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Pseudo City: Chapitre 2 - Dégats collatéraux
 
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Élément impromptu.

 
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Abelle Ginger
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MessagePosté le: Mar 30 Oct 2012 - 13:14    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Un éclair blond traversa une rue sans regarder de chaque côté, sans craindre, sans penser en fait. Elle le fit simplement, la peur au ventre, sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi. Sincèrement, la raison de sa peur lui échappait au plus haut point. Son dialogue intérieur se déroulait, comme d’habitude, dans une moitié bruyante du monde alors qu’elle essayait de trouver un chemin dans ce dédale qui était aussi mental que physique.

« J’pourrai surement trouver un coin qui aura un peu d’allure ici… quelque part ou je pourrai prendre des repaires et respirer un peu. »

Malgré le fait qu’elle avait pris place dans un clan, elle ne se sentait pas prête à s’y abandonner. Pourquoi se fier à une seule idéalité quand, au fond, nous sommes tous dans le même merdier? Elle ne le savait définitivement pas et ne trouvait aucune logique dans ce paradigme qui prenait des proportions fort abstraites quand on regardait les vraies sociétés. C’était bien de la trempe d’adolescents d’ainsi se créer une guerre interne quand une vraie guerre était prête à être livrée hors de ces murs. Il fallait pourtant bien quelque chose pour garder ces petits êtres sur le droit chemin, loin de cette rébellion qu’ils auraient pu perpétrer, encore une fois… s’en était presqu’à penser que tout avait été organisé… que Mighan, à défaut de ne pas fournir le pain, fournissait au moins les jeux en cette espèce de guerre gangrénée. Ses pensées dansaient devant ses yeux, se superposant presqu’aux dessins indiscernables des murs briquelés alors qu’elle perdait lentement de vue l’objectif de sa course. Un chemin vers le quartier des Haughters ou elle pourrait trouver…

Ou elle pourrait la trouver.

« Putain… mais cette ville est vraiment faite pour tuer les étrangers… bienvenu dans le royaume de la jungle. »

Un autre détour, un crochet, un coude, un embranchement, une porte, une cour, un cul-de-sac. Puis, immense et densément peuplée de pigeons à l’air hagard, loin de se douter qu’une tension régnait autour d’eux, simplement hâtif de trouver une nouvelle graine à picorer s'étendait une place publique. Une question passa dans la tête d’Abelle alors qu’elle les voyait – pourquoi se rassemblent-ils tous ici alors que toute la ville pourrait leur appartenir – mais elle continua son chemin, certaine que quelque part dans cette étendue de béton elle trouverait quelque chose pour lui redonner de l’espoir, un morceau de lumière dans ce royaume d’éclatante noirceur. Pourtant elle ne trouvait que ce même désert de solitude. Jamais elle n’avait croisé…

« UH! J’aurais dû me douter qu’il y en aurait par ici. Ces pigeons, à force de manger faut bien qu’ils… »

Âme qui vive et elle commençait sincèrement à trouver le temps long. Pourtant, cette ville devait regorger d’ombres, de silencieuses et sournoises créatures qui la regardaient passer avec un petit sourire mesquin. Ils la voyaient surement tous alors qu’elle ne faisait que les discerner parfois, dans un écart de patience de leur part alors que leur camouflage se faisait percé. Un bref coup de vent la fit changer de direction. Elle regarda la direction de laquelle il venait, ayant un vague espoir que quelque chose s’y trouverait. Peut-être avait-elle trop vu de film quand elle était jeune pour ainsi croire aux apparitions.
C’était un vent sec, sans humidité, celui qui vous projette une poignée de sable dans la bouche sans vous avertir, plein d’aridité et d’idées noires. Ces vents font penser à une seule chose, c’est le pandémonium dans lequel vous vous êtes fourrés sans vous poser plus de questions…

« Bah faut dire que la question : est-ce que je veux vraiment finir en taule pour homicide involontaire; en est une qui mérite un moment de réflexion et, peut-être, en bout de ligne, une fuite les yeux fermés. »

… et de vous rappeler, surtout dans le cas présent, que vous êtes sérieusement paumé, au milieu d’une marre de pigeons, le bout de votre bottine dans une flaque de déjections et la bouche sèche. Et que rien ne semble avoir envie de s’arranger.

« Peut-être est-ce que je chiale trop pour rien, mais on doit avouer que je ne suis pas dans la situation la plus réjouissante du monde… franchement, je me suis foutue dans bien des situations dans ma vie mais là… j’saurais même plus retrouver le chemin pour chez moi! »

Un soupir, un regard vers les quelques ruelles qui en partance pour des lieux qu’elle ne connaissait surement pas. Elle sortit une cigarette de sa poche et s’assit, certaine qu’après cette pause, elle retournerait chez elle – ou essaierait surement parce que rien ne garantissait qu’elle pourrait vraiment reprendre le chemin de la maison – et qu’elle abandonnerait de trouver…

De la trouver.

L’état dans lequel elle se trouvait était vraiment lamentable. Ses cheveux formaient presque des dreadlocks tellement ils étaient négligés, elle qui avaient l’habitude de les dorloter… ses yeux étaient cernées par la paranoïa qui lui servait de sommeil, sa peau était tannée par le soleil, sa bouche aux lèvres craquelées et sa camisole blanche étaient cernée de larges spectres de sueur accumulées au fil des jours. Elle était tout sauf un modèle de féminité, mais il y avait quelque chose d’immensément sauvage dans son allure, quelque chose de véritable, de profondément oublié… celui d’un animal en fuite qui ne cherche qu’un refuge, qu’un endroit ou…

« Je dois vraiment la trouver, cette pétasse. »

D’un membre plus imposant pour la prendre sous son ombrelle…

Ce qu’elle trouverait ici serait tout sauf quelque chose de réconfortant… Elle aurait plutôt craindre l’ombre qui se glissait dans sa direction plus qu’elle n’avait craint toutes celles qu’elle avait vu passer dans les derniers jours. Son don pour attirer la poisse attirait celui que le temps avait effacé. Elle ne s’en souciait point, les yeux sur le bout souillé de ses bottines, concentrée sur la cigarette qu’elle caressait du bout du pouce…

La seule chose qu'elle aurait du craindre... est son inconscience.

_________________


Dernière édition par Abelle Ginger le Mer 7 Nov 2012 - 00:55; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 30 Oct 2012 - 13:14    Sujet du message: Publicité

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Alexander Taylor
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MessagePosté le: Mar 30 Oct 2012 - 20:26    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Le monde se refroidit, les températures s'effondrent, les moeurs se perdent. Il cogne, cogne, cogne encore, il reçoit presque autant qu'il donne, mais il n'a que faire des contusions, il n'a que faire des hématomes et des plaies dégoulinantes de sang. Il se perd, c'est comme une drogue. Les deux partis enfoncent leurs poings dans la chair de l'autre, sourd martellement de deux corps belligérants. Puis l'un d'entre eux sonne le glas du combat, il fait signe d'arrêter, et le combat cesse. Il ne peut rien contre ce monstre, il ne peut rien contre celui qui s'était imposé à eux comme un des meilleurs combattants de cette ville. Il était leur chef, et ce n'était pas sans raison. Les hommes avaient longtemps cherché à lui voler cette couronne qui était désormais sienne, puis peu à peu, ils s'étaient soumis, non pas à la bête, mais au protecteur, au politicien qui, en fait, ne prenait pas ses décisions à la légères, ne faisait pas du mal pour détruire.
Ils commençaient à avoir confiance en lui, à l'aimer et l'accepter en tant que Chef. Avec cette histoire de drogue, le clan s'était scindé: d'une part, les réfléchis, qui avaient compris que Taylor protégeait Julian pour le bien-être de Pseudo City et qui s'insurgeaient tout en prenant sur eux, de l'autre, les idiots, qui ne voyait pas l'arbre qui cachait la forêt, ceux qui croyait dur comme fer à l'histoire que Taylor avait monté de quasi toute pièce pour éviter les querelles entre les deux clans. Puis au milieu, il y avait ceux qui s'en foutaient, ceux qui depuis le début ne savaient même pas pourquoi ils étaient là, ceux qui étaient Sinewyers uniquement parce qu'en arrivant il avait fallu choisir un clan, et que celui-ci leur semblait mieux leur correspondre.
Les cris retentissent dans la pièce, les battements contre les murs, les vagues applaudissements. On se félicite, Taylor donne une tape dans le dos de son adversaire. Une fois encore, le Chef ne sera pas tombé. On l'acclame quelques secondes durant, puis l'oublie aussitôt que deux nouveaux combattants entrent dans l'arène. Lui finit par sortir dehors, en proie à ce froid maudit qui commence à envahir les rues de Pseudo City. Trench sur le dos, il remonte le col, souffle un instant, laissant échapper une bouffée de cette buée qui rappelle ô combien il gèle au dehors, et il fait bon à l'intérieur. Le vent est sec, cinglant, il frappe la peau, presque plus violent que les combats précédents.
Taylor sort une cigarette de son paquet, l'allume de son zippo pendu à la chaîne autour de son cou, essuie du revers de sa manche du sang fraîchement sorti de son arcade. Pas grand chose, d'ici quelques minutes ça devrait déjà être sec. Avec ce vent de toute façon, ça ne pouvait que difficilement faire autre chose que sécher.
Et puis, cigarette coincée entre ses lèvres, il enveloppe la paume de sa main droite d'un bandage. Il aurait dû le faire avant le combat, mais il avait préféré y aller à mains nues. Le mur rêche ne lui avait rien pardonné, quand il y avait brutalement été envoyé par son adversaire. Le poing avait tout pris, comme c'était souvent le cas. Et si ça ne pissait plus le sang, c'était bien rougis, bien éraflé et bien dégueulasse.

# Encore une merde qui va me faire chialer quand je vais vouloir la nettoyer... #

Un sourire amusé, une ironie certaine. Ayant quitté les lieux depuis un moment, ses pas finirent par le conduire au Centre. Il était supposé retrouver les gars après la soirée Fight, mais l'envie n'était plus là. Il voulait se pointer chez les artistes, trouver des musicos, se poser dans un coin, écouter leur musique, aussi merdique soit-elle, fumer à s'en cramer les poumons et se délecter de la vie bohème qu'offrait cette partie du quartier neutre. Il savait qu'il y avait peu de chances qu'il passe inaperçu, mais qu'est-ce qu'il en avait bien à faire... On ne lui avait pas encore interdit l'accès au centre, de souvenir. Le quartier sud, c'était mort, Alessa serait bien foutue de le descendre à vue, quand au nord et à l'est, c'était tout simplement trop tendu pour se pointer là-bas. C'était soit Julian, et Taylor lui pèterait la gueule, soit Shinji, et là, c'est le chintok qui viendrait lui faire la peau...
... Shinji ...
Les gens disaient qu'elle était sa nouvelle putain. Qu'elle couchait avec lui depuis des années, et qu'il avait fini par lui accorder une place de choix dans le clan, qu'il avait fini par lui donner du pouvoir. Quel gros tas de conneries. Elle était certainement celle qui tirait les ficelles, comme d'habitude, et elle avait sans douté cédé à lui parce que c'était plus avantageux pour elle. Ou peut-être qu'elle tenait à lui ?

- Tss...

Lui, ça le faisait marrer. Imaginer qu'elle puisse tenir à quelqu'un ? Qu'elle ait même un coeur...? Pour ça aussi Alessa aurait été foutue de le descendre. Quel ramassis de conneries. Même s'il n'était pas sûr de savoir ce qu'elle était, il savait par contre parfaitement ce qu'elle n'était pas. Et ça pouvait se résumer en un mot: humaine. Elle ne pouvait pas être humaine.
Un rire fugace, un soupir las, il débouche dans une ruelle du quartier, plus très loin de la place quand un gars lui tombe dessus, le poing en premier. Et ça cogne dur, sec, droit sur la poitrine. Laissant tomber sa cigarette, il recula un instant, le souffle coupé, puis se reprit, quelques secondes seulement. Il n'eut même pas le temps de voir son visage, qu'un second coup lui arriva dessus. Mais la surprise n'était plus là. Il encaissa, préparé, il chopa le bras du gars, le tira vers lui, balança son propre poing, armé, droit dans son abdomen. L'autre s'affaissa, souffle coupé pour lui aussi, peut-être un peu sonné aussi. Mais Taylor ne faiblit pas. Il coinça le bras du gars dans son dos, chercha à le plaquer contre un des murs de la ruelle, mais l'autre s'en défit, se retourna contre le caïd de l'ouest, plus rapide que fort, il enchaînait coup de poings et coups de pieds, et Taylor encaissait, répondait, et ils tournaient et se retournaient dans cette ruelle sans fin, incapables qu'ils étaient de se faire face normalement. Jusqu'à ce que Taylor le chope à la nuque et le plaque au sol. Finalement, simplement, violemment. sans retenue, aucune. L'autre sembla surpris, étourdi, incapable de faire un mouvement de plus.
C'était Paul Altman, un de ses gars, un de ceux qui cherchait le plus à le défaire en soirée Fight. Taylor sembla un instant surpris, puis finit par relâcher sa prise sur le jeune homme. L'aidant à se relever, il attendit qu'il soit sur ses deux jambes pour lui flanquer une bonne grosse baffe à l'épaule.

- A quoi tu joues, Altman, j'aurais pu te déglinguer complètement, t'es taré !

L'autre reprit son souffle un instant, se massa l'épaule, puis émit un rire amusé quoique pas franchement rassuré.

- Putain, Chef, c'est toi le dingue, c'était quoi c'te prise à la nuque, j'ai cru que t'allais me la briser, j'ai flippé, merde !

- T'es con ou quoi ! Tu me prends par surprise, t'insistes et tu me montres pas ta tête, évidemment que je finis par m'énerver, abruti ! J'aurais vraiment pu te défoncer... On a des soirées Fight c'est pas pour rien.

- Moi qui croyait que tu te donnais à fond là-bas... T'es vraiment un monstre, mec.

Sans déconner. Comme s'il le savait pas déjà. Un regard fugace à son mégot gisant au sol, il soupire, en tire une autre du paquet. Mais trop tard. Altman se rue de nouveau sur lui, et il se remette à se battre. Taylor retient ses coups maintenant qu'il sait que ce gars c'est un des siens, et surtout un des siens qui lui veut du bien. L'autre le sait, il en profite. Et ce n'est plus un véritable combat. Entre les deux sinewyers, c'est plus une joute amicale où contusions et effusions de sang sont permis. De l'extérieur, c'est tout simplement violent, une nouvelle rixe entre Sinewyers, encore u gars que le Chef jaune va défoncer et peut-être même traîner dans ses hangars pour le buter en toute impunité.
Mais il n'en a que faire, il se fout de l'avis des autres.
Et d'un coup, il se sent balancer vers l'arrière. Il a trébuché sur quelque chose. Altman en profite pour lui en flanquer une belle dans la mâchoire.

- La victoire est pour moi !

Amplement suffisant, il clame ces mots, sourit comme un gosse qui a eu ce qu'il voulait à Noël, et repart en se marrant, ravi de son exploit, vers le quartier ouest.
Légèrement sonné, Taylor reprend ses esprits, un court instant, puis il soupire, amusé, peut-être aussi un peu agacé de s'être rétamé aussi bêtement. Et puis il remarque que quelque chose ne va pas. Il n'aurait pas dû se casser la gueule ici, Altman lui avait rien fait pour le déstabiliser.
C'est là qu'il la remarqua. Affalée à côté de lui, à moitié écrasée par lui (pardon .__.).

- Merde, pardon.

Politesse d'abord. Puis il finit par la regarder plus attentivement. Et putain, c'était quoi cette impression de déjà vu ? Il connaissait cette nana ou quoi ? Elle avait l'air dans un état dégueulasse, mais ces yeux, il pourrait jurer qu'il les connaissait.
Il lui rendit sa liberté, restant assis au sol. Il récupéra son paquet de clopes tombé plus tôt au sol, s'en alluma une.
Il oublia la gosse un instant, se concentrant sur ce couillon d'Altman. C'était quoi son but, sérieusement, juste mettre au moins une raclée à son Chef, une fois dans sa vie ?
D'un revers de la manche, il essuya le sang qui coulait de nouveau de son arcade, tira sur sa clope.
Puis il reposa son regard sur la gosse qui avait pas bougé d'un poil. Il s'était excusé, qu'est-ce qu'elle foutait à rester plantée là comme un piquet !
Et puis ses idées finirent par véritablement se remettre en place. Il la fixa un moment. Un long moment. Un trop long moment.

- Putain, Abelle !

Il s'étouffa à moitié dans la fumée de sa clope, la fixa plus choqué que surpris de la voir ici. Elle était pas supposée s'être échappée et arrangée pour ne jamais avoir à passer là ?
Et puis... Merde, qu'est-ce qu'elle foutait là ? Cet aimant à emmerdes, ça augurait rien de bon. Maintenant qu'il l'avait croisée, il pouvait être sûr que sa journée était foutue en l'air.

