mets la main sur une de ces bonnes cartes que l'on ne croise que trop rarement au cours d'une seule vie. Et tu ne désires plus qu'une chose: t'en saisir et le posséder. Au moins une fois. Une seule fois, pour tenter de l'envoûter, l'enivrer de toi, le condamner à toi jusqu'à ce que le destin dénoue vos liens. Quelque soit le plan, tu veux qu'il t'y accompagne. Mais te voilà qui redoutes. Tu redoutes de te voir choisir un jour de l'abandonner lui aussi, pour ne pas l'y mêler. Comme tant d'autres avant lui. Et tant d'autres après, sans doute.
Pas d'attaches. Libre comme l'air. Et seule, comme cette lune qui ne montre jamais que le même masque, partout, tout le temps, dissimulant au monde son visage caché.

« Je sais même pas comment tu t'appelles. »

Et tu te redécouvres à lui. Tu esquisses un pas de recul, et rit, rit, rit... Un rire léger, gai, et pourtant, malgré lui, charmant de par son authenticité. Et c'est si bon, ma Lily, c'est si bon de se laisser aller au vrai de temps en temps. Car pas une fois jusqu'à maintenant il n'avait eu l'occasion de voir ce sourire véritable qui peut illuminer ton visage, ni lui, ni grand monde ici, d'ailleurs. Et tu glisses cette main lascive dans tes cheveux, reposes ce regard envoûtant sur lui, profond.

" Méfies-toi, tu risques bien de me faire tomber amoureuse avec ce genre d'attitude. "

Et on sent à ton ton que tu n'es pas moqueuse, peut-être un peu taquine, mais en tout cas avide de compliments à son égard. Et tu t'éloignes alors un peu plus de lui, t'occupes à garnir de vie cet appartement abandonné depuis des mois.

" Ces protestations ne font que me conforter dans l'idée que mon regard ne m'a pas trompé sur toi. Et je ne compte pas changer d'avis à ton sujet. Cependant, je n'ai rien de mieux que ma parole à te proposer. "

Tu te saisis du sac plastique récupéré plus tôt à l'administration. Tu en défais les liens, tout en te déplaçant dans l'appartement. Dans la salle de bain, tu déposes le savon, unique, sur le lavabo ; dans les toilettes, les deux rouleaux de papiers ; dans la cuisine, l'éponge, rudimentaire et quelques condiments. Pâtes, riz, deux conserves. De quoi subsister le temps de faire le plein en boutique. Chaque nouveau résident a son lot.

" Sache tout de même que je ne te demanderai pas plus que ce que tu voudras bien m'offrir. Je protège les Haughters, par conséquent, je serais mal avisée de leur faire des misères. Et à ce que j'ai compris, tu es Haughter désormais. "

Tu regagnes le séjour, te plantes un instant devant lui, puis t'appuie de nouveau contre la table, observant ton interlocuteur, le ton de nouveau sérieux.

" Je ne te demande que d'être une source. Pas une ressource. Je ne suis pas là pour t'exploiter ou te dicter ton mode de vie. Si tu as envie de me donner des informations, mêmes minimes, sur des personnes ou des faits de cette ville, tu peux le faire. Si tu n'en as pas envie, tu peux aussi. Mais quoique tu choisisses de faire, j'ai décidé de t'offrir cet opportunité parce que je sais que tu as le potentiel pour m'aider. Je n'essaie pas de t'acheter ou te posséder. Je veux simplement m'attirer les faveurs de ce talent d'observation et de cette logique qui sont tiens. "

Tu le sondes un instant. Esquisse un vague sourire entendu.

" Cela dit, ça n'est pas parce que je ne te demande pas plus que tu n'as ps le droit de me proposer plus... "

Et tu te détaches de nouveau de cette table, t'avances encore vers lui. Vos regards ne se sont que trop rarement quittés, comme amourachés l'un de l'autre, d'un côté, ce doré exquis, éclatant et de l'autre le sombre bleu des tréfonds de l'océan. Tu pourrais fixer ses perles d'or des heures durant, tu n'en doutes pas. Et tu pourrais immortaliser ses traits sur le papier, encore, encore et encore. Il dégage cette même aura étrange que cette reine rouge qui t’envoûte, si bien, depuis si longtemps. Un être que tu désires, mais auquel tu ne toucherais pas. Un être où le fantasme reste tel.

" Si j'émets des conditions, j'estime que tu as le droits d'en avoir aussi. Alors, dis-moi. Qu'est-ce que tu veux pour t'assurer que je ne te ferai pas de coups bas ? Surprends-moi. "

Et tu t'approches, encore. Tu ne comptes pas goûter ce fruit licencieux, non. Mais tu t'approches, et ce sont bien tes deux mains, fines, graciles, qui se déposent à plat sur son torse. Et tu t'élèves un peu plus sur la pointe des pieds, et ton visage vient se glisser, comme une ombre, près du sien, tes lèvres voluptueuses au niveau de son oreille. Tu joues. Alternant si bien le formel et le sensuel. Et vos corps, si près l'un de l'autre nourrissent ces désirs, éveillés depuis quelques temps en toi. Et tu te délecterais de mordre dans ses lèvres et le posséder. Mais l'attente est plus doucereuse encore. Et tu exultes. Tu exultes ma Lily, de le torturer entre luxure et raison.
Et, au creux de son oreille, tes lèvres forment alors les mots, ton souffle, chaud, caresse sa peau.

" Elizabeth. Pour te servir... "

 

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Refael Heydon
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MessagePosté le: Ven 2 Aoû 2013 - 00:21    Sujet du message: Croquée. Répondre en citant

Jamais elle sourit, c’est dingue. Le vrai sourire, celui qui vient du cœur et vous transforme le visage par un témoignage brut et sans détour d’une joie ou d’une surprise qui vous bouleverse. Ses traits restent de marbre, son attention neutre entièrement dévouée à ce qu’il lui rétorque en pensant honnêtement la pousser dans ses retranchements et voir se fermer les portes d’une vie luxueuse, plus luxueuse en tout cas que ce qu’il a traversé pour arriver là. Elle est là sans l’être vraiment. Elle est plantée face à lui, à l’endroit même où il a lâché sa main, son corps et son esprit rivés sur les mots qu’elle reçoit en retour de son offre, totalement réfractaire à la plus insignifiante des émotions qui pourrait se dévoiler sur son visage sans qu’elle l’ait préalablement accepté. La plus coriace des chefs d’entreprise à laquelle il ne faut pas se frotter sous peine d’être viré sans délai, alors qu’elle n’a pas dépassé la vingtaine. Se heurter à elle, il l’ose pourtant. Il décharge sans tact ni pincettes les doutes et méfiances que la proposition fait naître en lui, ado à la ligne de conduire inverse de celle qu’a choisi de suivre son interlocutrice. Il s’illustre par sa franchise, ses mots qu’on ne dit pas à une quasi inconnue qui nous promet logement et tranquillité, si on n’a pas une parfaite indifférence à ce que les autres peuvent penser de nous, tant qu’on assume ses actes et qu’on est au clair avec ses choix et sa conscience morale. Plus il parle, plus il doute de la voir frémir, esquisser le moindre lâcher prise, la plus petite preuve que sous cette directrice froide et calculatrice se cache une fille qui peut se laisser surprendre et le reconnaître devant témoin. Et plus il doute, plus il s’emploie à propulser dans ses iris une étincelle de vérité. Et c’est finalement la phrase la plus banale de son monologue qui change tout. Il n’y croyait plus, et la nonchalance de sa constatation l’exprimait bien, mais par son dépit résolu, il la touche et la fait se trahir. Son rire envahit la pièce, si soudain et inespéré que Refael ne peut empêcher ses lèvres de trembler sous la menace d’un sourire nerveux. Il s’imaginait foutu à la porte sans autre forme de procès, mais elle le déstabilise par une justesse qu’il n’attendait plus. Qui lui confirme que même si elle jouait son rôle sans fausse note ni raté, ce n’était qu’un rôle qu’elle ne consent à oublier que maintenant qu’ils sont seuls et que personne ne pourra se vanter d’avoir assisté à la scène. Même sa mise en garde sonne plus réelle que tout ce qu’elle a prononcé jusque là, et si la facétie y est audible, elle n’a rien de comparable avec ce par quoi elle l’a fait passer récemment. Ses évaluations, ses épreuves. Il n’a pas à répondre correctement, il n’a pas à répondu tout simplement, alors il garde le silence, une simple expiration atteste de son amusement lorsqu’il sourit plus franchement, mais une idée germe en son crâne, insidieuse et aux racines déjà trop creusées pour avoir une chance de les arracher sans difficulté. Il veut l’entendre rire, encore. Voir son corps être lui-même et non sous l’influence de neurones trop productifs, craqueler ses défenses et provoquer la même explosion de rire qu’elle vient de lui accorder, le même réalisme qu’il réplique face à ses réflexions constantes. Et pour ça, il n’a que peu le choix, il faudra qu’il s’associe à elle.

L’ado patiente dans le séjour pendant qu’elle dispatche les maigres affaires dans les pièces correspondantes. Il en profite pour observer encore la pièce, s’y voyant déjà à plus ou moins long terme, et le long serait mieux que le court. Ici, il pourrait poser un canapé et une table basse, de quoi se jeter en compagnie de potes pour boire un truc et plus si affinités. Là, il verrait bien une télé, c’est le minimum pour les soirs de fainéantise extrême. Pas besoin de table à manger, il la revendra peut être, la cuisine c’est pas son délire, et le canap' permettrait largement les repas vite fait. Il le verrait bien noir. Ouais, noir ça serait classe. Quoique. Une table, ça peut être sympa aussi pour changer du matelas, dans certaines situations.