- Je croyais que tu t'étais arrangée pour pas finir ici. Sérieux, j'ai déjà assez d'ennuis pour avoir en plus à m'occuper de ceux que tu vas me créer...

Froid, moqueur, harassé. Elle était vraiment un aimant à emmerdes. Et ça, c'était sans doute la pire rencontre qu'il pouvait faire de la journée...
Ou du moins était-ce ce qu'il croyait à ce moment-là.
Et ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il réalisa que ce qui lui avait fait perdre son combat, c'était elle. L'élément sur lequel il avait trébuché, c'était elle. Une entrée en matière qui promettait... Et ça risquait pas de s'arranger...


  
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Abelle Ginger
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MessagePosté le: Mar 30 Oct 2012 - 22:04    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Elle avait les yeux fixement amarrés à la petite luciole incandescente qui dansait à l’autre bout de sa clope. Elle ne pouvait cesser de la fixer, comme hypnotisée par cette petite chose qui la tuait à petit feu, elle ne pouvait qu’enfin faire taire les centaines de hauts cris qui s’affolaient dans sa tête comme des secrétaires qui se cassent des ongles. Enfin, quand elle regardait une flamme danser, les pensées qui bouillaient sous son crane comme du métal en fusion reprenaient l’aspect calme d’un lac en hiver, glacées et endormies… et elle pouvait enfin respirer sans avoir peur de la prochaine pierre qui lui serait lancée.

Toute sa vie elle avait essayé de trouver une raison profonde à tout ce qui pouvait bien s’amener à elle sans qu’elle ne le demande. Elle y pensait justement, seule idée qui voguait sur une mer de calme, elle pouvait enfin y jeter un coup d’œil comme elle avait toujours voulu le faire, sans les centaines de torches qui s’allument partout ailleurs dans l’univers de ses pensées. Elle ne pensait pas avoir acquis un comportement qui entrainait les risques… en fait, elle avait toujours été du type qui évite les emmerdements, qui préfère se cacher dans un coin plutôt que de défendre les inconnus… pourtant pourquoi chaque fois qu’elle choisissait une cachette, il fallait qu’elle pose son postérieur sur un nid de fourmis rouges? Pourquoi chaque décision qu’elle prenait finissait en chao généralisé? Peut-être pour reprendre l’apprentissage qu’elle avait perdu en étant sur le bateau avec son père… l’apprentissage qu’elle n’avait que maigrement rattrapé auprès de…

« Mais où elle peut être, merde. »

Elle se leva d’un bond, rageant pendant quelques instants, perdue dans ses profondes pensées. Cette fois, l’imaginaire de ses pensées se prenait plutôt d’un gigantisme effarant, proche d’un tsunami qui emportait avec lui sa déjà maigre conscience du moment présent. Où cette fille qui lui avait fait goûter ce qu’était la vraie vie, qui l’avait poussé à prendre les voiles loin de cette vie qui la contraignait à un monde à huit clos pouvait bien avoir fini. Elle savait bien qu’il n’y avait qu’elle pour l’avoir ainsi aidé à ne pas tomber dans les pires emmerdes dès les premiers jours alors où était-elle!

« J’devrai bien lui dire un jour que j’suis une grande fille maintenant! Que j’ai plus besoin d’une nounou, non mais, qu’elle se le mette ou je pense, son maternalisme, la garce. »

Elle ne cessait de s’enfoncer dans ce cercle de songes, s’envolant dans un monde que toute personne dotée d’un esprit rationnel redouterait, celui ou, elle créait les pires collisions, ce monde qui faisait pousser autour d’elle les pires situations connues sans qu’elle n’y pose le moindre coup d’œil. Puis elle se réveillait entourée par les ennuis… alors tout commença par un souvenir bien précis.

Elle l’avait repoussé. Cette fille qu’elle regardait avec des yeux pleins d’étoiles l’avait repoussé du revers de la main en lui disant qu’elle ne comprendrait jamais, d’un ton sec et pressé. Pourquoi? Pourquoi avait-elle été rabaissée au niveau où… elle ne comprenait rien? Ces simples paroles avaient durés quelques secondes dans la vie de… dans sa vie. Mais dans la vie d’Abelle, ils résonnaient sans cesse dans ses oreilles. Cette scène était imprimée dans le fond de la rétine, cette fille qui parlait de choses abstraites à ce grand gorille qui aurait dû, selon elle, transférer quelques protéines à sa matière grise… elle lui parlait, parfaite maîtresse de la situation, petite lutine aux pieds d’un géant… et elle était là, petite blondinette inoffensive à se faire dire qu’elle ne comprenait pas…

Pourtant tout était clair dans sa tête.

Il y aurait une guerre, il y aurait une rébellion, il y aurait un affrontement… appelez ça comme vous le voulez, il y aurait l’une de ces fameuses collisions… ces collisions que d’habitude Abelle elle-même créait. Pourtant cette fois-ci, il y avait un beaucoup plus grand vent qui allait tourner et tout juste avait-elle compris la portée de ce qu’elle avait compris des paroles d’Elizabeth qu’un frisson parcouru son échine. Jamais elle ne pourrait être comme eux… elle était trop jeune.

Pourtant elle y aspirait plus qu’à tout. Plus qu’à la fortune de son père, plus qu’à surpasser sa sœur, plus qu’à revoir sa mère… elle aspirait à être comme eux. Comment lui en vouloir, petite fille qui regarde les grands, de vouloir être leur égal? Le lendemain, elle partait sur le pétrolier de son père.

C’est quelques mois après cette altercation qu’elle partait dans la nature, désirant leurs prouver qu’elle pourrait le faire, qu’elle en avait la force, qu’elle pouvait être comme eux. En fait, elle avait voulu prouver qu’elle était même meilleure qu’eux en évitant la geôle aux proportions monstres dans laquelle ils avaient été lancés… Elle parcouru donc les villes, amassant les accusations et les problèmes comme elle l’avait prudemment prévu… mais aujourd’hui, elle n’était pas vraiment mieux placée qu’eux, perdue au milieu de cette ville dans laquelle ils devaient certainement se trouver, cachés comme quelques milliers d’autres, riant de son innocence comme de celui de la petite fille blonde…

Mais aujourd’hui, l’adversité et le danger avait forgé en elle une identité tout à fait différente. Sa mentalité grimpait en force brute construite par un stress constant, en vitesse de réaction affutée et en répartie cinglante. Plus jamais elle ne serait le chien rampant au pieds de ces adultes… plus jamais elle ne serait le tapis, elle serait maintenant aussi imposante qu’eux, aussi pleine de prestance…

Si elle trouvait son chemin.

Et si elle la trouvait.

Elle se rassit paisiblement. Son corps n’évoquait en rien ce qu’elle vivait intérieurement. Tout ce qui pouvait trahir ce profond maelström de pensée était le flot constant de paroles qui s’échappait d’entre ses lèvres sans qu’elle ne puisse l’arrêter. Chaque idée trouvait ses mots, trouvait son chemin et elle racontait paisiblement son histoire aux pigeons qui la fixaient, les yeux plein d’espoirs… de l’espoir de voir une graine de pain tomber d’entre ses mains. Comme Abelle cherchait une réponse à toutes ses actions, qu’une réponse tombe du ciel, pour lui prouver cette vie de fuite et de danger qu’elle avait emprunté pour une raison qu’elle avait toujours trouvée dure comme le fer et qui aujourd’hui lui semblait parfaitement dérisoire.

Un léger désespoir tentait de s’infiltrer entre quelques-unes de ses pensées mais sa profonde anxiété créait un mur entre tout obstacle à son esprit. Pour survivre aux obstacles qu’on lui montait, il fallait bien qu’elle ait la tête claire, constamment fournie en adrénaline…

« Putain! C’est quoi ce… »

Parlant d’adrénaline, cette douleur qui piquait dans son tibia en aurait bien eu besoin. Après cet impact sur son tibia, il y eut son genou qui se contorsionna d’une manière irréaliste et sa cuisse qui subit un poids bien trop important pour sa capacité. Puis, quand ses yeux reprirent un contact forcé avec la réalité, elle aperçut, affalé près d’elle un colosse à la tignasse de jais. Près de lui, un autre homme fanfaronnait, tout sourire alors qu’il s’échappait à la poigne qui devait être de fer… celle qui l’attendait surement si le géant qui coupait la circulation de ses jambes réussissait à se lever…

« Merde, pardon… »
« Bah je l’attendais impatiemment celle-là »

Soupira-t-elle alors qu’il se levait, libérant des centaines de fourmis dans ses jambes déjà endolories. Imaginez la douleur qui l’attendrait le lendemain, au levez…

Son visage se dévoila enfin. Un immense choc la prit à la gorge et elle se sentit toute petite, voulu disparaître, voulu retirer de son visage ces taches sombres, voulut paraitre plus digne, plus noble devant cet être qui la pétrifiait totalement, elle qui savait toujours fuir… aujourd’hui, aucune véritable fuite n’était possible, elle était debout devant son but – l’un d’entre eux – et ne pouvait plus faire marche arrière. Devant elle se tenait ce colosse au cerveau ébouillanté qui hantait ses souvenirs… devant elle se trouvait, droit et vachement amoché…

Alexander Taylor.

Pourtant, il ne semblait pas la reconnaitre. Pas étonnant, elle n’avait été que la petite blonde insignifiante qui l’avait emmerdé durant ses jeunes jours. Voilà qu’elle sentait un flot d’acide monter à sa bouche… voilà qui n’était pas étonnant! Elle montra les dents en se levant pour au moins lui faire face et ses yeux lançaient des éclairs malgré sa volonté de se contenir. Sa respiration s’accéléra sans qu’elle ne le veuille vraiment et ses poings se serraient. Il l’avait oublié. Il méritait bien qu’elle veuille le faire râler.

« Putain, Abelle! »

Un cri qui calma toutes les cellules de son corps pour quelques secondes. Il se souvenait d’elle, même de son nom, mais il restait ce jeune homme qui l’avait laissé à leurs pieds, sans lui tendre la main pour l’inviter ne serait-ce qu’une seule fois à partager leurs petits jeux, à Elizabeth et lui… Il restait ce cerbère pour qui elle entretenait une colère aussi brûlante que l’enfer… elle se contenait, elle ne voulait que voir ses réactions, qu’interagir avec lui… elle ne devait pas tout de suite faire exploser son plan…

De toute manière, son petit brin de fille n’aurait pas provoqué grand-chose en lui sautant à la gorge…

« Alexander. »

Il prit un temps avant de répondre, sa réponse avait surement été aspirée par le vent, emportée au loin sans qu’elle ne puisse se rendre à destination.

« Je croyais que tu t'étais arrangée pour pas finir ici. Sérieux, j'ai déjà assez d'ennuis pour avoir en plus à m'occuper de ceux que tu vas me créer... »

Voilà, elle l’attendait celle-là. Comment parler avec lui sans qu’il souligne d’un ton hargneux ses multiples erreurs, ses emmerdes innombrables… elle serra les dents et prépara sa réponse :

« Je m’y étais arrangée, Alexander… Mais personne n’est à l’abri à Mighan. Avec toutes les accusations de meurtre que j’avais sur le dos, je ne pouvais pas rester en vie là-bas. »

Une réponse relativement mensongère. Comme si elle avait décidé par elle-même qu’elle s’en venait ici et que… ces meurtres dont elle parlait était prémédités… si seulement elle avait eu la fierté de réussir quelque chose en tuant ces gens plutôt que de monumentalement en rater. Elle avait fini ici en même temps qu’une poignée de jeunes voyous pris dans une embuscade et elle n’en était pas une plus fine que les autres…

« Et toi, tes plans n’étaient pas géniaux pour… tout ça? Tu n’as pas l’air de t’en tirer aussi bien que ce que tu croyais… en fait, je pense que tu en es au même stade, d’après la raclée qu’il t’a foutu… toujours à la traine, hein, Taylor? »

Elle avait ouvert sa gueule très grande cette fois. Et elle ne savait même pas l’ampleur de la bombe qu’elle venait de lancer
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Alexander Taylor
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MessagePosté le: Jeu 1 Nov 2012 - 14:40    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

« Bah je l’attendais impatiemment celle-là »

Arrogance et mépris. C'était risible. Alexander Taylor, Chef de tous les lascars de Pseudo City, qui se voyait répondre de la sorte par une minette pas plus haute que trois pommes et au moins aussi misérable que le plus vieux des clochards de cette foutue cité. C'était une blague sans doute, ou alors n'avait-elle pas fait attention à qui elle s'adressait. Une nouvelle, qui savait...
C'était ça. Une nouvelle. Mais pas franchement une nouvelle comme les autres. Abelle Ginger connaissait bien Taylor, et pas seulement depuis Pseudo City. Elle savait quel toutou il avait été par le passé, elle connaissait la loyauté dont i avait fait preuve auprès de sa Maîtresse, elle savait à quel point il concédait à se rabaisser pour ses beaux yeux, à quel point il pouvait oublier sa fierté et son amour propre pour Elle. Il était bien loin de cette image désormais, fier et puissant, impénétrable, impossible à faire plier. Si elle lui manquait de respect, ça n'était ni parce qu'elle n'était pas au courant de la place qu'il occupait, ni parce qu'elle venait juste d'arriver dans cette ville maudite ; si elle lui manquait de respect, c'était uniquement parce qu'à l'époque où elle l'avait connu, il ne méritait le respect de personne. Il n'était alors qu'une brute épaisse aux ordres d'une gamine pourrie gâtée au pouvoir de persuasion un peu trop grand, et il faisait la loi uniquement grâce à ses poings, uniquement par la peur, la terreur même, et non pas par le respect.
Elle était différente de tous ces gens qui vivaient à Pseudo City. Eux voyaient en Taylor soit un chef qui se souciait de son clan et avec qui on s'entendait bien, un chef qu'on respectait, soit un chef tyran qui régnait uniquement par la force et la terreur. Mais personne ne se doutait que par le passé il avait été le sous-fifre de quelqu'un qui apparaissait désormais, en ces lieux, comme une personne faible et sans aucun pouvoir. Personne ne pouvait imaginer que Taylor avait été l'esclave de celle dont on parlait comme étant la chienne de Shinji, celle qui avait vendu son corps à son Chef pour obtenir un pouvoir qu'elle ne méritait pas.
Taylor se fichait usuellement des rumeurs, des on-dits et des impressions, qu'elles soient fausses ou non, qu'il pouvait laisser aux gens. Mais ce qu'il redoutait désormais, en voyant cette Abelle se tenir devant lui, c'était qu'elle aille raconter à tout va qui Taylor avait été par le passé, et surtout de qui il avait été le fidèle petit toutou.
Parce qu'il la détestait désormais, l'exécrait même. Elle lui avait fait la pire chose qu'on pouvait lui faire vivre, et l'avait laissé pour compte, malgré tout ce qui les avait unis par le passé. Il ne voulait plus être associé à elle d'une quelconque façon que ce soit. Il avait ses raisons de la haïr, tout comme elle avait eu ses raisons de lui faire croire, par le passé, qu'elle tenait à lui. Quand tout cela était mensonge, quand tout ce qu'il avait fait n'avait été que la conforter dans la mise en oeuvre de son plan, et se faire éjecter de sa vie comme un vulgaire déchet, comme une personne qui n'existait pas véritablement pour elle.
Elle l'avait blessé. Profondément. L'avait rendu fou. Pratiquement détruit.
Il ne voulait plus rien avoir à faire avec elle. Et il ne voulait pas que cette Abelle raconte au monde entier la misérable erreur qu'il avait commise en octroyant confiance à cette garce.
Il acceptait qu'on pense à mal de lui. Il acceptait qu'on le haïsse sans raison. Il se fichait bien de la fierté pour ça. Mais que les gens se mettent à se rire de lui ou le détester à cause d'elle... C'était la goutte en trop. Elle n'avait pas le droit de continuer à le faire souffrir après tout ce temps. Il n'accepterait pas que les gens aient vent de la pire erreur qu'il avait pu commettre un jour: celle de s'allier avec le démon qui régnait sur les bas-fonds de Pseudo City.

« Alexander. »

Ils restaient là, à se fixer mutuellement. Lui, toujours assis à même l'asphalte, elle, debout devant lui. Depuis combien de temps n'avait-il plus entendu son prénom prononcé ici ? A Pseudo City, c'était Taylor, Taylor, toujours Taylor... Il avait réussi à extirper un "Alex" de Morgan, mais tout était différent avec elle. Tout était différent...
Il tira sur sa clope, fixa la gosse. Elle avait sacrément mauvaise mine, la petite, à croire qu'elle venait de passer plusieurs jours et nuits d'affilées toute seule à se les geler dans le froid. Un instant, il crut même la prendre en pitié. Mais cela ne dura qu'un instant. Un court instant qu'elle acheva le plus stupidement du monde.

« Je m’y étais arrangée, Alexander… Mais personne n’est à l’abri à Mighan. Avec toutes les accusations de meurtre que j’avais sur le dos, je ne pouvais pas rester en vie là-bas. »

Il resta là un instant pantois, avant de se mettre à rire, sans doute méprisant. Il la pointa de sa cigarette fumante, prêt à répondre à ce qu'il trouvait être la meilleure blague du monde.

- Tu m'étonnes, te connaissant, t'as dû en laisser des tas de pauvres gars morts. T'es pire qu'un chat noir, partout où tu passes les gens ne peuvent que tomber comme des mouches.

S'aidant de sa main libre, il se releva, essuya son trench, constata d'un revers de la manche que son arcade avait enfin arrêté de saigner, puis continua, le ton léger et moqueur.

- Mais je m'inquiète pas pour toi, petite. Si t'étais restée à Mighan, t'aurais certainement réussi à faire porter le chapeau de tes soi-disant meurtres à quelqu'un d'autre. Il paraît que ce sont les plus malchanceux qui se trouvent aussi être les plus chanceux dans leur merde.

Il se souvenait pas qu'elle était aussi grande gueule. Il se souvenait pas qu'elle pouvait être aussi misérable. Il se souvenait pas qu'elle pouvait lui taper sur le système à ce point. Dans le fond, il la connaissait pas vraiment de toute façon, ils avaient jamais eu plus l'occasion que ça de discuter. Lui était simplement là quand Elizabeth rencontrait Abelle. Il n'était que le serviteur qui reste en retrait. Mais penser qu'en restant sur ces souvenirs là elle pourrait le chercher à ce point, se rire de lui à ce point...?
Quelle blague... Et quelle ironie que Taylor se soit fait échauffer l'esprit par un de ces gars à peine plus tôt...

« Et toi, tes plans n’étaient pas géniaux pour… tout ça? Tu n’as pas l’air de t’en tirer aussi bien que ce que tu croyais… en fait, je pense que tu en es au même stade, d’après la raclée qu’il t’a foutu… toujours à la traine, hein, Taylor? »

Elle le cherchait. Elle le cherchait définitivement. Il la fixa longuement, non plus en proie à la rigolade. Il n'avait plus que faire de se rire d'elle. Elle se méprenait sur son compte. Il pouvait très bien s'en ficher et passer à autre chose.
Sauf que c'était Abelle. Abelle Ginger. Un élément important aux yeux d'Elizabeth.
Et Taylor haïssait Elizabeth.
Alors... Que faire pour se venger du mal qui a été fait, quand sous la main nous tenons une des petites abeilles que la Reine a malencontreusement égaré ?

....

Sourire en coin, regard malsain. Il tire sur sa clope, s'avance vers elle. Dangereusement. Il ne compte pas vraiment lui faire de mal de toute façon, mais disons que l'effrayer un peu serait d'une jubilation acceptable.
Il porte sa main à sa gorge frêle, continue d'avancer, la forçant à reculer vers les murs noircis par les tags de la ruelle, et c'est dans un bruit plat et sourd que son dos se plaque contre la brique.

- Écoute-moi bien, ma belle... Les règles ici ne sont plus les mêmes qu'à Mighan. D'une, tu apprendras qu'Elizabeth n'est plus là pour sauver ton petit cul, et de deux, tu apprendras que je suis assez remonté contre elle pour avoir envie de t'arracher tes petites ailes.

Regard perçant, froid, calculateur, planté droit dans ses prunelles turquoises. Elle a toujours ce regard de bête traquée, quoiqu'elle fasse et où qu'elle aille. Le genre de nana tragiquement habituée à porter la poisse et ne semer qu'emmerdes...
Il crache sa fumée sur elle, fait pression sur sa gorge pâle...

- Y a aucune loi qui te protège ici... Et aucune loi que tu ne peux enfreindre. Tu parles d'innombrables meurtres à Mighan, hein ? Ici, tu n'es pas jugé quand tu tues.
Alors... Qui crois-tu viendra pleurer sur ton cadavre...



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Abelle Ginger
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MessagePosté le: Jeu 1 Nov 2012 - 23:19    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Elle pouvait très bien voir les émotions jouer dans les prunelles de Taylor. Elle pouvait plus que tout voir que l’avalanche qui déferlait n’allait pas en remontant la côte et que les sentiments qui bouillaient dans le corps de ce sous-fifre qu’elle avait connu un jour se concentraient majoritairement vers elle, mais qu’une autre partie, non-négligeable se trouvait être orientée vers…

Surement vers elle.

Mais elle ne pouvait pas juger. Elle ne faisait que débuter, qu’entrevoir le début d’une compréhension. Jamais elle n’aurait cru qu’elle s’était mise dans un aussi gros guêpier en faisant une simple chose… apparaître. Elle rappelait à la surface un souvenir qui n’était peut-être pas aussi actuel que ce qu’elle pensait, peut-être avait-elle touché une cible que plus personne ne voyait. Peut-être avait-elle…

« Juste dépassé la limite encore une fois » dit-elle à voix haute sans vraiment s’en rendre compte, continuation de ce qu’elle pensait.

Puis il s’approcha d’elle. Ses yeux s’affolèrent, elle sentit presque sa glande surrénale sécréter l’adrénaline qui coula en elle comme un liquide salvateur, un sauveur de chaque circonstance, sa drogue personnelle, celle que tous possédaient mais qui lui permettait en ce moment de ne pas être morte et enterrée. Pourtant, elle savait très bien que son corps, une machine qui fonctionnait comme tous les autres, finirait bien un jour par trouver une faille ou faire glisser un grain de sable. Un jour, l’engrenage allait se coincer, trop usé par sa surutilisation constante. Elle roulait sur la dernière vitesse en constance. Elle vivait au même rythme que les bêtes traquées qu’étaient les hommes avant que leur cerveau n’évolue… et vous vous souvenez les maigres années que vivaient ces hommes?

Il faut aussi dire qu’elle avait déjà un sacré métabolisme pour ne pas tomber comme une roche... malgré qu’elle était bien tombée dans les pommes quelques fois dans sa vie et que la plupart du temps, ça l’avait sauvé, il restait qu’en ce moment, elle se voyait mal s’étendre par terre comme une poupée de chiffon au prise avec cette montagne de muscle… mais elle ne pouvait pas vraiment se battre contre ça, elle devrait faire avec les réactions de son corps.

Elle avait bien évolué avec le temps. Comment aurait-elle pu survivre seule, sans personne autour d’elle, sans personne sur qui compter sans devenir une fille qui ne se laisserait jamais piller sur les pieds… et à ses heures une fille qui pillait sur les pieds des autres. C’était bien ce qu’elle devenait. Lentement mais surement, une fille désagréable qui trouverait peut-être la vie entre les murs de Pseudo city passablement plus agréable qu’à l’extérieur dans la sauvagerie de la vie à la dure…

- Écoute-moi bien, ma belle... Les règles ici ne sont plus les mêmes qu'à Mighan. D'une, tu apprendras qu'Elizabeth n'est plus là pour sauver ton petit cul, et de deux, tu apprendras que je suis assez remonté contre elle pour avoir envie de t'arracher tes petites ailes. »

« Parce que tu crois qu’Elizabeth a quelque chose à faire avec tout ça? Ça fait longtemps que je l’ai oublié, je peux m’occuper de mes petites fesses toute seule tu sais, j’suis plus un enfant! »

Elle se retenu de lancer que les seules règles qu’il connaissait de Mighan étaient celles qu’Elizabeth avait bien voulu lui enseigner.

Malgré la pression qu’elle devinait pouvoir devenir atroce de ses mains d’ours contre sa fine gorge, elle continuait de se montrer au plus brave possible. Elle aurait très bien pu

Mais elle ne savait pas encore et le regard d’Alexander la faisait passablement frissonner et… pour le moment, elle préférait la vie tout court à la mort qui pouvait bientôt se profiler à son encontre. Ses pupilles se dilatèrent et elle se mit à voir comme si la vie n’était pas véritablement là, comme si ce n’était qu’un film qui lui illustrait parfaitement tout ce qui pouvait bien se passer en ce moment, qui déroulait avec un paquet de détail – qui pouvait s’avérer extrêmement utiles ou passablement inutiles – la scène sous ses yeux. Et après un moment, tout ce que captaient ses yeux était le mouvement des lèvres et des pupilles en colère d’Alexander qui la tenait à la gorge. En fait, colère n’était peut-être pas les bons mots. Il y avait une telle rigidité dans son regard qu’il semblait simplement dénué d’expression profonde, plongé dans un état de songe calculateur qu’elle ne pouvait pas comprendre. Les seuls calculs qu’elle faisait étaient ceux qui dénombraient ses blessures et elle ne comprenait pas cette manière de voir les choses, comme si on pouvait réellement prévoir ce qui allait se passer.

- Y a aucune loi qui te protège ici... Et aucune loi que tu ne peux enfreindre. Tu parles d'innombrables meurtres à Mighan, hein
? Ici, tu n'es pas jugé quand tu tues.
Alors... Qui crois-tu viendra pleurer sur ton cadavre...

Une question qui méritait un pensez-y bien. Pour toute personne du monde à part Abelle Ginger.

« Écoute-moi, Alexander. Cette décision, je l’ai prise en sortant de sous la tutelle de mon père. Jamais je n’aurai peur de la mort. Alors tu as bien beau me menacer, main sur la gorge, poing remonté, la seule chose que je ferai, c’est te grimacer à la figure, parce que c’est tout ce que mérite la mort. Tu n’as pas l’air de bien t’arranger depuis le temps, toujours à tout régler avec les poings, avec la force… raffine-toi, Alex. »

Elle avait cligné des yeux un moment après cette tirade. Beaucoup de choses dites sans fondement, les premiers mots qui lui étaient venus à l’esprit, simplement. Vous savez, ces mots qui franchissent vos lèvres par la première logique qui s’impose, la logique de base.

L’instinct.

Pourtant ses mains ne se levèrent pas, il ne fallait surtout pas gaspiller d’énergie. Elle ne fit que le regarder, mi bête traquée mi bouillonnement de plans, elle ne pouvait, pour l’instant, ne trouver que deux issues à cette rencontre.
Et l’une d’elle n’en était pas vraiment une.


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MessagePosté le: Lun 5 Nov 2012 - 20:20    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant



Le silence m'oppresse. Le silence m'apaise. Antithétique. L'eau chaude enveloppe mon corps nu, mais je ne parviens pas à m'y noyer, comme je l'aurais tant espéré. Je presse mes genoux contre ma poitrine, fixe machinalement et stoïquement le carrelage du mur en face de moi. La bonne odeur des produits de douche, elle ne me parvient pas. Seuls les petits bruissements de la mousse flottant à la surface de l'eau. Aucun autre son. Pas même un clapotis. Je suis immobile. J'aimerais être invisible.
Et puis mes yeux se mettent à piquer. Je les ferme un court instant, puis les rouvre, fixe toujours le même point. Quelle importance peut bien revêtir ce mur que j'observe ? Aucune... Je le regarde mais je ne le vois pas. Ma vision est brouillée. Je ne verrais rien de toute façon. Ils me piquent à nouveau...

Beep

Vague reniflement. Je cligne des yeux, détourne le regard, vois enfin. Je cherche ce beep qui m'a ôté à ma solitude, mais je sais que je ne le trouverai pas, parce qu'il n'est pas ici, pas avec moi... Je suis seule. Seule dans cette salle d'eau au sol et murs froids, seule dans cette baignoire dont la chaleur ne m’enivre point, seule dans cette prison, fixant un mur pour garder les yeux ouverts, alors que silencieusement les larmes me coulent. Les larmes... pas des larmes. Pas n'importe lesquelles... Parce que des larmes, ça ne peut m'atteindre. Mais ces larmes...

Beep

Je me lève, sors de ma prison de céramique et d'eau. Je m'enveloppe d'une serviette, essuie mes joues humides, quitte la chambre des horreurs.
J'ai toujours détesté ces pleurs... Lâche, fragile, gamine. Ce n'est pas ce que je dois être. Ce n'est pas ce que je suis. Je les déteste... Faiblesses.

Beeeeeeeeeeep

.... Bye ....
.... Burn .... Bold ....

.... Bored ....

Le froid des rues, un automne précoce. Il s'engouffre dans mes poumons, les enveloppe, les craquelle, les déchire... Mais je ne sens rien. La douleur n'existe pas. Le froid n'est pas aussi fort que ça... Je ne suis pas aussi insensible... Je crois.
Mes talons tintent sur les pavés d'asphalte, sourds. Mes jambes sont enveloppées d'un autre de ces jeans serrés, plus noir que les pensées qui m'obsèdent. Chemisier en satin blanc, collerette, veston de cuir ceintré, foulard blanc autour de ton cou pâle. Les yeux cernés de noir, mon regard court sur les personnes que je croisent, les attise d'un seul coup d'oeil, sourire vague de tes lèvres nacrées d'un rouge couleur de sang.

# Tu séduis, tu joues, tu aimes ça. Ce besoin de te sentir vivante, ce besoin d'exister... #

Tu glisses une main lascive dans ta longue chevelure brune, te complaît à te contredire intérieurement.

# Je me fiches de me sentir vivante... Je n'ai nul besoin d'exister. J'ai besoin de savoir. Rien de plus. De savoir, et de pouvoir. #

Sourire en coin. Je n'ai nul besoin d'exister... Quels sont donc que ces choses qui me viennent à l'esprit... Après toutes ces années... Serait-ce encore de son fait ? Cette brute sans attache, ce monstre de violence. Lui dont la silhouette se dessine à l'orée d'une ruelle du quartier central. Il ne devrait pas être là. Pas avec elle. Comment a-t-il pu réussir à la rencontrer avant moi ? Par quel hasard la chance a-t-elle pu te mettre sur sa route, quand tu n'as jamais été capable de me trouver, ici bas, avant que je ne vienne de moi-même à toi. Trois années. Trois longues années, Alex... Sans que tu ne saches que j'errais, juste là, sous tes toits..

.... Bye ....
.... I know I didn't say it ....

Les pensées se bousculent dans ma tête, les souvenirs affluent, les bons, les mauvais, les sombres, les moins sombres, les tendres, les tendres, les... tendres...
Je le sens qui s'agite dans ma poitrine, ce coeur que j'avais exilé, damné, ce coeur qui n'avait pas le droit d'exister, pas pour moi, pas pour cette vie...
Je les fixe, ces deux êtres qui jouent au jeu de la terreur au bout de cette ruelle. Je le vois qui empoigne sa gorge pâle, je la vois qui ne faiblit pas.
Et lui qui bat, bat, bat encore...

.... Burn ...
.... First and last good bye ....

Mes yeux se closent. Le froid s'engouffre d'un coup dans ma gorge, enveloppe de nouveaux mes poumons, puis il repart, éjecté, indésirable.
Je rouvre les yeux. Mon coeur s'en est retourné dans son antre de béton, enchaîné à mes entrailles, locked in that damn chest... Mon regard redevient lascif, mes lèvres s'étirent à nouveau en un sourire malsain.
Elizabeth Hidwell, dans toute sa splendeur, démon, harpie, reine de concupiscence...
Le tintement de mes talons retentis encore, je m'avance vers eux, licencieuse, de nouveau celle qu'ils connaissent. Uniquement elle. JE me complais dans mon jeu d'actrice. Ils n'ont jamais connu le véritable moi. Ils ne me connaissent pas. Ni l'une, ni...

.... Bold ....
.... Of having wanted to kill you ....

Ma main se pose sur celle qui ne tient pas sa gorge, s'empare de sa cigarette entamée, demi-tour, je repasse derrière lui, porte la pourriture à mes lèvres, tire une latte, puis deux, inspire, respire, puis m'appuie contre ce mur tagué, les observe, tous les deux, elle compressée contre la brique, lui en position de force.
J'expire la fumée entre eux deux, esquisse un sourire mesquin. Ma main se lève, s'installe entre eux deux, je referme le poing, laisse mon index et mon majeur levés.

" Seulement deux remarques... "

Je les observe, un à un. Abelle, surtout. Je n'ai que faire d'Alex... Elle est si belle. Sale, misérable, en mauvais état, et pourtant si belle. Ses prunelles sembleraient briller au milieu de la nuit, et sa chevelure, quoiqu'insipide, étinceler sous la lueur de la lune. Une fois de plus, Lewis avait raison de t'informer. Abelle était parmi nous. Abelle s'était faite attrapée. Et elle était là. Enfin. Près de moi. Je ne te laisserai pas partir, cette fois... Plus jamais.

" Navrée de venir te contredire, Alex... Mais, hélas, il semblerait que je sois encore là pour sauver son petit cul. Tu ne devrais pas sous-estimer sa chance... "

Un seul et unique regard porté sur lui. Je suis maîtresse de mon corps, reine de mon âme, et je joue avec lui, je sais qu'il déteste ça, je sais qu'il veut croire qu'il me déteste. J'espère qu'un jour il le fera réellement. Misérable petit homme. Faible. Délectable...