Elle revient, il croise les bras et lui fait face, à croire qu’il ne peut pas en détacher le regard dès lors qu’elle se trouve dans la même pièce. Qu’elle a gravi une marche dans l’attention qu’elle s’attirait du jeune homme depuis qu’elle s’est ouverte à lui sans fard ni mascarade. Elle ne dit rien de plus que ce qu’elle lui a déjà affirmé, seule la formulation change, mais le contenu reste le même. La grande différence tient dans le crédit que lui accorde Refael, à présent. Il a sa parole, il n’a que ça, mais il lui fait davantage confiance. Pas assez pour foncer dans ses filets sans protection toutefois, mais suffisamment pour ne plus rejeter l’idée en bloc.

"
Cela dit, ça n'est pas parce que je ne te demande pas plus que tu n'as pas le droit de me proposer plus... "

A nouveau joueuse, à nouveau costumée. L’entracte n’a que trop duré, le rideau s’est écarté, les coulisses tombent dans l’inexistant en même temps que s’élève la grande comédienne, séductrice usant des déplacements comme autant d’attaques pour désarçonner son partenaire de jeu, acteur malgré lui d’un dialogue tant verbal que gestuel. Rarement il aura aussi bien choisi son modèle, œuvre vivante aussi passionnante dans le silence anonyme que dans la découverte d’un opposé complet.

"
Alors, dis-moi. Qu'est-ce que tu veux pour t'assurer que je ne te ferai pas de coups bas ? Surprends-moi. "

Ca ne pouvait pas continuer sans l’affecter. A sentir les mains sur lui et la proximité de ce corps qui discourt aussi habilement que les mots, la proximité de ce visage et de ces lèvres qui agacent ses sens et attise sa perception d’une sensualité admirablement proclamée, à sentir se hérisser les poils de son cou sous la respiration paresseuse, Refael sent s’immiscer en lui les prémices d’un désir sourd qu’il lui faudrait reléguer au placard mais qu’il ne parvient pas à contenir autant qu’il le voudrait. S’ils partent dans ce plan d’indic payé en avantages en nature, la brune serait plus ou moins sa patronne, ou ce qui s’en rapproche, et coucher avec sa patronne ou se pogner le soir en pensant à elle… That’s weird !

Oui, mais c’est un mec, c’est un ado, et c’est aussi un joueur. Un viveur, qui saisit toutes les occasions qui s’offrent à lui pour kiffer au maximum chaque expérience sans pouvoir se dire que s’il avait su, il aurait fait ce qu’il s’est interdit de faire. Mieux vaut des remords que des regrets, et puis c’est elle qui a commencé. Genre. Sans ouvrir la bouche mais montrant un sourire railleur, il avance, forçant la tentatrice à reculer vers la table au rythme que lui imposent ses baskets trop larges. Lâchés le long de son corps dès que la belle a pénétré l'espace restreint de sa bulle protectrice, un bras encercle la taille féminine après que les fesses aient touché le bois où sa deuxième main prend appui, et l’ado ne s’arrête qu’une fois planté entre les talons sur lesquels elle se perche, mais avec lesquels elle doit quand même se hisser pour rapprocher leurs visages. Lui n’a qu’à incliner la tête pour apposer son front sur le sien, plongeant dans le bleu aquatique qui lui sert de prunelles juste trois secondes, après quoi il semble vouloir enfin joindre leurs lèvres, mais suspend son élan avant.

«
Tu m’achèteras pas. » souffle-t-il contre sa bouche, passant sous silence la voix dans son esprit qui lui rappelle que justement, c’est ce qu’elle fait. Mais c’est historie de dire, et puis, c’est pas comme s’il devait assouvir ses besoins sexuels en contrepartie. Rien à voir. Il serait déplacé de nier l’avantage d’un tel cadeau, non ?

«
Je t’appartiens pas et ça changera pas. Même quand tu paieras pour moi, même quand t’auras un sale boulot que tu tenteras de me faire faire, je décide de quand j’ai des infos pour toi, tu me harcèles pas pour en avoir entre temps. Si j’ai une question, tu me réponds sans détour, sans enjoliver la réalité ni me cacher des trucs. Même si ça te concerne et que t’en as honte ou que tu veux pas que ça se sache. Je balancerai rien, je serais pas chiant, je te demanderai pas de me raconter ta vie, mais j’aime pas ne pas comprendre un minimum. Je saurais quand tu mens. »

Des lèvres de Liz, les siennes ont poursuivi leur chemin sans se presser le long de la mâchoire de celle qu’il prend le risque de froisser, encore. Donnant donnant. Elle veut se mesurer à lui, il sait ruser aussi. Elle demande sa foi imperturbable, il a d’autres projets en tête. Elle se limitait à son oreille, il frôle maintenant sa clavicule qu’il explore et caresse au gré de ses paroles, et sa main décolle de la table pour faire connaissance avec le corps qu'il emprisonne. Du bout des doigts, il remonte le flanc de la jeune femme, ligne droite et à peine appuyée qui stoppe sa course juste sous la naissance du sein, puis repart après une courte pause vers la hanche où sa paume se cale confortablement.

«
Ah, et tu acceptes les trucs que moi je te propose, dans la mesure du possible. »

Donnant donnant. Confiance pour confiance, prise de risques pour prise de risques.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:26    Sujet du message: Croquée.

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