" Quant à toi... Mes prunelles océans se déposent sur le visage gracieux de la douce enfant qu'Abelle n'est plus, un court instant de silence, pesé, mesuré, un sourire, étrange, ni amical ni hostile, ni malsain ni délicat, juste... Indiscernable. Illisible. Indéchiffrable. Ne joue pas avec le feu n'importe où... Le quartier central est un territoire dit neutre, mais il est loin de l'être... Et qu'arriverait-il, si par le plus grand des hasards, tu tombais sur une personne qu'il valait mieux ne pas croiser... Tu connais les clans, ici, ma douce ? Tu connais celui qu'il faut éviter si on ne veut pas d'ennuis ?
Sinewyers, Abelle... Les Sinewyers... Il paraît que le pire d'entre eux est un monstre de violence. On ne l'importune pas, on ne le cherche pas. La paix est fragile, Abelle... Et les Sinewyers la menacent, tout le temps, sans répit. Parce que le pire d'entre eux résident parmi eux... Tu as déjà entendu parler de lui, Abelle, leur Chef depuis bientôt trois ans. Je sais que sa réputation a dépassé les frontières de Pseudo City, que même à Mighan on a peur de lui...
Les pires rumeurs disent même que c'est lui qui a déclenché la guerre avec Mighan. Et ils ne sont pas loin de la vérité...
Tu ne devrais pas jouer avec le feu, Abelle. Pas ici, pas à Pseudo City, pas hors de ton territoire...
Sourire cynique, regard en coin au chef en question.
Encore moins quand tu es Brainstormer, ma belle...


Je m'éloigne un peu, un retraite de quelques pas, esquisse un sourire vague, indéchiffrable, encore. Je joue, je joue... Le démon est en moi. Twisted...
Je me sens vivre. Je sens le pouvoir. La jubilation. La souffrance. Le mal...

.... Bored ....
.... Of watching the same movie ....

.... In my head ....

Puis je me rapproche à nouveau, je m'insère entre eux deux, prends la place d'Alex, le recale au second plan, presque au corps à corps, tout contre elle. Mes lèvres font leur chemin jusqu'à son oreille. Je susurre. Lascive, voluptueuse... Luxurieuse.

" Ne joue pas avec le feu, Abelle... Pas quand il s'appelle Alexander Taylor... Pas quand à lui seul il aura su déclarer la guerre a deux clans, et rester en froideur constante avec un autre...

Je glisse ma main contre son bras, sensuelle, puis me retire, observe mes deux nouveaux jouets. Je souris. Je souris, oui... L'ennui s'en est allé. L'ennui de cette vie monotone, l'ennui de cette prison de fer dans laquelle je suis enfermée...

Je porte cette cigarette à mes lèvres, tire une latte, puis deux, puis trois... Fin de l'acte. A vous de jouer...


.... Reaching Anchorage ....




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Alexander Taylor
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MessagePosté le: Mar 6 Nov 2012 - 20:34    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Elle ne transparaissait rien. Il voulait l'effrayer, la mettre en garde, parce qu'elle n'aurait certainement pas tout le temps la chance de tomber sur lui, mais il ne savait même pas si ça fonctionnait vraiment. Il se doutait qu'elle ne restait pas indifférente à ses menaces, il voyait ses pupilles s'agiter dans ses yeux, il sentait presque le poids de la gravité dans ses jambes. Mais elle ne transparaissait rien d'autre. Stoïque comme l'acier. Forte d'indifférence. Excellente actrice, peut-être. Elle avait été formée par Elizabeth.

« Parce que tu crois qu’Elizabeth a quelque chose à faire avec tout ça ? Ça fait longtemps que je l’ai oubliée, je peux m’occuper de mes petites fesses toute seule tu sais, j’suis plus un enfant! »

Tiens donc, c'était comme si elle lisait dans ses pensées. Le moment idéal pour aborder le sujet du loup, hein ?
La pression sur sa gorge se fit un instant plus forte, un sourire nerveux fit irruption sur le visage du caïd.

- Ouais, je vois bien ça... T'as l'air de parfaitement t'en sortir, là, ma belle, hein ? Tsch !

Il avait approché son visage du sien, plongé son regard noir dans celui, bleuté, de celle qui n'était peut-être encore qu'une enfant. Il ne voulait pas parler d'Elizabeth, mais pourquoi se plaignait-il alors que c'était lui-même qui avait amené sur le sujet sur la table. Il s'écoeurait. Il s'écoeurait carrément. Parler d'elle après tout ce temps, c'était à croire que dans le fond son obstination pour elle n'était pas complètement éteinte.

Tss, comme si...

Et avant même qu'il n'ait pu surenchérir de menaces, la gosse le prenait d'avance, sortant un de ces grands discours sur elle et sur Taylor.

« Écoute-moi, Alexander. Cette décision, je l’ai prise en sortant de sous la tutelle de mon père. Jamais je n’aurai peur de la mort. Alors tu as bien beau me menacer, main sur la gorge, poing remonté, la seule chose que je ferai, c’est te grimacer à la figure, parce que c’est tout ce que mérite la mort. Tu n’as pas l’air de bien t’arranger depuis le temps, toujours à tout régler avec les poings, avec la force… raffine-toi, Alex. »

Une décision ? Mais quelle décision bordel ? Il avait perdu le fil de la conversation ou c'était elle qui s'était embrouillée toute seule ?
Et puis, c'était quoi ces propos de merde... Elle le cherchait. Se raffiner ? Comme s'il pouvait se raffiner. C'était d'Alexander Taylor qu'on parlait, d'un gosse traumatisé jusqu'à l'os, d'un gosse qui était devenu violent pour survivre, et qui avait visiblement très bien réussi à s'en sortir jusqu'à maintenant.
Et puis, c'était quoi cette histoire de mort... Alors elle s'en foutait tant que ça de crever ?

- Tss... C'est pas en grimaçant à la mort que t--

Un sentiment de froid sur sa main le stoppa dans son élan, et lorsque sa clope lui fut enlevée d'entre ses doigts, il détourna le regard de la jeune fille un instant, cherchant la personne qui l'avait si vaillamment volé.
Mais il n'eut pas le temps de la voir. Il n'y avait que le tintement de ses talons. Il n'y avait pas porté attention quand ils avaient retenti, se rapprochant d'eux, mais désormais, il n'entendait plus qu'eux. Elle était comme une ombre. Avant qu'il n'ait pu la voir, elle s'était faufilée dans son dos, et ça n'était que lorsqu'elle était réapparue de l'autre côté, adossée contre le même mur où Abelle était plaquée, qu'il finit par la voir.
Dans l'ombre de la nuit, il discerna d'abord cette longue chevelure brune qui lui était propre, entourant son visage fin, ce visage blanc comme l'opale, orné de ses deux saphirs brillants. Ses lèvres, étirées en un de ses sourires fallacieux, étaient bercées du rouge couleur de sang. Elle était splendide. Un joyau de splendeur, comme toujours. Cette beauté qui faisait mal. Il ne voulait pas la voir. Il ne voulait vraiment, vraiment pas la revoir...
D'un pas blasé, il se recula, retirant sa main de la gorge d'Abelle. Il fixait Elizabeth, partagé entre la colère et la béatitude de la voir ici, débarquant presque au moment-même où on avait prononcé son nom (Voldemort iz in da place XD).
Il ne voulait pas la voir. Il ne voulait pas avoir l'occasion de la laisser s'expliquer pour tout ce qu'elle lui avait fait comme sales coups de pute. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec cette vicelarde... Et pourtant, il était resté avec Abelle. Et dans le fond, c'était obligé qu'Elizabeth finisse par débarquer...
Il en voulait à Abelle, inexplicablement. Elle était forcément la cause de tout ça. Alors qu'il avait tout fait pour ne pas la revoir depuis la réunion des Chefs, alors qu'il avait tout fait pour ne pas avoir à lui demander quoi que ce soit...

- Je savais que t'étais qu'un putain de chat noir...

Un regard d'une froideur à glacer le sang, voilà ce qu'il avait balancé à Abelle. Il était en colère. Et vraiment, cette fois. Il n'écoutait même pas ce qu'Elizabeth racontait, il ne voulait rien savoir, rien voir, rien entendre. Il savait que c'était ce qu'elle voulait. Alors pourquoi s'emmerder à lui désobéir quand ça arrangeait les deux camps ?
Harassé, il esquissa quelques pas dans la ruelle, s'éloignant des deux jeunes filles qui semblaient déjà s’affairer ensemble. Il tira une clope de son paquet, alluma la flamme de son zippo. Et puis il stoppa.
La flamme vacillait au bout de sa mèche, et traçait sur le visage du chef des vagues parfois orangées, parfois ombreuses.
Un petit rien lui avait traversé la tête. Ce genre de petit rien qui lui traversait souvent la tête à l'époque où Alessa, Elizabeth et lui traînaient ensemble...

# Tu fumes pas Lily... #

Il tourna la tête vers les deux protagonistes. Elle était là, penchée sur Abelle, crachant la fumée blanche, ce bâton de feu à la main...

# Tu fumes pas... #

Elle avait pleuré. Il le sentait comme on sent le fuel dans une station service. Il le savait, c'était viscéral, ancré en lui, il savait ces choses-là... Il la connaissait par coeur, mieux que quiconque. Il savait qu'elle avait des faiblesses. Et il savait surtout que parfois, quand elle se croyait seule, elle s'enfermait puis pleurait en silence. Des larmes qui pourraient ne pas en être, son visage ne se tordait jamais sous le chagrin, aucun son ne sortait de sa bouche. Elle restait simplement là, rigide comme une statue de marbre - et sans doute au moins aussi belle -, et elle laissait les larmes couler, ces larmes qu'elle retenait tout le reste du temps...
Et puis elle fumait une cigarette. Une seule. C'était là les seuls moments où elle s'accordait ce plaisir - ou cette torture. Quand elle voyait qu'elle s'était égarée du chemin qu'elle s'était promis de prendre, enfant, et qu'il fallait qu'elle se remette en route...

Un pincement au coeur.

Puis il détourne le regard. Il ne veut plus rien avoir à faire avec elle. Il ne veut plus avoir pitié d'elle, il ne veut plus partager sa souffrance, mourir de douleur pour elle, avec elle, en silence, sans qu'elle n'en sache rien. Il en avait terminé avec les loyautés aveugles et les conneries d'ado. Il ne voulait plus se faire traiter comme elle l'avait traité, il ne voulait plus n'être qu'un chien à la solde d'un démon infâme.

Il finit par allumer sa cigarette, refermer son zippo d'un claquement métallique. Il était en colère contre elle, pour tellement de raison. Et en même temps, il se devait de lui être reconnaissant, pour une chose: elle avait répondu présente quand il s'était agi de soigner Sephy. Elle n'avait pas ignoré son appel. Elle n'avait pas fait ce que lui s'apprêtait de faire...

Fuir.

Ses pas le dirigent lentement vers la sortie de la ruelle. Qu'il les laisse donc entre elles, ces deux harpies... Il n'avait pas de temps à perdre avec les émissaires de l'Infortune.


 
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MessagePosté le: Mer 7 Nov 2012 - 00:53    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

J’ai l’impression d’être à la traine derrière deux excellents écrivains mais j’vais quand même répondre * pique une dépression nerveuse face au stress* En plus j'aime pas du tout mon post... mais bon

Si elle avait su qu’en partant dans les rues à la recherche d’Elizabeth, elle la trouverait dans une situation comme celle-ci, elle serait restée bien pénarde dans ses quartiers dans le quartier Nord. Pourtant, maintenant que ses fesses étaient ici, dans ce quartier neutre, elle ne pouvait plus rien faire.

Elle avait écouté ce que lui avait dit Alexander, mais n’en avait pas fait plus de plats. Il ne disait tout cela que pour répliquer, elle voyait bien qu’il ne la suivait pas tellement et elle non plus ne trouvait pas de logique dans ses gestes, il y avait quelque chose qui brouillait ses radars, qui rendait sa puissance de réaction aussi forte qu’un puceron face à un mastodonte et elle se sentait dépourvue… oui peut-être que l’élixir qui la faisait survivre était encore là, à bouillir dans ses veines, mais il avait pris la teinte d’une vaine tentative de fuite, de ces essais sans réelle répercussions, de ses coups de pistolets tirés dans le noir…

Et de ces coups à la destination désuète, elle liait l’écho au son régulier que faisaient depuis un moment des talons aiguilles sur le sol de cette place bondée de silence. Ces répercussions ne faisaient que rappeler au tandem de protagonistes qu’ils étaient bien petits malgré leurs idées de grandeur et que leur position n’en était qu’une de faiblesse dans une ville de chaos sans profond sens, de dédale sans sortie… enfin, si Taylor ne le ressentait pas, elle, elle sentait cette sensation palpiter jusque dans les plus petites de ses veines, plus puissante encore que la certitude de vie que lui apportait l’adrénaline.

Et cette conviction en l’incompréhension de sa propre position dans ce monde, elle en savait l’exacte provenance. Elle venait d’un cœur fouaillé qu’elle connaissait à peine mais qu’elle chérissait dans un secret parfait plus que tout. Elle venait de la présence insidieuse de leur maîtresse à tous deux dans leurs corps, dans leurs âmes. Cette présence froide et particulièrement délivrante de la soumission lui vint au cœur comme un poison, comme un mets que l’on adorait et que l’on vient à détester… quand elle vit ces yeux qu’elle avait tant adoré, cette attitude à laquelle elle avait voulu aspirer, son souffle se coupa…

Ou était-ce la poigne d’Alexander qui se resserrait autour de son cou sous le coup de la colère. Alors qu’Elizabeth tentait de lui faire voir qu’elle était là pour elle, qu’elle ne voulait que redevenir celle pour laquelle tout était exaucé, elle ne put que se tourner vers Taylor, que contempler ses prunelles pour trouver la démarche à suivre, celle qui la tirerait hors de cette asservissement dégradant et elle ne trouva rien si ce ne fut que du mépris froid et une légère étincelle d’agacement… elle ne devait pas tout voir au travers de ces prunelles sombres.

Elle se tourna donc vers le discours d’Elizabeth et en attendit la fin. Son cerveau recueillit chaque information, chaque mot, chaque phrase et les enferma dans un coffre fermé à double tours. Son envie de montrer à sa maîtresse non-imposée qu’elle la surpassait passerait surement par une connaissance plus profonde de sa tortionnaire…

En fait, elle avait toujours su que jamais Elizabeth n’avait voulu d’elle comme d’un de ses jouets. Elle l’avait toujours traitée comme un chien bâtard dans sa lignée de race mais… elle était bouleversée par l’intérêt que celle-ci lui portait… elle la détaillait comme si elle était un chef d’œuvre et quand elle valait peut-être à peine un tag de rue. On dirait que le changement qu’Abelle avait elle-même effectué pour devenir différente de la jeune fille à genoux devant les grands n’avait fait que la rendre plus attrayante au regard de celle qu’elle voulait fuir.

Bon enfin je peux respirer tranquille… Il était temps qu’elle s’en aille un peu… Pourquoi faut-il qu’elle soit revenue dans une situation comme celle-là? J’aurais bien voulu régler un problème à la fois, mais de là à vivre la rencontre avec les deux en même temps… Je suis pas si mal, mais je suis quand même pas Wonder Woman et j’ai mes limites. Putain, j’ai la trouille. Depuis des années, j’ai la trouille, la vraie, celle devant laquelle on ne peut rien faire, celle devant laquelle on a les jambes molles et des sueurs froides, pas celle devant laquelle on a envie de se dresser et… c’est devant une pauvre fille qui a l’air aussi terrifiante qu’un cadeau de Noël… Pas fameux ma résistance.

La Haughter s’approcha dangereusement d’Abelle, frôlant son corps en entier, faisant balader dans toutes les confins de son corps des frissons qui était, d’une manière ambigüe, planqués entre l’excitation et le dégoût de la voir ainsi si près d’elle…
Je sais très bien que je suis naïve, que je l’ai toujours été. Je sais très bien que je ne suis pas techniquement ce que les gens considèrent comme une lumière, que je suis plus comme une black light qui brillent d’une manière unique. Mais j’ai avancé et j’suis aujourd’hui bien plus forte que je ne l’ai été par le passé… je ne la laisserai pas m’avoir cette fois-ci…

Mais une idée sournoise et particulièrement alléchante vient frôler le cerveau peu habitué aux idées songées d’Abelle. Quelle meilleure manière avait-elle de trouver la meilleure manière de doubler Elizabeth qu’en étant une toute autre qu’elle ne l’était vraiment. L’idée était abstraite, à peine dessinée dans son esprit, mais elle savait qu’elle tenait le filon d’un plan qui pourrait mener à bien des choses…

Mais elle le garda pour plus tard alors qu’elle sentait Elizabeth se presser contre elle, insistante, sulfureuse… Elle écoutait attentivement les paroles de celle qui la tenait captive… et ne put s’empêcher de soupirer, comme dans un rêve, alors qu’elle ne se rendait pas vraiment compte qu’elle disait vraiment ses paroles…

- Pourquoi tu fais ça Elizabeth? Qu’est-ce que j’ai de si spécial?

Elle avait bien noté que Taylor était parti et la bile d’arranger les choses avec son passé était revenue contre ses lèvres… Elle ne comprenait pas ce qui l’agitait, le cocktail explosif de la rancœur mêlé à la peur provoquait en elle des réactions incontrôlées et elle vivait le moment présent avec un mélange de compréhension et de rêve…

Bientôt, il était bien possible qu’elle perde complètement les vraies raisons de sa venue ici, de sa quête pour trouver
Elizabeth…

Ou il était possible que son plan change du tout au tout et qu’elle prenne enfin véritablement les reines…

Qui sait.

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MessagePosté le: Jeu 15 Nov 2012 - 19:09    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant


Tu sens la présence d'Alex qui s'efface, il se retire, il fuit, lâche, fidèle à lui-même. Tu le sais qui refuse de se confronter à toi, tu le sais qui abhorre de devoir se rappeler ce que tu as fait, ou n'a pas fait, pour lui. Et dans toute ta clémence, tu ignores sa veulerie, infâme trahison envers son propre ego. Perdue dans le bleu des yeux d'Abelle, tu émets des hypothèses, tu l'imagines, fuyant de peur de n'être pas capable de se retenir face à toi, terrifié à l'idée que tu pourrais définitivement lui faire perdre pieds, l'enfoncer dans un gouffre sans fond, l'enterrer sous le poids de ses propres péchés. Tu le sais capable de te haïr à t'en tuer. Te donner la mort. Il le ferait si bien. Il le regretterait si longuement... Tu en jubilerais presque. Ce serait une fin parfaite.
Mais il n'en fera rien. Jamais. Parce qu'il fuit, parce qu'il évite de devenir celui que tu le forces à devenir.

Mensonges...

Ton esprit se vide. Tu n'as plus à penser à lui. Il est parti, il est absent. Seule la belle qui te fais face peut t'apporter intérêt. Et tu la fixes, cet être antinomique à lui-même. Elle se laisse bercer par tes caresses, subjuguée par ce souffle chaud que tu fais courir sur sa peau fragile. Le contact entre vos corps est presque trop présent, vos propres chaleurs se partagent, s'entremêlent, tu adores ça... Jouer avec elle, lui faire miroiter des choses, la tromper, encore, et encore... Toujours.
Tromperie, vilenie, mépris. Indifférence.
Tu t'es toujours montrée sous ce jour. Mais certaines choses ont changé depuis la dernière fois que tu as vu Abelle. Certaines choses... ne sont plus pareilles. Et tu sais qu'elle s'en sera certainement rendue compte...

Pourquoi Alex est-il parti, si froid, si méprisant ? Pourquoi n'y a-t-il eu aucun échange entre vous deux, pourquoi a-t-elle été le seul objet de ta convoitise, alors qu'auparavant rien ne semblait pouvoir ôter ce mâle de tes intérêts ? Pourquoi parais-tu plus glaciale, et plus cruelle encore que tu ne l'étais alors ? Pourquoi es-tu seule, alors qu'il y avait de tout temps des tas de gens autour de toi...
Qu'es-tu devenue... Elizabeth Hidwell.

- Pourquoi tu fais ça Elizabeth ? Qu’est-ce que j’ai de si spécial ?

Un bref mouvement de recul, tu ajustes ton visage en face du sien, l'observe de tes deux prunelles bleues, le regard profond, un instant de silence... Puis un sourire fallacieux se dessine sur tes lèvres.
Ce sourire fallacieux...
Et tu lui réponds, de cette voix douce, sombre, tristement chantante.

" Mais rien, Abelle... Tu n'as rien. C'est pour ça que je ne t'ai jamais accordé plus d'importance que tu n'en méritais... Tu n'as rien. Tu ne représentes rien. Ni à mes yeux, ni à ceux de quiconque... Ne t'en étais-tu pas déjà rendue compte ? "

Tu esquisses un pas de recul, ce sourire mesquin flotte toujours sur tes lèvres assassines. Tu la fixes, indolente, vipérine, fielleuse.

" Tu es intelligente, Abelle... Et si tu me poses la question, c'est que toi-même tu ne sais pas ce que tu as de spécial. La réponse n'est-elle pas évidente, alors ?
Vois la vie comme un plateau d'échecs. Toi, Abelle... Tu n'es qu'un insignifiant et misérable pion. Tu es de ceux qui attirent en premier le regard de l'ennemi, le détournent, et se font sacrifier. Tu n'as nul autre intérêt que celui-là...
Je pensais que tu avais fini par le comprendre... "


Tu cherches. Tu joues. Tu détruis. Elle te le rendra. Si bien, si mal, si douloureusement... Tu as tellement changé. Tu n'incitais pas le monde entier à te haïr auparavant... Tu te contentais de te faire détester par tes cibles, par ceux que tu désignais comme étant tes jouets... Mais tu ne t'isolais pas dans ta malveillance. Tu ne t'éloignais pas de ceux qui pouvaient t'être proches...
Tu as appris à tout détruire, toi y compris... Et rien, ni personne ne semble en mesurer de t'arrêter... Tout doit aller selon le plan. Et pour l'instant, le plan avance bien. Un jour, tu atteindras ton objectif. Un jour... Si tu ne meurs pas avant.

Tu plonges une main dans la poche de ta veste, un cliquetis métallique se fait entendre, et le tintement n'en est que plus strident lorsque tu en sors une jeu de clé, que tu jettes à Abelle.

" Va donc donner ça au caïd qui se fait la malle... Et dis-lui exactement ceci: retrouvez-moi dans une heure. Les rues de Pseudo City ne sont pas le meilleur endroit pour discuter.
Et... Evitez de croiser Hawksbury quand vous êtes ensemble... "


Un vague sourire amical, paradoxe total. Tu te détournes d'elle, glisse une main lascive dans tes cheveux, t'éloignes promptement, bercée par les tintements de tes talons.

Une fois que tes pas te mènent à distance acceptable, ton regard se baisse, à peine pour être perceptible, mais il se baisse. Tu soupires, doucement, tristement.

" Tu as choisi le pire moment pour me revenir... Abelle Ginger "



Bon, vu que je mets un temps fou à répondre, je vais vous laisser entre vous un petit moment, mais promis, on se rejoint après ! Je continue de vous lire en attendant, les enfants !! Twisted Evil Alors pas de bêtises !

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MessagePosté le: Ven 16 Nov 2012 - 16:09    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Quand elle recula, la jeune Abelle eue elle aussi un mouvement de recul. Mais celui-ci fut imperceptible, plutôt mental que physique. Elle venait de prendre en compte ce qui se passait vraiment. Elle était abandonnée aux serres de l’aigle par le seul élément qui aurait bien pu l’aider. Elle se sentait comme perdue dans ce monde parallèle au véritable, comme si tout d’un coup, le sommeil lancinant qui l’avait pris par surprise s’effaçait comme un rêve qui se fait dissiper par les premiers rayons du soleil… Elle ouvrit enfin les yeux qui semblaient avoir été couverts par un voile tout ce temps et regarda Elizabeth sous un nouveau jour…

Lorsqu’elle parla d’échec, tout devint clair dans sa tête… Elizabeth avait toujours été, dans l’esprit d’Abelle, une reine. Noire, mais elle restait une reine. Et surtout, Abelle avait été, dans son propre esprit, un pion… mais si on approfondissait cette notion d’échec, c’était, dans la tête d’enfant d’Abelle, la position de sa propre reine qu’elle s’était fait ravir par l’image idolâtrée mais empoisonnée de cette jeune fille aussi belle que la plus belle des fleurs… et après s’être fait enlever sa reine, la seule manière de la reprendre est d’opérer la promotion du pion.

C’est un sacrifice qui en vaut largement la peine. Quand un pion entre dans le territoire d’origine de la reine opposée… il peut être l’une des pièces volées par l’adversaire… il était donc possible, en retournant aux racines d’Elizabeth, de récupérer sa liberté de penser, sa véritable identité, loin de la course-poursuite qui ne s’achevait jamais entre elles…

J’veux bien mais comment j’peux faire hein… j’suis pas psychologue mais ça commence à être légèrement profond mon truc et sincèrement, j’ai pas envie de me faire une psychanalyse parce qu’à part me sentir encore plus folle…

Ce qu’elle ne prit pas en compte, c’était le sentiment d’être un chien qui court après sa propre queue. Elle tenterait dans les prochains mois de fuir Elizabeth par une tactique qui ressemblait presque trait pour trait à tenter de lui ressembler. C’était donc techniquement contre-productif. Mais c’était la seule manière pour elle de se donner le sentiment qu’elle faisait bel et bien quelque chose contre l’emprise arachnéenne de sa tortionnaire.

Salope, salope, salope, salope, salope.

Elle regardait la femme qui opérait avec brio ce conciliabule d’un œil mauvais, vif et rongé d’une soif impénétrable qu’elle-même ne pouvait pas comprendre. En vérité, au fond de son âme, elle n’avait pas peur de cette maîtresse… elle avait peur de sa propre ombre qui l’entrainerait dans ses filets, qui la ferait danser telle une marionnette au bout des ficelles qu’elle tendait par dépit, comme si c’était la seule chose qu’elle pouvait faire…

Elle attrapa les clefs dans vraiment les voir, plongée dans son esprit, prise elle-même par les méandres qu’elle avait tissé lors de son développement. Ce qui la réveilla de cette transe emplie d’idées confuses, ce fut le bruit des talons d’Elizabeth sur le béton. Elle releva les yeux et s’éveilla cette fois pour de bon, certaine que le prochain moment ou elle quitterait le monde réel pour penser serait beaucoup plus loin. Certes elle avait été blessée par les paroles de la Haughter, mais elle surmonterait cette douleur car elle avait maintenant un but.

Et c’était cocasse qu’Elizabeth la fasse aller dans la direction de Taylor alors que c’était justement ce dont elle avait besoin. Elle conserva ce plan vicieux, caché… elle savait fortement qu’il était insensé, qu’elle gafferait tout au long de son exécution et qu’elle ne pouvait pas s’en sortir d’une manière ou d’une autre sans un nombre élevé d’écorchures… mais elle pourrait enfin le faire, enfin se sentir supérieure à cette fille qui l’avait toujours fait perdre pieds…

Elle savait qu’elle pouvait réussir.

Non mais quand même, c’est quoi me donner de la besogne comme ça… j’ai pas que ça à faire moi, courir après le chien galleux.

Il y avait une telle différence entre son conscient et son inconscient qu’elle le voyait presqu’elle-même. Elle savait très bien le déroulement qui courait dans le fond de sa tête mais elle l’ignorait, tentant de rester cette bête d’action, loin du fait qui l’avait poussé vers les Brainstormer… Elle voulait tellement oublier qu’elle pouvait penser parfois, très rarement, aussi froidement qu’Elizabeth. Elle était prenait son intelligence et la mettait dans une cage. C’est donc ce qu’elle fit, enterrant la logique qui pouvait l’habiter pour faire ressortir l’instinct qui l’avait trainé dans les rues à courir comme une perdue dans les rues désertes. C’est donc équipée de cet instinct qu’elle se jeta encore dans les rues à la recherche du chef Sinewyer. Quand elle vit la silhouette baraquée se pointer dans l’une des ruelles, elle revint sur ses pas et se propulsa de toute la force de ses jambes dans les rues.

Son séjour dans les rues de Pseudo city avait fait ressortir ses côtes, avait resserré ses cuisses. Elle savait qu’elle redeviendrait surement comme avant bientôt, mais pour l’instant, ses joues était légèrement plus creusées, ses poignets plus fins. Elle savait qu’elle avait perdu du poids et que la musculature qu’elle avait ne pouvait pas totalement compenser. Elle se sentait faible et surtout…

Putain que j’ai faim… j’penses que de toute ma vie j’ai jamais eu autant la dalle. C’est dément… faut vraiment que je me trouve quelque chose à bouffer.

Elle choppa le bras d’Alexander et s’y accrocha :

« La grande reine des… ouais des tu sais quoi, bah elle te donne ça. »

Elle lui tendit les clefs en se perchant droit devant lui, sur ses deux jambes tendues :

« Et elle te dit : retrouvez-moi dans une heure… et il faut pas croiser mon chef. Donc, comme tu vois elle te donne encore des ordres… »

Elle eu un sourire rieur, un peu pour se faire pardonner. Elle savait très bien qu’elle devait se faire pardonner… elle ne deviendrait pas mielleuse et joueuse, mais elle devait bien ne pas être une vraie garce… elle passerait bien les prochaines heures avec lui et…

Peut-être est-ce qu’il lui paierait à manger.

Et, sans qu’elle ne veuilles se l’avouer, il y avait, au fond de sa tête, une idée claire de pourquoi elle voulait se faire pardonner…

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Alexander Taylor
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MessagePosté le: Ven 16 Nov 2012 - 19:55    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Les hématomes qui devaient désormais recouvrir son corps commençaient à le faire souffrir un peu, faisant pression sur ses muscles. Tirant une latte sur sa cigarette, Taylor jeta un coup d'oeil au bandage qui recouvrait les phalanges de sa main, abîmées plus tôt contre un des murs de la salle du Fight Club.
L'air commençait à se refroidir sérieusement, et Taylor commençait à ressentir les effets de cette longue soirée de combats arrangés sur son corps. Sa nuque le tirait, certainement trop tendue, et il ressentait le besoin de s'allonger, ou au moins s'asseoir. Ses muscles étaient fatigués, courbaturés, blessés. Il se sentait épuisé, tout simplement. Mais il était difficile de croire que seuls les combats en étaient la cause. Il avait l'habitude de ça, l'habitude de se battre comme ça, au moins une à deux fois par mois - bien que les fight aient lieu au moins une fois par semaine -, et il était rarement dans cet état, aussi fatigué...
Tout ça, c'était à cause de ses deux filles, Abelle et Elizabeth... C'était clair qu'Abelle était pas une fille de tout repos, et qu'il fallait pouvoir la gérer, mais ce n'était certainement pas elle qui l'avait le plus épuisé. Elizabeth, la tension qui émanait d'elle, la pression qui pesait sur tout un corps à la simple vue de cet être qui avait bercé ses jeunes années.
Oui, elle l'avait complètement retourné. Il ressentait un trop plein d'émotions à son sujet, et rares étaient celles qui étaient positives. Il était las de faire partie de ses petits jeux sadiques, las d'être toujours sous son joug. Mais il savait que d'une certaine façon il n'y échapperait jamais. Si elle avait décidé d'un plan pour lui - et c'était certainement ce qu'elle avait fait déjà bien des années plus tôt -, alors il ne pourrait pas - ou alors très difficilement - sortir du chemin qu'elle avait tracé pour lui. Il le savait, c'était tellement son genre. Et elle calculait tout si bien...
Soupir las. Il tire une latte, puis deux, expire la fumée.

# J'espère que tu comptes pas rester sous ses jupons, Abelle... La meilleure chose que je puisse te souhaiter, c'est de l'oublier et de ne jamais tenter d'être à nouveau en contact avec elle... #

Se traînant vers le quartier ouest où il pourrait rejoindre son appartement et cogiter, bien au chaud affalé sur son divan, à propos des événements de la soirée, il réfléchissait à Abelle. Qu'est-ce qui avait fait que tout d'un coup elle s'était faite choper à Mighan, pourquoi n'était-elle pas partie plus loin ? Dans un endroit où elle ne risquait rien ? Taylor aurait tout fait pour éviter Pseudo City à l'époque... Qu'est-ce qui faisait que dans le fond, elle était restée attachée à la région, alors qu'elle aurait pu vivre une vie tellement plus normale ailleurs ? Etait-elle si obnubilée par Elizabeth qu'elle s'était sentie obligée de rester dans les parages, comme si son aura pouvait encore l'y englober et comme si de là elle pouvait encore espérer marcher à ses côtés un jour, voire même au devant d'elle ?
Il n'avait aucune réponse à apporter. Il ne la connaissait pas assez pour pouvoir prétendre quoi que ce soit. Il se souvenait simplement des fois où elle était venue pleurer dans les jupes d'Eizabeth parce qu'elle avait encore fait telle ou telle merde, il se souvenait de la tonne d'ennuis qui lui collaient à la peau. C'était plus fort qu'elle, un véritable aimant à emmerde. Et c'était inexplicable, parce qu'après tout, elle n'était pas plus conne qu'un autre, bien au contraire, même ! Alors comment faisait-elle pour toujours se fourrer dans ces situations à la con, franchement ?!
Il s'arrêta un instant, ralluma sa cigarette qui s'était éteinte sous l'inactivité de son détenteur, puis s'amusa de constater qu'il était plaisant de penser à elle. Elle avait beau être un nid à emmerdes, elle au moins elle ne lui inspirait pas haine et dégoût, elle au moins, elle ne le faisait pas complètement déprimer ou rager.
Elle était légère, vive, pleine de vie. Le genre de choses qui contrastait avec Elizabeth. Le genre de chose qui pouvait palier au problème du poids insistant que l'autre démon exerçait sur lui. Une sorte d'anti-dépresseur. Enfin, n'allons pas aussi loin... Elle attirait quand même les ennuis comme les mouches. Et dans le fond, c'était pas bien loin d'Elizabeth qui elle, créait les ennuis.
Il soupira, encore. Trop penser le fatiguait. Et se fatiguer, ça l'emmerdait. Il était pas encore chez lui - et il en était même plutôt loin -, alors ce n'était certainement pas le moment pour s'épuiser encore plus.
Trop de pensées, c'était juste un poids en plus. Cogiter, c'était pas ce qu'il avait de mieux à faire ce soir. Et quand il sentit une main agripper son bras et qu'il vit Abelle lui faire face de toute sa hauteur, il compris que s'il n'allait plus avoir à réfléchir trop, il aurait par contre à supporter la gosse qu'il pensait, quelques secondes plus tôt à peine, être un anti-dépresseur. Quelle grosse ânerie, oh oui... Quelle grosse belle ânerie n'avait-il pas été pêcher !

« La grande reine des… ouais des tu sais quoi, bah elle te donne ça. »

Ça lui faisait bizarre de la laisser s'accrocher à lui comme si de rien n'était. Ils n'étaient pas franchement proches après tout, et une telle proximité, c'est pas que ça le mettait mal à l'aise, mais ça le dérangeait. D'autant qu'à l'endroit où elle s'agrippait devait se trouver une belle contusion aux vues de la douleur lancinante qu'elle lui avait provoquée.
Puis, alors qu'il avait à peine capté les mots qu'elle venait de lui balancer, il se retrouva avec un trousseau de clefs entre les mains, béat.

« Et elle te dit : retrouvez-moi dans une heure… et il faut pas croiser mon chef. Donc, comme tu vois elle te donne encore des ordres… »

Quoi ? C'était quoi encore cette histoire ? Et puis... Quel chef, d'abord ?! Il jeta un coup d'oeil au trousseau de clefs, les examina un instant dans la paume de sa main, puis soupira blasé.

- Comme si... Je suis plus son chien, faut qu'elle se calme.

Il refourgua les clefs à Abelle, ne lui adressa pas un seul regard et repris sa marche vers son quartier.
Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'Elizabeth continue à se moquer de lui comme ça, à le traiter comme un moins que rien... Tellement dégradant, tellement condescendant... Il reconnaissait parfaitement ces clefs. C'était celles de l'appart du Centre où elle venait le retrouver quand elle n'avait pas encore l'âge d'intégrer Pseudo City légalement. C'était le bon temps où elle n'avait pas encore fait de lui un déchet qu'elle avait fini par rejeter lamentablement. Ce même appart où il lui avait donné rendez-vous pour qu'elle s'occupe de Sephy. Alors c'était ça, finalement, hein ? Elle voulait lui rappelait qu'il lui en devait une ? Mais qu'est-ce qu'elle croyait... C'était un juste retour de monnaie qu'elle lui avait rendu ! C'était elle qui lui en devait une belle à la base, et même plus d'une ! Elle avait foutu en l'air tellement d'éléments de sa vie, elle avait balayé la plus importante des promesses qu'elle lui avait faite ! Qu'elle aille donc se faire foutre ! Il n'irait certainement pas là-bas.

- T'auras qu'à y aller si tu veux. Moi j'ai plus rien à faire avec elle.

Et il continuait d'avancer vers son quartier, inexplicablement suivi par la gosse qu'il avait ramassé quelques temps plus tôt.
Et puis un élément lui revint alors... Il faut pas croiser mon chef.
Il s'arrêta un instant et la fixa de ses yeux sombres.

- Au fait... C'est supposé être qui ton chef ?

Il n'avait rien écouté pour changer, trop obnubilé par Elizabeth, trop obnubilé par l'idée de la fuir le plus tôt possible, de l'éviter, la mépriser.
Il avait posé la question, mais la réponse lui semblait évidente. Il l'avait dit plus tôt ! Abelle était intelligente. Et... Quel chef redoutait-il le plus de croiser en ce moment ?
Hawksbury, bien sûr. Le Brainstormer. Le mec qui s'amusait à tout faire foirer avec au moins autant de tact que le démon rouge qu'était Elizabeth. Ces deux-là faisaient une sacrée paire... Ils ne pouvaient donc pas lui foutre la paix, hein ?

- Bordel, j'en reviens pas... De tous les clans, il a fallu que tu choisisses celui que je peux le moins blairer en ce moment. Je savais que tu me foutrais dans la merde un jour, mais je pensais pas que ce serait aussi tôt ! Julian trouvera l'occasion idéale pour me faire descendre s'il me voit traîner avec toi.
Sérieux, vous voulez tous ma mort...


Soupir. Nouvelle cigarette. Flamme au bout du zippo d'argent autour de son cou. Soupir à nouveau.

- Tiens. Je t'en ai gâché une plus tôt. Considère ça comme un rendu.

Il lui tendit son paquet de clopes ouvert, l'invitant à se servir si elle en voulait. Fatigué à l'avance de la masse de problèmes qu'il voyait affluer à l'horizon, il zyeuta les alentours, tentant de relativiser un peu.
Peut-être qu'Abelle se sentait complètement larguée ici. Peut-être qu'elle ne cherchait qu'une main clémente pour la guider ou l'aider un peu. Est-ce qu'elle avait seulement un toit pour dormir ? Il se doutait que Julian ne l'avait certainement pas laissé sans logis... Mais qui savait, peut-êre qu'elle avait omis de faire la démarche, cette idiote ?

- Ils t'ont assigné un appart au nord ou tu comptes encore dormir dans la rue ?

Il ne regretta que trop tard ce qu'il avait dit.
Et si elle n'avait rien. Et si elle prenait ça comme une invitation à squatter chez lui le temps qu'on lui file un truc ?
Bordel...
Et si elle en profitait pour s'installer dans sa petite vie et s'amuser à l'emmerder continuellement ?
Il avait tout gagné.
Même le droit de se lamenter d'autant plus...


 
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Abelle Ginger
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MessagePosté le: Lun 19 Nov 2012 - 16:15    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

C’était drôle de le voir, debout comme ça devant elle. Au fond, il avait presqu’autant changé qu’elle. Il était maintenant encore plus grand, encore plus fort. Il possédait un charisme qu’il était loin de posséder quand elle l’avait initialement connu. En fait, il y avait dans sa présence un grandiose qu’elle ne pouvait pas nier. Il était tout simplement devenu plus fier et ça lui faisait bien.

Dans son regard las, elle pouvait voir ce qu’elle avait souvent vu dans sa vie et qui la blessait encore aujourd’hui… Elle sentait cette haine vicelarde…

Voilà, encore ce regard de rancune. Pourquoi ne peuvent-ils pas simplement croire en moi pour une fois? Il faut toujours qu’ils aient peur, que ma présence pèse sur eux comme une douleur, comme un malheur perpétuel. Ne peut-on jamais me voir comme une présence positive, comme une gentille fille qui mérite qu’on la…

Elle pensa rapidement que ce qu’elle était en train de se dire était exactement le contraire ce qu’elle cherchait depuis des années. Elle avait toujours voulu être une fille qui est respectée, loyale et distante… vrai, qui se fout des conventions, mais qui reste quelqu’un de qui tout le monde préfère rester loin, mais qui rend heureux ceux qui veulent bien – et qui en ont les couilles – rester dans les rangs auprès d’elle. Pourtant, ces gens qui voulaient bien rester auprès d’elle après qu’elle leur ait mis tous les bâtons possibles dans les roues… et bien elle leur vouait une loyauté sans faille et éternelle. C’était bien une de seules choses que Ginger lui avait bien appris, qu’il fallait toujours rester loyal à ceux qui en valent la peine. Comme elle en devait encore une au vieux professeur roux…

Elle chassa tout de suite cette émotion qui montait en elle alors qu’elle entendait Taylor rager contre le joug d’Elizabeth. Elle non plus n’avait pas envie de revoir Elizabeth aujourd’hui. Cette fille brouillait ses radars, rendait sa perception des choses erronée et fâcheusement déraisonnée. Elle devait s’en tenir loin et n’en était pas capable pour l’instant. Ce n’était pas plus mal mais elle songeait profondément que peu importe comment ils tenteraient de fuir, elle les rattraperait de toute manière.
Ils étaient au bout de ses chaines, peu importe leur réelle position. Même s’ils tendaient de se rebeller – et Dieu sait qu’Abelle est bien la reine de la rébellion – ils seront toujours rattrapés par les liens de l’enfance, ceux qui sont aussi profondément ancrés en nous que le sont nos propres os, ceux qui guident nos pas depuis les racines de notre âme.

- T'auras qu'à y aller si tu veux. Moi j'ai plus rien à faire avec elle.

La réponse de la jeune fille fusa, implacable :

« Parce que tu penses que moi c’est mon petit plaisir de jouer dans ses filets? »

Elle le regardait d’un œil qui était toujours enjoué, presque proche d’être heureux. Mais comment pouvait-elle vraiment être heureuse? Elle s’était empêtrée dans une vie qu’elle n’aimait pas, avait été trainée dans cette ville à cause d’une malheureuse erreur et maintenant, elle rejouait dans la cours qu’elle avait un jour quitté parce qu’elle en avait plus qu’assez…
Elle ne voulait plus être ce petit pion insignifiant. Elle ne voulait plus être la ballerine dans la petite boîte à musique d’Elizabeth, qui dansait selon ses notes.

- Au fait... C'est supposé être qui ton chef ?

Abelle haussa les sourcils. Elle sourit et, en se penchant légèrement vers le côté, elle croisa les bras. Le sourire lui était toujours très bien perché et elle rit un moment.

C’est sûr, on peut jamais penser que la pauvre petite cloche a intégré les Brainstormers. Elle est bien trop conne et inutile, bien trop basse… selon lui j’dois bien faire partie d’aucun clan et n’être qu’une âme en peine hm. J’vois pas pourquoi il n’arrête pas de sembler si sûr de lui, comme s’il m’était cent fois supérieur. Je ne suis pas une inférieure, je ne suis pas une fourmi que l’on écrase du bout de sa botte… Je suis bien plus que cela…Je suis

Et ainsi allait le fil de ses pensées, s’éloignant puis se rapprochant de ce qui l’intéressait. Puis elle s’y consacra.

« Je pense que tu vas finir par deviner » dit-elle en l’air sans espérer une réponse.

Elle le dit sur un ton fortement désinvolte, comme si elle se foutait bien de ce qu’il pensait sur le sujet. Pourtant, elle savait que… d’avoir son approbation pouvait être important une pour une partie d’elle. Mais elle se le cachait bien et gardait la tête haute devant cette faible sensation. Non, elle ne serait pas cette fois la subalterne d’une autre personnalité force. Cette fois, si elle s’y alliait, ce serait d’une part égal, comme elle avait pu le faire quand elle était hors de cet enfer.

Quand elle vit la réalisation, la colère dans les yeux de Taylor, elle eut un mince mouvement de recul. Elle serra les mains en un mouvement de surprise alors qu’il disait d’une voix forte :

- Bordel, j'en reviens pas... De tous les clans, il a fallu que tu choisisses celui que je peux le moins blairer en ce moment. Je savais que tu me foutrais dans la merde un jour, mais je pensais pas que ce serait aussi tôt! Julian trouvera l'occasion idéale pour me faire descendre s'il me voit traîner avec toi.

Elle le regarda d’un air hagard. Comment aurait-elle pu savoir? Comment aurait-elle pu deviner qu’elle avait encore fait une erreur en choisissant ce clan. Comment avait-elle pu deviner que c’était encore un ennui qu’elle attirait à quelqu’un, que ce serait encore une fois une erreur, que ce serait encore une fois une emmerde? Elle n’aurait pas su le savoir et elle regretta une décision qu’elle n’avait même pas véritablement faite. Elle avait choisi les Brainstormer à cause de ce qu’elle pensait être de l’intelligence qui trottait en elle, mais elle ne se trouvait pas un grand attachement à cette partie de la ville plus qu’à une autre. Et maintenant, elle s’en voulait, alors qu’elle n’aurait pas dû, pas du tout.

« Désolée, j’aurais véritablement dû te demander si c’était un choix convenable pour toi, les Brainstormers… avoir su je t’aurais envoyé un télégramme, j’suis bête. Et qu'est-ce que t'as contre les Brainstormers?»

Le ton était ironique, mais bien balancé…

Elle tira la cigarette du paquet et la tint entre ses doigts un moment en écoutant ce qu’il avait à lui dire… et elle fut largement étonnée par le fait qu’il venait de lui demander. Si elle avait un logement. Jamais elle n’avait pensé à autre chose que ce qui avait pu lui sauver les fesses lors de son arrivée. Elle n’avait pensé qu’à Elizabeth et n’avait pas songé plus loin que le moment de sa découverte. Pourtant, il aurait fallu qu’elle se renseigne sur sa survie.

« Non, je n’ai pas de place ou dormir. En fait, j’ai rien, je ne connais même pas le visage de mon chef, ni de personne de mon clan en fait. Donc j’vais crécher dans les rues à moins que… »

Elle lui fit un grand sourire avant de sourire et de lui lancer une bourrade absente, comme si, comme souvent, elle ne pensait pas à ce qu’elle faisait :
« Mais avant de penser à ce que je ferai ce soir, tu pourrais me donner du feu, au moins? »

J’dois vraiment trouver ce qui sera la meilleure solution… comment passer au-travers de tout ça pour que le séjour ici soit moins pénible, soit plus doux. Comment trouver un chemin pour sortir de cet enfer…Il va bien falloir que

« Pourquoi tu penses qu’elle fait ça? Pourquoi elle a tant de faciliter à régner sur le monde. On est de grandes personnes, pourtant… pourquoi elle et pourquoi nous? »

Elle s’approcha de lui un petit peu et quelques pensées traversèrent la trame de ses songes, comme tant d’étoiles filantes au travers de son esprit.

Et si Alexander pouvait être son allier, plutôt que son ennemi juré?

Et si les esclaves se rebellaient tous contre le maître.

Mais rien n’était joué. Elle ne pourrait savoir si un plan était faisable que quand elle ferait face à Elizabeth.

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Alexander Taylor
Chef des Sinewyers

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MessagePosté le: Lun 26 Nov 2012 - 19:25    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Il la fixait de ses yeux charbon, un instant figé par cette réaction qu'elle avait eu quand il lui avait fait savoir qu'il n'aimait pas son chef, un instant surpris de lire ce qui ressemblait à de la peur dans ses gestes. Il s'était sans doute un peu trop emporté, sans vraiment le vouloir, et elle, ne reconnaissant pas la personne qu'il était jadis, avait dû perdre le peu de confiance qu'elle avait en lui. En un instant, si court. Il soupira, passa une main dans ses cheveux mêlés.
Et puis il repensa à ce qu'elle avait dit un peu plus tôt, à propos d'Elizabeth et de ses filets. Il n'avait rien répondu sur le coup, mais n'en avait pas pensé moins. Il savait bien entendu que ça ne l'amusait pas de jouer dans les filets d'Elizabeth, ça n'amusait personne qui ne soit pas fou ou inconscient. Pourtant, en rejoignant ce clan qu'était celui du Nord, elle s'était encore plus jetée dans les filets de la reine araignée. Désormais tous les pions étaient placés, comme elle l'aurait si bien dit. Alessa pour conquérir le Sud, jouant le rôle du fou sans doute, Taylor à l'Ouest, cavalier dont les déplacements étaient limités mais stratégiquement intéressants, et désormais Abelle, point d'attache dans le quartier nord. Etait-elle le second fou, jouant à l'opposé d'Alessa, ou jouait-elle un autre rôle ? Elle n'était pas la tour, symbole de stabilité et de puissance, et elle ne pouvait pas être le cavalier, bien qu'elle soit sans doute aussi imprévisible. Pouvait-on lui accorder le simple rôle de pion ? C'était difficile à croire, Elizabeth lui portait bien trop d'importance pour la laisser jouer le rôle de ceux que l'on sacrifie. Pourtant, l'idée qu'Abelle pouvait être un pion ne semblait pas irrecevable. Le pion est un leurre sur le champ de bataille, la première ligne qui protège, prend les premiers coups, meurt pour son maître. Abelle était aussi imprévisible que le cavalier, mais elle ne portait pas de titre aussi noble. Alors oui, elle était sans doute le pion. Imprévisible, assez insignifiant pour qu'on ne cherche pas à l'abattre, assez stratégique pour être irremplaçable, et loyal à son maître au point de se laisser mourir pour lui.
Taylor connaissait la loyauté d'Abelle. Elle avait beau s'en cacher, il savait qu'une telle force résidait en elle. Alors oui, elle était sans doute le pion. Mais pas celui qu'on sacrifie dès le début. Pas celui qu'on sacrifie tout court. Elle était celui qui jouait son rôle de pion, gardait toujours son costume d'insignifiant, et frappait quand on ne s'y attendait pas.
Elizabeth, la reine de l'échiquier, avait placé son ultime pion sur le terrain.

Nous sommes déjà tous pris dans ses filets...

« Désolée, j’aurais véritablement dû te demander si c’était un choix convenable pour toi, les Brainstormers… avoir su je t’aurais envoyé un télégramme, j’suis bête. Et qu'est-ce que t'as contre les Brainstormers?»

Il l'observa un instant, puis détourna les yeux, tira une latte sur sa clope.

- Excuse-moi, c'est pas ce que j'ai voulu dire. Tu pouvais pas savoir de toute façon. Et puis je te demande pas de faire que des choix qui m'arrange, j'attendais pas non plus de toi que tu viennes à l'Ouest.
Disons simplement que... Il y a des tensions entre nos deux clans, et particulièrement entre ton chef et moi. Ce sont des histoires de politique alors je suis pas vraiment sûr que ça t'intéresse. Mais pour résumer... J'aurais préféré ne pas avoir à tout le temps regarder derrière moi pour pouvoir passer du temps avec toi.


Il se retourna et repris sa marche vers son quartier, ralentissant le pas pour vérifier que la gosse suivait. Non pas qu'il voulait véritablement passer du temps avec elle, mais dans le fond sa présence lui faisait un effet... étrange. Elle représentait tout ce qui avait été laissé derrière et abandonné pour Pseudo City. Elle représentait les belles années qu'il avait vécu à Mighan, à faire le toutou pour Elizabeth, à se chamailler avec Alessa pour garder les faveurs de la Reine, à se rire d'Abelle qui attirait les ennuis comme le miel attire les abeilles. Elle ramenait à lui toute une flopée de souvenirs qu'il avait enveloppé et dissimulé loin dans sa mémoire, des souvenirs qu'il avait trouvé douloureux quand Lily l'avait trahi, et qui lui revenaient désormais, plus doux et agréables.

« Non, je n’ai pas de place ou dormir. En fait, j’ai rien, je ne connais même pas le visage de mon chef, ni de personne de mon clan en fait. Donc j’vais crécher dans les rues à moins que… »

Il recracha la fumée qui lui brûlait la gorge, esquissa un sourire amusé et se retourna vers elle.

- Je peux te dépanner le temps que tu te mettes à jour, ma vieille, mais à une condition !

Il s'approcha d'elle et se pencha un peu sur elle, bien sûr de capter toute son attention.

- Le jour où tu verras la tête de ton Chef, ne tombe pas amoureuse de lui ! Crois-moi, tu as déjà bien assez du filet d'Elizabeth pour en plus t'emmêler dans le sien !

Il n'avait pas encore parlé de Julian à Abelle, et il ne voulait pas s'amuser à lui monter la tête contre lui. C'était pas son rôle, et il valait mieux qu'elle soit en bons termes avec les membres de son propre clan si elle ne voulait pas se sentir exclue. Taylor avait pourtant bien des rancunes à son égard, et il aurait pu s'amuser à monter quelques-uns des siens contre lui. Mais c'était immature, et surtout dangereux. Si Julian cachait ses méfaits derrière de bonnes intentions, il n'en restait pas moins un cerveau calculateur et sournois, tout comme celui d'Elizabeth. Taylor avait bien assez d'expérience dans le domaine pour savoir qu'il valait mieux ne pas jouer avec ce genre de feu-là. Pas sans raison. Et Julian avait déjà payé son dû pour ce qu'il lui avait fait. Il avait eu à perdre Alexis. Même si Taylor aussi avait payé, plutôt deux fois qu'une, même, il n'était sans doute pas en droit d'exiger quoi que ce soit d'autre de la part du chef bleu. Il préférait même ne plus avoir à faire avec lui, au mieux du possible.

Alors que la jeune fille portait la cigarette que le chef jaune lui avait offerte un peu plus tôt à ses lèvres, il se saisit de son zippo et alluma celle-ci, baignant leurs deux visages de la lumière orangée émise par la flamme de l'objet en argent.

- Si ça te gêne pas d'être logée à l'ouest, j'ai des appartements de libres dans mon immeuble. Tu seras pas lâchée n'importe où, c'est juste à côté de chez moi. Sinon, il reste les clés qu'Elizabeth t'a donné. C'est un appart' ici, dans le quartier central. Si t'y vas ce soir, elle y sera sans doute puisqu'elle nous a invité à la rejoindre. Je sais pas dans quel état c'est, je sais même pas si t'auras de quoi te couvrir pour passer la nuit au chaud.
A toi de voir. Mais de toute façon faudra que t'ailles te renseigner au Nord pour qu'on te trouve un petit quelque chose à toi. Tu seras pas longtemps la bienvenue dans mon quartier. Dès que les gars commenceront à voir que t'es Brainstormer, et que les filles capteront que tu me connais, tu vas devenir le souffre-douleur de tout le monde. Et crois-moi, ce sera pas du bizutage de lycée. C'est la jungle ici. Il y a des viols, parfois même des meurtres.
Si tu viens à l'ouest, t'y attardes pas. C'est tout ce que je te demande.


Il l'observa de toute sa hauteur, attentif aux expression naissant sur son visage, curieux de sa réaction. Il n'avait pas dit ces mots sur le ton de la menace, il ne cherchait pas à lui faire peur. Juste la renseigner. Lui rappeler dans quel monde elle était tombée. C'était comme passer d'un enfer à un autre, il faudrait qu'elle se réadapte, et qu'elle apprenne elle aussi à faire sa loi.
Puis son regard descendit un peu sur elle, il détailla ses fringues, ses formes, ses "bagages". Si elle décidait de venir à l'ouest le temps de trouver un vrai appart, il faudrait qu'il s'assure qu'elle ait aucune arme sur elle, rien susceptible de la faire passer dès le début pour une nouvelle 'favorite', une privilégiée. Comme tout le monde, elle devrait se plier aux lois.
Mais d'abord...
Elle s'avança un peu vers lui, rappelant l'attention du caïd à son visage. Et elle posa une de ces questions auxquelles il ne pouvait lui donner aucune réponse.

« Pourquoi tu penses qu’elle fait ça? Pourquoi elle a tant de facilités à régner sur le monde. On est de grandes personnes, pourtant… pourquoi elle et pourquoi nous? »

Il soutint son regard un moment, inexpressif, peut-être à peine bercé de mélancolie. Il savait parfaitement pourquoi elle faisait ça. C'était pour ça que pendant des années il l'avait laissée le traiter comme un moins que rien, c'était pour ça que pendant des années il l'avait soutenue dans l'ombre, sans qu'elle n'en sache rien, sans que l'idée même ne l'effleure qu'il connaissait les raisons de ses agissements.
Il savait, oui. Lourd secret qu'il ne pouvait pas partager, lourd secret qu'il se devait de porter seul. Parce qu'il avait décidé de la laisser suivre ce chemin fatal qu'elle s'était juré d'emprunter jusqu'à la fin, parce qu'il s'était juré de la laisser faire si c'était là la seule solution pour la libérer de son fardeau.

# C'est pas facile de régner sur le monde. Même elle en paie le prix. Mais c'est son choix. Tu ne comprendrais pas, Abelle... J'ai moi-même mis longtemps avant de comprendre. C'est son choix. Personne ne l'arrêtera. #

Il resta silencieux, incapable de prononcer ces mots qui attendaient dans sa tête. Ce n'était pas parce qu'il n'avait plus rien à faire avec elle désormais qu'il pouvait raconter ses cauchemars. Dans le fond, il continuait de la respecter. Même si la haine avait largement pris le dessus.
Il posa une main sur l'épaule d'Abelle et la poussa doucement dans une petite rue du à l'orée du quartier ouest, l'invitant à reprendre la marche.
Au bout d'un moment, il s'arrêta devant un petit restaurant dans lequel il finit par s'engouffrer, toujours suivi de la jeune fille. Passant au comptoir, il indiqua au propriétaire qu'il lui prenait le petit salon privé du fond, non sans commander un plat du jour et une pinte de Guiness.
D'un geste de la tête, il invita la gosse à le suivre et se dirigea vers le petit salon en question qui n'était autre qu'une petite pièce privée où trois petites tables pour deux personnes étaient installées. Le serveur vint retirer les couverts des autres tables et invita les deux à s'assoir.
Lorsqu'il furent seuls, Taylor finit par de nouveau porter son regard sur Abelle, un regard à la fois distant et chaleureux, difficile à expliciter comme bien souvent.

- Tu m'as demandé pourquoi elle avait tant de facilités à régner sur le monde.

Il marqua un silence, tira une latte de sa clope mourante, puis poursuivit.

- Elle a commencé à placer ses pions il y a très longtemps. Elle avait à peine douze ans, à ce moment-là. Ca fait dix ans. Elle a l'expérience, l'intelligence et la volonté. Mais la vraie raison pour laquelle elle y arrive aussi facilement... C'est qu'elle n'a pas peur du résultat. Elle n'a pas peur d'être haïe, humiliée, ou même blessée.
Elle se fiche bien des conséquences foireuses d'un mauvais calcul. Je pense que dans le fond, elle sait déjà comment tout doit finir. Elle a peut-être déjà tout prévu. C'est pour ça qu'elle couronne tout de succès. Elle a pas peur de l'échec. Elle l'attend.


Discours sinistre, et pourtant trop abracadabrant pour ne pas être vrai. Le serveur vint déposer la commande sur la table. Un plat du jour pour Abelle, une pinte pour Taylor.
Alors qu'il commençait à goûter au liquide sombre, il écrasa sa cigarette consumée dans le cendrier.

- Mange. T'auras moins l'air d'un chien galeux.

Petit sourire taquin, regard détourné, léger soupir. La soirée avait commencé trivialement. Et les événements s'étaient enchaînés. S'il ne savait plus comment les appréhender, il avait décidé de ne plus jouer le mauvais rôle pour l'instant. Il était fatigué, son corps était endolori. S'asseoir lui faisait du bien, et plus tard, quand il serait de nouveau seul, il se ferait la joie d'un bon bain chaud et d'une bonne nuit de sommeil.

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Abelle Ginger
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MessagePosté le: Lun 21 Jan 2013 - 15:22    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

  « Je ne sais pas pourquoi chaque pas que je fais me mène toujours dans un nouveau piège. Je ne comprends pas. Je ne peux pas voir plus loin que le prochain obstacle, je ne suis qu’une calamité. »
 
 
Je me souviens de ces paroles comme si c’était hier. Je me souviens aussi des yeux que Ginger avait levés sur moi, compatissants et pleins d’amitié. Cet homme qui devait bien approcher la quarantaine m’aimait comme sa meilleure amie et trouvait toujours les mots pour me réconforter, mais il est surement impossible de réconforter une âme qui ne sait même pas comment le faire par elle-même. Il avait simplement sourit, et lui comme moi savions très bien que c’était la seule chose qu’il pouvait faire. Et la seule chose qui n’aurait pas été complètement dérisoire.
  
Abelle était bien l’une de ces filles qui ne sait pas qui elle est. Un cliché sur deux pattes, elle faisait des pas dans la vraie vie comme un bébé maladroit qui n’a aucune idée d’où il est ou de ce qu’il doit faire. Elle fonctionnait sur un pilote automatique qui, heureusement pour elle, était puissant et bien huilé…
  
Et le regard qu’Alexander portait sur elle… un regard qui était à la fois calculateur et… protecteur. Comme si… non, ça ne pouvait pas être ça.
  
Je distingue dans son regard une lumière qui veut parfois dire… comme si j’étais une petite poupée de porcelaine qu’il avait autant envie de fracasser que de protéger. Je suis un carrousel, je suis une ballerine qui danse dans un coffre à bijou… atroce, dévorante, pleine de souvenances et de rancœur, mais tout de même précieuse. 

 
Même si je me disais ça, je savais totalement que j’étais surement loin de la vérité, mais le vertige m’attaquait, de le voir me traiter d’une manière que jamais je n’avais vécue. Je me sentais conflit, je me sentais guerre, mais je me sentais aussi paix, sérénité. J’étais l’ouragan, la tempête… 
 
 
La jeune Brainstormer, aussi changeante que la météo, continuait de s’enliser dans le labyrinthe de sa tête sans jamais en sortir, sans jamais trouver la personnalité qui la servait le plus. Alors elle faisait de même dans la vie, se foutant bien de qui se trouvait devant elle, se foutant bien des convenances, des idées préconçues.
  
- Excuse-moi, c'est pas ce que j'ai voulu dire. Tu pouvais pas savoir de toute façon. Et puis je te demande pas de faire que des choix qui m'arrange, j'attendais pas non plus de toi que tu viennes à l'Ouest. 

 
Disons simplement que... Il y a des tensions entre nos deux clans, et particulièrement entre ton chef et moi. Ce sont des histoires de politique alors je suis pas vraiment sûr que ça t'intéresse. Mais pour résumer... J'aurais préféré ne pas avoir à tout le temps regarder derrière moi pour pouvoir passer du temps avec toi.
  
Un sourcil se leva dans le visage salopé de la jeune Brainstormer. Elle fit danser une mèche de cheveux blonds avant de répondre, en ricanant ;
  
« Wooo! On en est déjà à passer du temps ensemble? Tu trouves pas que tu vas un peu vite, question retrouvailles? Et en passant, bien certainement que ça m’intéresse la politique, j’ai une éducation, si tu sais ce que le mot veut dire. »  
 
Encore cette raillerie qu’elle ne pouvait s’empêcher de déployer. Pourquoi devait-elle toujours le rabaisser… ah, oui, elle venait de se souvenir…

  
 Pour toutes les années où c’est moi qui s’est coltiné tes ricanements, Taylor.
  
« Mais j’comprends que tu veuilles garder tes trucs de… chef pour toi. Parce que tu es chef, je crois. Je ne comprends pas pourquoi, mais il doit y avoir une bonne raison. Peut-être à cause de ça »
  
Et elle souligna d’un coup de doigt la ligne d’un muscle sous son manteau. Elle haussa les épaules et continua de marcher, le cœur léger…
  
- Je peux te dépanner le temps que tu te mettes à jour, ma vieille, mais à une condition !
  
Je me suis tournée tellement vite que j’ai failli me ramasser fesses par terres. Putain, va falloir que tu contrôles tes réactions ma grande.
  
Il s’est approché d’elle et elle n’a eu qu’une réaction, planter ses yeux bleus océan droit dans les siens, sans déroger du fond de ses pupilles, perdue dans le combat de noir qui s’opérait derrière ces barrières immatérielles.
  
- Le jour où tu verras la tête de ton Chef, ne tombe pas amoureuse de lui ! Crois-moi, tu as déjà bien assez du filet d'Elizabeth pour en plus t'emmêler dans le sien !
  
Elle éclata de rire et serra l’épaule du chef – ses mains ressemblaient à celle d’un hamster sur l’épaule d’un bœuf, mais elle ne s’en formalisait pas – et le regarda avec une franchise pure et simple, presqu’enfantine.
  
« Personnellement, moi, les trucs d’autorité, ça me plaît pas trop. Sortir avec un mec qui est mon supérieure direct, ça me fouterait les chocottes alors… je te le garantis! J’préfère prendre mes petites décisions… »
  
C’est ça Abelle. Rappelle-donc à ta jolie bouche volubile que si quelqu’un te rend service – comme te prendre dans son clan alors que tu es désœuvrée, comme exemple – tu te sentiras redevable au centuple? Et si, de plus, il est gentil…
  
Mais en regardant Taylor, elle pouvait dire qu’il devait avoir de bonnes raisons de vouloir la tenir loin de ce Bleu en chef. Pas qu’il tienne à elle, mais qu’il y avait véritablement de quoi se méfier de ce chef… et si Taylor n’aimait pas quelqu’un…
  
Elle se laissa allumer la clope qu’il lui avait donné et profita de la proximité de Taylor pour observer son visage et les minces signes de vieillissement qui le parcouraient. Il n’était plus le jeune adolescent qu’elle l’avait déjà vu être. Il l’était encore, enraciné dans des problèmes, embuches et ressentiments qu’elle ne pouvait pas vraiment deviner, mais plus physiquement. Des cicatrices barraient son visage et…
  
Non.
  
Elle l’écouta étaler sa proposition d’appartement à l’Ouest calmement, puis leva une question, comme ça, parce qu’elle n’avait aucune idée de ce qui pouvait bien régner sur Pseudo City :
  
« Je ne sais pas ce que ça me coûterait. »  

Elle leva la tête et eu un regard vers le lointain. Comment dire oui à cela. C’était comme illogique de fuir à l’Ouest pour mieux se rapprocher du Nord. C’était chercher midi à quatorze heure, mais les deux autres propositions qui s’offraient à elle – crécher dans l’appartement secret d’Elizabeth ou rejoindre le camp des bleus, perdant ainsi tout contact avec le peu qu’elle connaissait – lui faisaient froid dans le dos. Elle laissa cette proposition ultime en suspens et continua à marcher, tirant quelques lattes d’une cigarette calmement en frissonnant dans la soirée qui commençait à devenir fraiche. Elle surprit son regard sur elle et y répondit, sachant très bien que c’était quelque peu… voyez.
  
 « Pour ton information, la majeure raison pour laquelle je me retrouves toujours dans des situations pas possible en m’en sortant in extremis c’est que je suis complètement incapable de me débrouiller avec quelque arme que ce soit. J’suis complètement nulle… et je sais aussi que de te dire ça est un net désavantage stratégique… Mais bon. Au moins, ça te donne une bonne raison de me relooker. »  
 
La mention d’un désavantage stratégique la rappela à l’ordre… Elizabeth… et il sembla lui-aussi soucieux. Sa main se posa sur son épaule et peu de temps après elle se retrouva dans un genre de diner miteux auquel elle n’aurait pas fait confiance, en temps normal. Ils étaient seuls… et elle trouvait cette situation paradoxale, comme impossible et imaginaire.

  
- Tu m'as demandé pourquoi elle avait tant de facilités à régner sur le monde.
  
Elle ne s’attendait pas vraiment à l’echo de sa question, elle avait pensé qu’elle resterait suspendue, donnée d’office le trait de rhétorique.
  
- Elle a commencé à placer ses pions il y a très longtemps. Elle avait à peine douze ans, à ce moment-là. Ca fait dix ans. Elle a l'expérience, l'intelligence et la volonté. Mais la vraie raison pour laquelle elle y arrive aussi facilement... C'est qu'elle n'a pas peur du résultat. Elle n'a pas peur d'être haïe, humiliée, ou même blessée.  
 
Elle se fiche bien des conséquences foireuses d'un mauvais calcul. Je pense que dans le fond, elle sait déjà comment tout doit finir. Elle a peut-être déjà tout prévu. C'est pour ça qu'elle couronne tout de succès. Elle a pas peur de l'échec. Elle l'attend.

  
Abelle eu un frisson dans le dos en entendant ces mots. Elizabeth avait tout d’un monstre calculateur et froid, selon la description qu’en faisait Alexander, et elle n’avait pas de peine à avaler cette thèse étant donné que c’était l’opinion qu’elle avait aussi fini par se forger de la reine… mais elle voyait très bien qu’il en savait beaucoup plus, qu’il avait goûté de sa médecine d’une manière bien plus sadique…
  
Et c’est ainsi qu’elle se rendit compte que Taylor, dont elle était tellement jalouse, était en fait bien plus touché par cette histoire qu’elle ne l’était. Il était en plus mauvaise posture qu’elle, avait eu un bien mauvais rôle. Elle avait elle aussi été touchée par la malédiction Hidwell, mais jamais autant que lui, restant toujours en périphérique du bal sans jamais embarquer dans la danse… et aujourd’hui elle remerciait le ciel de toujours avoir parue aussi insignifiante. Et la découverte de tout ça alluma chez elle un buché nommé curiosité. Alexander savait tout d’elle. Il était l’accès à ses points faibles… il était celui qu’elle devrait cuisiner pour atteindre son but ultime.
  
Contrecarrer les plans de la Reine.
  
Et un pion vengeur, rebelle, est un pion bien plus embêtant qu’utile. Et si elle réussissait à en embarquer un autre avec elle…
  
- Mange. T'auras moins l'air d'un chien galeux.
  
Cette phrase la réveilla de sa transe et elle contempla des aliments. Une chose dont elle rêvait depuis quelques jours déjà. Elle porta un morceau à sa bouche et soupira d’allégresse. Son ventre criait la faim et elle se disait qu’elle s’aimait beaucoup mieux avec des poignées d’amour qu’avec le ventre vide.
  
« Pourquoi tu dis que j’ai l’air d’un chien galleux? Tu ne trouves pas mon look sauvage et sexy plutôt? Je t’aurais cru, chef d’un clan de barbare, capable d’apprécier la grâce d’une femme qui se roule dans la boue. »
 
 
Elle disait cela même si elle n’était pas très fière de la façade qu’elle présentait. Celle d’une folle qui court après le dénouement de ses pensées, celle d’une maniaque qui fait passer ses buts avant sa santé, la survie avant la vie. Elle savait la prendre à la dure et ne semblait pas vouloir abandonner son mode de vie sauvage.
  
Mais elle repensa à tout ce qu’elle avait songé autour de Taylor. Il pourrait fortement être la clef de tout ce qu’elle espérait faire… il pourrait bien être son sauveur, une main aidante ou à tout le moins un coup de pouce…
  
« Et si tu trouves tellement que je fais pitié, je vais te faire le plaisir de me ragaillardir, si ta proposition tiens toujours. »
  
Elle leva les yeux. La tentation de venir voir à quoi ressemblait l’herbe chez les jaunes était dévorante et elle mourrait d’envie de tout savoir sur cette nouvelle ville qu’elle hanterait surement pendant les dix prochaines années. Elle pencha donc la tête et fit un sourire calme…
  
Elle frissonna un bon coup. Elle sentit une vague de vulnérabilité la hanter. Les blues l’attaquèrent alors que dans ce casse-croute miteux, elle se rendait compte de combien elle avait un besoin criant de quelqu’un sur qui compter. Elle ferma les yeux et caressa son bras un moment avant de reprendre une bouchée. Elle prit son élan et souffla :
  
« Tu veux la vérité? »
  
Sans savoir pourquoi, maintenant qu’il en avait déballé une branche sur Elizabeth…
  
Je me sentais prête à lui dire plein de choses, à lui raconter mon calvaire, à faire de lui mes racines, à décharger sur lui cette vague de mauvais souvenirs… je savais cette envie parfaitement égoïste et il se demanderait surement pourquoi je déversait tout cela sur lui… mais… c’était comme par une attraction digne d’un champs magnétique que mes paroles étaient attirées vers lui.
  
« Tu veux savoir pourquoi je suis comme ça, horrible de maigreur à courir dans les villes pour y trouver mon ombre? Non, surement pas hein, tu dois simplement me prendre en pitié et avoir hâte de pouvoir te débarrasser de moi, comme la majorité des personnes dans ce monde. »
  
Imprévisible, même pour elle-même, Abelle était en train de livrer à Taylor une facette d’elle – parmi la kyrielle qui existait – que peu avaient vu… et qu’elle n’aurait jamais voulu lui montrer. Mais sa situation était désespérée, et il semblait vouloir être gentil avec elle… alors elle allait se lancer, s’il lui ouvrait la porte. Et elle espérait fortement qu’il lui emboiterait le pas. elle espérait sincèrement qu’il allait voir en elle une associée, où au moins une présence qu’il voulait bien gardée. Car seule, Abelle Ginger ne vallait pas grand-chose…
  
Et ça, c’est quelque chose que j’ai vraiment beaucoup de difficulté à digérer.
  
Alors qu'elle attendait la réponse, farfouillant dans ses frites et commençant à en faire un château, elle pensait à tout ce qui constituerait maintenant sa vie... et ça lui faisait peur.
  

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Alexander Taylor
Chef des Sinewyers

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MessagePosté le: Mer 6 Fév 2013 - 19:58    Sujet du message: Élément impromptu. Répondre en citant

Le niveau de la pinte qu'il avait commandée commençait à descendre doucement alors que la gosse se ruait sur son plat. Et profitant d'un instant de calme, de silence, il repensa à tout ce qu'elle lui avait dit jusqu'alors, à son attitude envers lui.
Elle n'avait pas vraiment changé depuis le temps, à part qu'elle était peut-être plus ouverte pour se rire de lui qu'elle ne l'était auparavant. Et le Chef Sinewyer n'était pas dupe, il savait que si elle se laissait aller de la sorte, c'était parce qu'elle pouvait s'affirmer, maintenant qu'il n'était plus la propriété exclusive d'Elizabeth, maintenant qu'il semblait ne plus se défendre de ses railleries de gamine. Il était devenu une personne quelque peu différente de l'époque où ils s'étaient connus. Si dans le fond il était toujours nonchalant et plus en retrait des conflits, il était désormais le seul maître de lui-même. Il ne se pliait plus aux ordres de quiconque, et il semblait s'être d'autant plus affirmé. Aussi, le poids de la vie semblait peser plus qu'à l'époque où tous deux étaient adolescents. Les conséquences d'une vie de troubles à Pseudo City, ou de drames personnels plus conséquents. Le temps avait fait son oeuvre.
Il regarda un instant la jeune fille, se rappelant qu'elle était devenue bien plus tactile qu'elle ne l'était alors. Plus ouverte, plus gaie, plus affirmée elle aussi, finalement.

Plus tôt, alors qu'il lui avait recommandé de ne pas tomber amoureuse de son Chef, elle lui avait donné une réponse qui, sur le moment, l'avait amusé. Elle, une fille qui n'aimerait pas sortir avec son supérieur direct ? C'était une sacré blague. Il était bien placé pour savoir que le statut jouait un grand rôle, mais surtout que si elle devait tomber amoureuse, qu'il soit chef ou mendiant n'y aurait rien changé. Seulement, il fallait avouer que ce statut privilégié rajoutait au charisme. C'était un fait.

« Pour ton information, la majeure raison pour laquelle je me retrouves toujours dans des situations pas possible en m’en sortant in extremis c’est que je suis complètement incapable de me débrouiller avec quelque arme que ce soit. J’suis complètement nulle… et je sais aussi que de te dire ça est un net désavantage stratégique… Mais bon. Au moins, ça te donne une bonne raison de me reluquer. »

Ça aussi ça l'avait amusé. Sur le coup, il l'avait simplement fixée, à moitié surpris, avant de rajouter un " N'importe quoi " en riant. Abelle avait toujours été une gamine au minois agréable, et pourtant elle doutait encore qu'on puisse vouloir la regarder pour cette raison. Il semblait se souvenir qu'elle avait toujours manqué de confiance en elle, d'une façon ou d'une autre, d'ailleurs c'était une des principales raisons de sa malchance (ou au contraire de sa chance).
Ça faisait un effet bizarre de la voir à la même table que lui. Elle ramenait tellement de choses à la surface, tellement de souvenirs enfouis. C'était à la fois revigorant et effrayant et Taylor ne savait plus s'il devait se contenter de profiter de la chaleur de ses souvenirs, ou craindre que leur amertume ne lui tourne de nouveau la tête et ne le ramène vers son bourreau. Mais les choses étaient ainsi faites. S'il devait revenir sur la route d'Elizabeth, alors ça devait être de son plein gré, ça devait être son propre choix.

« Pourquoi tu dis que j’ai l’air d’un chien galleux ? Tu ne trouves pas mon look sauvage et sexy plutôt? Je t’aurais cru, chef d’un clan de barbare, capable d’apprécier la grâce d’une femme qui se roule dans la boue. »

La pinte à la main, le Chef en question manqua de s'étouffer en ingurgitant le liquide à la couleur obsidienne. Il avisa la gosse en souriant, emporté par son côté jovial, et amusé de l'entendre dire des trucs pareils.
Pourtant, elle n'avait pas tout à fait tort. D'une, le côté sauvage, fallait avouer que ça lui allait bien, mais surtout sa dernière petite remarque qui le faisait rire. Une femme qui se roule dans la boue ? Oui, c'était tout à fait ça. Instinctivement, c'était l'image d'une petite eurasienne trempée et dégueulasse qui lui revenait en tête, celle d'une gosse qui n'avait alors que 16 ans et qui pourtant n'hésitait pas à se rouler dans la boue pour apprendre à manier une arme que même les adultes peinaient à manipuler. Un petit sourire. Un court moment de tristesse. Qu'est-ce qu'elle faisait depuis quelques temps, où elle était, il n'en savait rien. Il n'avait visiblement pas le droit de savoir. Lui qui apparemment n'était rien.
Et il regarda Abelle, et esquissa un petit sourire amusé.

- Tu ne sais pas si bien dire, ma vieille. Les filles qui ne font qu'un avec la boue c'est mon fantasme le plus grand. D'ailleurs, la prochaine fois, veille à te tartiner un peu plus la figure, c'est teeellement plus sexy à mon goût ! Et qui sait, si tu te débrouilles, peut-être que je te ferai même pas payer de loyer.

Il but une gorgée de sa pinte, un tantinet amusé, alors qu'elle en profitait pour relancer le sujet sur les appartements et accepter l'offre. Une surprise de plus pour le caïd de l'Ouest qui visiblement n'en finissait pas d'être surpris.
Un peu plus sérieux sur le sujet, il rétorqua alors:

- Quand tu passeras les frontières du quartier, fais gaffe à ce que t'as dans tes poches et sacs. N'importe quel con pourrait se servir de toi pour faire entrer des armes ou d'autres merdes, et vue que t'es Brainstormer, ça ne ferait que compliquer la situation. Toute à l'heure on passera ensemble alors ça devrait aller, on te cherchera pas d'emmerdes, mais dès que tu seras seule ça deviendra plus chaud pour toi. Mais quelle que soit la situation, pas d'armes. Quand on sera à l'appart, je te filerai quelques numéros utiles à connaître en cas de besoin. Et je te filerai les clés de ton appart là-bas, tu te doutes bien que je les ai pas sur moi. Si t'as besoin de quoi que ce soit qui soit pas trop chiant à te fournir, t'auras qu'à me demander. Et demain ou dans la semaine t'iras te renseigner pour un appart au Nord, mais je pense pas que Julian t'emmerderas trop. Niveau loyer, on est tous dans la même merde alors peut-être qu'il te fera quelques cadeaux.

Il l'avisa un instant puis termina sa pinte tranquillement. L'idée qu'elle loge dans le même immeuble que lui ne le dérangeait pas vraiment en soi. Ce qui le dérangeait c'était ce que les autres en penserait. Ce que les Brainstormers penserait d'elle, ce qu'il feraient d'elle si ils savaient qu'elle pouvait être un pion à utiliser contre Taylor, ou, plus personnellement, plus égoïstement même, ce que Morgan pouvait en penser. C'était idiot de se dire qu'elle pourrait être jalouse ou lui en vouloir, mais dans le fond, peut-être qu'il espérait que ça l'emmerde autant qu'il avait été emmerdé en apprenant pour Cassebriques et elle.
Et l'humeur se mit lentement à changer. Sans qu'il n'ait rien vu venir, Abelle avait viré de la frivolité au blues. Et sans qu'il n'ait rien vu venir, la soirée allait prendre un tout autre tournant, et il allait découvrir une Abelle qu'il n'avait jusque là que soupçonner, mais qui était pourtant bel et bien vraie.

« Tu veux la vérité ? Tu veux savoir pourquoi je suis comme ça, horrible de maigreur à courir dans les villes pour y trouver mon ombre? Non, surement pas hein, tu dois simplement me prendre en pitié et avoir hâte de pouvoir te débarrasser de moi, comme la majorité des personnes dans ce monde. »

Il l'avisa un instant, cachant sa stupeur derrière un masque d'indifférence. Alors, il se leva de sa chaise et se dirigea vers l'unique sortie de la pièce, invitant un serveur à le rejoindre, récupérant une seconde pinte de Guiness et en profitant pour lui glisser ces quelques mots: - Si possible, j'aimerais qu'on ne nous dérange pas pour le moment. Et une fois que la requête fut formulée et acceptée, il referma la porte et revint s'assoir à la table.
Silencieux, il tira une cigarette de son paquet, l'alluma d'une flamme de son zippo d'argent, tira une latte ou deux dessus puis expira la fumée sombre quelques secondes plus tard.

- La majorité des personnes de ce monde ne me compte pas en son sein. Je t'ai connue sous un meilleur jour c'est vrai. Et ton état m'a intrigué, c'est aussi vrai. Mais la question que je me pose vraiment depuis que tu m'es tombée dessus, c'est pourquoi tu as finie ici alors que tu étais supposée avoir le plan parfait pour ne jamais finir dans ce coin merdeux ?

Alors qu'elle avait déposé ses couverts pour entamer son discours, il lui tendit de nouveau son paquet de clope, puis retira la chaîne qui tenait son zippo de son cou pour le lui tendre.

- Je te garantis pas de pouvoir te consoler, parce que je suis plutôt mauvais pour ça. Mais si t'as besoin de parler, considère que j'ai encore une pinte à finir alors... Autant rentabiliser ce temps.

Ne pas montrer qu'on est compatissant, mais se montrer assez clair pour qu'elle se sente en état de parler. Taylor connaissait ces besoin-là, et il était loin de pouvoir les nier.
Il avait connu cette fille alors qu'ils étaient encore presque que des gosses. Alors, d'une certaine façon... Elle était u peu une amie d'enfance, elle aussi.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:14    Sujet du message: Élément impromptu.

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